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7 juillet 2026 2 07 /07 /juillet /2026 16:41

Musée de la basilique Saint-Marc : Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère, côté sud : Les prophètes  Sophonie, Elisée et Joël. Le patriarche Abraham.

 

Voir :

 

PRÉSENTATION

Voir les présentations des articles précédents.

Plan : 

  • Cycle A : Chancel,  Déploration MSM-001

  • Cycle B : Tribune nord du chœur, à côté du presbytère. Vie de saint Marc MSM-002

  • Cycle C : Baptistère, Vie de saint Jean-Baptiste MSM-004

  • Cycle D : Porta da Mar : Vierge à l'Enfant MSM-004, Isaïe MSM-005, Christ Emmanuel MSM-006

  • Cycle E : voûte de l'anté-baptistère, portion sud. 4 Prophètes MSM-007 à MSM-009

  • Cycle F :  la paroi sud de l'anté-baptistère XIVe siècle. David et Salomon MSM-010 et MSM-011

  • Cycle G : paroi ouest de l'anté-baptistère : Les Mages rencontrant Hérode 

  • Cycle H : paroi est de l'anté-baptistère :  Massacre des Innocents 

  • Cycle I :  dôme central du baptistère, section sud-ouest, Le Christ invitent les Apôtres à baptiser le peuple 

Nous abordons les cycles concernant l'anté-baptistère, datant du XVIe siècle, et, plus généralement, nous traitons du baptistère.

Le baptistère.

Le baptistère se trouve au sud de la basilique. Jadis ouvert sur la Piazzetta, il est architecturalement intégré parmi les vestiges d'une des tours d'angle du Palais des Doges et de la Porta da Mar, entrée d'origine de la basilique pour ceux qui arrivaient de la mer. Dans les rares documents qui en parlent, la surface du baptistère était définie comme un portique, c'est à dire une zone qui aurait dû communiquer avec l'extérieur par un portique ou portail.

Le baptistère, autrefois nommé Giesia dei putti (église des enfants) est divisé en trois parties : l’antibapitère, où les catéchumènes attendaient le rite du baptême, le baptistère proprement dit et le presbytère.

On dispose de peu d'informations, et celles-ci sont incertaines, concernant cette pièce avant son aménagement actuel commandé par Andrea Dandolo, homme de grande culture et ami de Francesco Petrarca, premier procureur de San Marco puis doge de 1343 à 1354.

 

a) un ante-baptistère (une voûte en berceau) , orné de scènes de la vie du Christ et de Jean-Baptiste

Sur la voûte en berceau de ce vestibule du baptistère, au registre central, le Christ en buste est  entouré de huit figures de prophètes de l’Ancien Testament (notre cycle E) représentés à mi-corps  et tenant de grands phylactères. Il s'agit (P. Saccardo) des prophètes Isaïe, Osée, Jérémie, Élie, Elisée, Abraham, Sophonie et Joël. Et dans les deux lunettes: David, Salomon, Abdias et Jonas.

 Au registre inférieur, le récit de la vie de Jean-Baptiste  se déroule en parallèle de celui de l’enfance du Christ, pour se rejoindre dans la magnifique scène du Baptême de Jésus dans les eaux du Jourdain.

Sur la partie sud, les rois de Juda David et Salomon présentent chacun leur phylactère.

 

b) Un espace central de forme carrée.

Les fonts baptismaux, conçus par Jacopo Sansovino, curé de San Marco de 1527 à 1570, dont les reliques reposent au pied de l'autel, sont ornés d'un couvercle en bronze divisé en huit sections. Quatre de ces sections représentent des épisodes de la vie de saint Jean-Baptiste et les quatre autres, les quatre évangélistes. Ce couvercle fut réalisé en 1545 par Tiziano Minio et Desiderio da Firenze. En 1566, toujours sous la direction de Sansovino, Francesco Segala créa la splendide statue en bronze du Baptiste, placée au-dessus des fonts baptismaux.

Sur les murs, richement recouverts de marbre, se trouvent les tombeaux de Giovanni Soranzo, doge de 1312 à 1328, et du doge Andrea Dandolo (dogat de 1543 à 1554) , qui a donné au baptistère son aspect actuel au cours du XIVe siècle. Ce doge fut le dernier à être enterré dans la basilique Saint-Marc et son monument funéraire est un chef-d'œuvre de la sculpture gothique : œuvre de la famille De Sanctis, il est orné de magnifiques reliefs représentant le martyre de saint André et de saint Jean l'Évangéliste, tandis que sur l'urne repose le corps gisant du doge.

La décoration en mosaïque retrace la vie de Jean-Baptiste : sa naissance, sa prédication et son martyre par décapitation, magistralement représenté dans la lunette nord, au sein de la mosaïque de la Danse de Salomé . 

la Naissance de Jean-Baptiste sur le carton de Girolamo Pilotti daterait de  1628

Dans la coupole surplombant les fonts baptismaux est représentée Jésus envoyant les apôtres baptiser les peuples, qui fera l'objet du cycle I.

c) L'espace de l'autel sous une coupole. 

L'autel est fait d'un gros bloc de pierre rouge, rapportée de Tyr par le doge Michiel en 1125 comme relique, car on dit que c'est sur elle que Jésus a prononcé le célèbre sermon des Béatitudes . Dans la lunette est, sur le mur au-dessus de l’autel, Jésus et saint Jean sont réunis dans la scène de la Crucifixion , représentés avec la Vierge, saint Marc, saint Jean l’Évangéliste, et en donateurs le doge Andrea Dandolo et son conseiller.

Sur le mur derrière l'autel se trouve le bas-relief du Baptême du Christ, flanqué des figures de saint Georges et de saint Théodore.

Les trois portes donnent accès à l'intérieur de l'église au nord, à la chapelle zen à l'ouest et à la Piazzetta au sud.

Ces mosaïques du baptistère et de son vestibule sont décrites par "La Guida della pictura" de Dyonisos de Furna entre 1701 et 1745, manuscrit traduit par Didron en 1845. On trouve ensuite la description de Pietro Saccardo en 1896. Ces deux sources ne traitent pas spécifiquement du baptistère. Au contraire,   Rosanna Tozzi, dans son article de 1933, analyse ces mosaïques de manière approfondie. Bien entendu, aucun article n'est consacré uniquement à la voûte de l'anté-baptistère, et encore moins à chacun des prophètes. Elle voit dans ces mosaïques du baptistère l'influence de la peinture italienne (Giotto est décédé en 1337) et les attribue à des ateliers vénitiens, et non grecs, certes influencés par l'art byzantin mais créant la "transition progressive de l'art à la fin du XIVe siècle, de la vision orientale à la nouvelle conception artistique, déjà répandue dans le reste de l'Italie, démontrant clairement l'incompatibilité de l'art byzantin avec ce nouveau mouvement dont Venise, malgré sa tradition, ne pouvait plus rester étrangère".

Avertissement

Comme je suis fort amateur, et fort dilettante, et fort distrait, et je suis revenu de Venise avec mes photos des mosaïques du Musée  et de leurs cartels, mais dans le cas présent, le cartel regroupait les 4 prophètes avec des désignations A, B, C et D qui ne figuraient pas sur mes photos:

J'ai consulté les quelques photos de ces prophètes, disponibles en ligne, et j'ai découvert des identifications très variables pour le même cliché. Ce cartel, la taille des rectangles jaunes, et la mention pour le prophète Elisée concernant sa réfection au XIXe siècle, sont mes seuls indices.

N'ai-je pas classé comme MSM-005 sous le nom d'Isaïe le prophète Sophonie? J'en ai peur. Dés lors , mon catalogue n'est pas "raisonné" mais déclassé comme "souvenir de vacance" : voudrez-vous m'accorder votre compréhension?

Comme je ne possède pas le rare et onéreux ouvrage de référence d'Otto Demus, je présente mes clichés avec des réserves sur l'identité des prophètes. Lors des restaurations du XIXᵉ siècle, les mosaïques déposées furent très souvent dessinées avant démontage, et Otto Demus les utilise abondamment. Ces dessins indiquent souvent le nom inscrit au-dessus de chaque figure.

Une solution consisterait à disposer de bonnes images de la voûte de l'anté-baptistère, dont les mosaïques restaurées entre 1865 et 1870 tout en en conservant les visages, déposées et stockées pour le futur Museo Marciano. J'ai beaucoup cherché, je n'ai trouvé que celle-ci, antérieure à 1933 :

STOYANOVA (Magdalena) , 1988

On comprend la disposition générale, on voit comment les prophètes tiennent leurs larges et vastes phylactères, quatre de chaque côté d'un médaillon où Dieu le Père rayonne, mais on ne peut lire ni les phylactères ni les noms des prophètes. Toute aide sera la bienvenue.

Quand aux 4 autres prophètes de l'intrados de cette voûte, ce serait ceux-ci :

 

Mes photos de prophètes appartiennent à un même ensemble décoratif : même fond d'or, mêmes carnations rosées très fines, même dessin des yeux, mêmes contours noirs très affirmés, mêmes plis bleus et verts, mêmes auréoles à tesselles d'or. Tout indique une campagne unique.

 

Supposons que je me sois trompé pour mon MSM-005 "Isaïe", il trouverait bien sa place ici, sous le nom par exemple de Sophonie (c'est un panneau plus petit et presque carré) :

Un prophète, fragment de mosaïque, Musée de la basilique Saint-Marc de Venise. Cliché lavieb-aile.

 

MSM-007. Un prophète (Sophonie, Élisée, Abraham ?, ou Joël ?). Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère, côté sud.

Il est figuré de trois-quarts, ce qui indique qu'il est tourné vers Dieu le Père, comme celui que  j'identifie comme Élisée, les prophètes plus éloignés du centre me paraissant regarder devant eux. Donc, sur ce cliché, le voilà :

C'est un rectangle de grande taille : soit Élisée, soit Abraham selon le cartel.

Il présente un grand phylactère, mais le texte en est malheureusement très mutilé.

Je distingue seulement des lettres isolées :

S

SI[O]...
PR ...
SΘ ...

C'est très insuffisant — surtout si l'inscription est en grec— pour identifier le prophète, d'autant que les phylactères portent des versets prophétiques (que les auteurs n'ont pas relevés).

Nous retrouvons la ligne en U de la glabelle remarquée en MSM-005. Les soucils sont en accent circonflexe, les ombres colorées sombres avec des lignes bordeaux des paupières donnent le sentiment d'un regard profond. Les tesselles des yeux ont des éclats bleus. Ce regard est très vivant, et non noir, fixe  et situé dans un monde supra-terrestre. Les lignes de contour ne sont presque plus noires, mais varient de couleur selon l'endroit, ils ne dessinent plus, ils colorent. Le trait rouge est limité aux narines et aux oreilles. La coiffure très abondante et la barbe en longues mèches, "en pieuvre", sont faites de lignes successives de noir, de brun foncé, de brun clair et  de gris violacé.

 

 

 

 

MSM-007. Un prophète (Sofonie ?). Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère, côté sud. Cliché lavieb-aile 2026.

MSM-007. Un prophète (Sofonie ?). Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère, côté sud. Cliché lavieb-aile 2026.

MSM-007a. Un prophète (Sofonie ?), détail. Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère, côté sud. Cliché lavieb-aile 2026.

MSM-007a. Un prophète (Sofonie ?), détail. Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère, côté sud. Cliché lavieb-aile 2026.

MSM-007b. Un prophète (Sofonie ?), détail. Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère, côté sud. Cliché lavieb-aile 2026.

MSM-007b. Un prophète (Sofonie ?), détail. Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère, côté sud. Cliché lavieb-aile 2026.

MSM-008. Un prophète (Sophonie, Élisée ?, Abraham, ou Joël). Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère, côté sud.

J'opte pour Élisée car c'est ce panneau qui diffère des autres et qui évoque une création des restaurateurs du XIXe siècle, mais toujours sous réserve. (Je rappelle que le cartel donne pour "C", un rectangle assez haut, la mention "Prophète Élisée, refait au XIXe siècle". Les restaurateurs ont dû suivre un modèle certainement trop détérioré pour être conservé. C'est le seul qui, sur la photo d'archive, ne tienne pas de phylactère. 

On retriouve sur la manche du manteau la bande d'or caractéristique.

MSM-008. Un prophète. Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère, côté sud. Ckiché lavieb-aile 2026

MSM-008. Un prophète. Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère, côté sud. Ckiché lavieb-aile 2026

MSM-009. Un prophète (Sophonie, Élisée, Abraham, ou Joël). Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère, côté sud.

Le prophète est tourné vers sa gauche : il est donc à droite de Dieu ; il tient son phylactère sur sa droite. Ce portrait est très proche de celui de MSM-007.  Il porte une longue barbe bifide.

Joël ?

 

 

 

MSM-009. Un prophète. Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère, côté sud. Cliché lavieb-aile 2026.

MSM-009. Un prophète. Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère, côté sud. Cliché lavieb-aile 2026.

MSM-009a. Un prophète (détail). Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère, côté sud. Cliché lavieb-aile 2026.

MSM-009a. Un prophète (détail). Fragments de mosaïques du XIVe siècle de l'anté-baptistère, côté sud. Cliché lavieb-aile 2026.

 

Restauration.

La restauration des mosaïques semble avoir débuté dès 1842, mais elle concerne apparemment l'extérieur du Palais ducal et de la basilique. En 1867, Salviati & C. « obtinrent la concession exclusive pour la restauration des mosaïques de San Marco » ( Demus 1984 : vol. 1, p. 16). En 1872, ce dernier fonde la Compagnia du Venezia e Murano ou CVM.

 

Biographie de l'œuvre

 XIVᵉ siècle
Réalisation pour la voûte de l'anté-baptistère. Pietro Saccardo écrit qu'elles furent exécutées par ordre du fameux Doge André Dandolo, qui occupa le siège ducal de 1342 à 1354.

1865–1876
Dépose lors de la restauration des mosaïques par la Compagnia Venezia-Murano. Réfection du prophète Élisée vers 1876 par CVM

XIXᵉ siècle
Montage sur caisse afin d'assurer sa conservation.

Aujourd'hui
Présentée au Museo di San Marco parmi les plus anciens fragments monumentaux conservés de la basilique.

 

ANNEXE I. L'ANALYSE DU DECOR DU BAPTISTÈRE PAR ROSANNA TOZZI (1933). Traduit  de l'italien.

 

"Les mosaïques du registre supérieur des murs de l'antibaptistère, illustrant des épisodes de la vie du Christ , témoignent d'une qualité artistique limitée — notamment dans leurs compositions ; dans l'esprit des poses des personnages, dépourvues de la dignité propre aux plus nobles exemples byzantins ; dans l'expression vide des visages, bien éloignée de la solennelle hiératisme oriental ; et dans le traitement des drapés, qui tombent de manière sommaire autour des corps.
Les signes de nouveaux idéaux artistiques apparaissent dans la tentative d'animer les visages, dans les drapés qui tendent à suivre les mouvements du corps avec plus de liberté, et dans la forme des couronnes des Mages — qui, tout en dérivant du modèle courant dans les monuments byzantins, révèlent l'influence du style gothique. La narration est plus sommaire que celle du "Guida della Pittura", qui reflète les conventions les plus répandues dans l'art byzantin.
Bien que nous n'ayons pas l'intention d'utiliser ce manuscrit comme une norme absolue pour évaluer la représentation de ces scènes, il convient de noter que le caractère schématique des compositions — bien qu'il trouve certains parallèles dans l'art byzantin — ne correspond pas au style narratif le plus courant, généralement riche en détails.
Quoi qu'il en soit, au-delà de la variété et de la liberté d'interprétation, c'est bien vers les modèles iconographiques byzantins que l'artiste se tourne. La figure de la Vierge à l'Enfant dans l'Adoration des Mages  rappelle la rigidité de ces modèles ; Elle est hiératique, telle une icône sacrée, avec des bandes blanches entourant son front — à l'instar de nombreuses autres Madones très répandues en Italie, allant de l'exemple du VIe siècle au cimetière de Commodilla à celui du vestibule de Saint-Marc. Plutôt que de s'inspirer d'exemples bien connus dans notre région, il est probable que cette représentation s'inspire de celles peintes sur le Mont Athos au XIVe siècle, car l'art italien contemporain se détournait alors de formes iconographiques similaires.

L'une des compositions les plus proches de la tradition est celle du Massacre des Innocents, la perspective inversée étant due à des tendances propres à l'art hellénistique et romain.  L'épisode de la fuite d'Élisabeth, protégée par le rocher qui, s'ouvrant derrière elle, s'ouvre et se referme pour arrêter son poursuivant, est un motif importé d'Orient, très courant en Grèce, mais inconnu en Occident.

Les sources iconographiques de ces scènes étaient donc byzantines, et les variations par rapport au « Guide » constituent un élément important pour leur appréciation, car si l'artiste n'ignorait pas les normes orientales, la liberté de représentation témoigne d'une vision artistique particulière, qui tendait à s'affranchir des canons traditionnels. L'élément architectural, en effet, qui n'est plus conçu comme une simple décoration, mais comme une indication plus complexe des plans pour parvenir à un plus grand mouvement, la plasticité recherchée des corps et certaines indications de perspective en plus de ce qui a déjà été noté, révèlent de nouvelles intentions artistiques. L'élément chromatique est parfaitement en accord avec cette nouvelle orientation, puisque la couleur, qui n'est plus savamment graduée et fondue en gammes délicates, selon la tradition byzantine, a acquis une intensité, une somptuosité, même dans sa moindre raffinement, qui révèle le sens profond et vivant de la couleur spécifique à la peinture vénitienne.

La partie inférieure des mosaïques, cependant, présente des caractéristiques différentes. Le Sermon de saint Jean, en raison de la sobriété de la composition,  un plus grand sentiment de fusion et d'harmonie, le naturel dans le regroupement des figures, témoignent d'un art plus noble, influencé par le mouvement artistique qui s'épanouit sous la dynastie des Paléologues.

La disposition circulaire des bâtiments s'inspire d'exemples hellénistiques chers à l'art byzantin du XIVe siècle, des mosaïques de Kahrié-Djarni aux fresques de Mystras, que l'on retrouve dans des scènes similaires du Protaton, sur le Mont Athos, où des épisodes de la vie du Baptiste sont également représentés : ces liens avec les monuments des régions rocheuses s'expliquent par la diffusion rapide de l'art monastique depuis Constantinople au XIVe siècle.

Il convient de noter à cet égard qu'en examinant les différentes scènes, on peut déceler des influences de différentes périodes de la culture byzantine, ainsi que des éléments nouveaux plus proches de la vision artistique occidentale. Ces éléments coexistent le plus souvent dans les mêmes représentations, témoignant d'une source d'inspiration unique issue d'un courant culturel éclectique. Par exemple, le Baptême du Christ est iconographiquement plus proche des modèles diffusés par l'art byzantin au XIe siècle. La silhouette élancée de saint Jean est dessinée par un contour tourmenté, le torse se courbe brusquement et les jambes raides s'ouvrent comme un compas, à l'instar des fresques du Peribleptos à Mystras, qui reprennent le type traditionnel. Le Précurseur, dans l'acte de baptiser, lève la main gauche vers l'étoile, comme dans les anciens modèles cappadociens et dans les miniatures du XIIe siècle.Quant aux types d'anges, leurs visages fins et concentrés, aux expressions si semblables, présentent une bien plus grande affinité avec une figure angélique de la coupole au-dessus de l'autel et avec les mosaïques de la voûte au dessus du presbytère de Cefalù, plutôt que l'ange derrière saint Grégoire dans le même baptistère, où le type traditionnel est déjà transformé en une forme de beauté subjective. On comprend donc pourquoi Zanotto  écrit : « toutes ces mosaïques ont été réalisées du XIIe au XIVe siècle », une affirmation reprise par Furietto  et Paciandi  mais qui ne correspond pas à la vérité, puisque les mosaïques qui ressemblent le plus aux monuments du passé par leur composition, leur style général et leur inspiration artistique ont également été exécutées par des artistes du XIVe siècle, inspirés par les formes les plus nobles de l'art byzantin du XIe siècle.

Les précédents artistiques de la représentation de l'Éternel, figurant au centre de la voûte de l'antébaptistère entre les Prophètes, sont moins clairs. Au sein d'un disque bleu se détache un buste vêtu d'une robe blanche, la tête entourée d'une auréole dorée, les cheveux blancs séparés par un ombrage linéaire de style byzantin. Le visage est figé dans la caractéristique orientale. Il s'agit manifestement d'une représentation du  ... des Grecs, un exemple très rare d'une figuration qui était une conquête du dogme, lequel rejetait généralement l'humanisation de son apparence.

Ainsi, comme on le sait, durant les premiers siècles, sa présence est simplement indiquée par une main émergeant des nuages. Il n'est pas possible d'affirmer avec certitude une dérivation d'exemples byzantins antérieurs : en Orient, le Père n'est représenté qu'à la fin de l'époque, dans le Peribleptos de Mystras, où il apparaît où il apparaît en vieillard, en pied, dans la représentation de la Trinité, et également à Chilandari Trapeza, mais il est probable que ces exemples aient eu des précédents. Tout d'abord, les peintures de Mystras et de Chilandari Trapeza contredisent l'affirmation de Didron Ier , qui exclut une telle figuration en Grèce pendant treize siècles ; d'autre part, il est probable qu'elle y était répandue auparavant, étant déjà présente dans notre pays dans les fresques de style byzantin de l'arc de triomphe de Grottaferrata et dans une sculpture du XIVe siècle rapportée d'Italie en France par Durand.

La contamination habituelle entre l'ensemble des formalismes traditionnels d'une part et une vision plus libre de l'art d'autre part, qui a été remarquée dans les récits de la vie du Christ, se retrouve également dans les Évangélistes de l'arc secondaire entre l'antebaptistère et le baptistère proprement dit. L'essence byzantine est en effet claire dans la version simplifiée habituelle du « Guide II, I4 »), qui élimine le contexte architectural, comme dans la représentation des Évangélistes sur la Pala d'Oro, tandis que l'artiste qui, au début du XIVe siècle, traita le même sujet au Protaton du Mont Athos, adhéra aux normes négligées par le décorateur vénitien. Ce mosaïste n'ignorait manifestement pas les sources orientales, pour lesquelles il aurait pu puiser dans les codex grecs du XIe siècle, aujourd'hui conservés à la Bibliothèque Marciana, qui devaient déjà se trouver à Venise à cette époque. Mais la suppression de l'élément architectural est certainement due à une interprétation plus libre (sans exclure totalement une contingence purement matérielle, à savoir un manque d'espace) car dans les pendentifs des coupoles, où sont représentés les Pères de l'Église grecque et latine, cet élément n'est pas ignoré.

D'autre part, l'interprétation naturaliste de la peinture du XIVe siècle, clairement visible dans les figures des Évangélistes, solidement construites sous les grands et lourds draperies, accuse ces mosaïques, semblables à celles de la vie du Christ,   qui, dans l'ensemble, restent byzantines, une émancipation lente mais active des formules traditionnelles, ouvrant ainsi la voie au détachement de la figure du fond doré, mal adapté aux nouveaux idéaux de l'art.

Cette tendance est plus manifeste dans le Festin d'Hérode , au-dessus de la porte d'entrée du Baptistère, que dans les Évangélistes. Les traits physionomiques, les larges bandeaux ornés de pierres précieuses, les couronnes, la façon dont certains vêtements sont pliés, ne représentent rien de plus qu'un héritage dont l'artiste cherche à se libérer. Le contraste entre sa formation artistique et les nouveaux
idéaux de son esprit se traduit par une vision dépourvue d'unité stylistique. Ainsi, la recherche de plasticité, manifeste chez le serviteur et dans la niche imposante qui encadre sa figure, contraste avec la manière dont la danseuse est représentée (fig. 5), expression très raffinée d'une élégance linéaire. L'art byzantin est noblement interprété dans la coupole centrale du baptistère, au-dessus de la scène du banquet, et dans les pendentifs, où les quatre Pères de l'Église grecque sont représentés.

Le Rédempteur assis au milieu de la voûte au-dessus des cieux, bénissant d'une main, tandis que de l'autre il tient l'étendard et le rouleau déplié aux inscriptions gothiques  correspond comme Fetijé-djami et Kahrié-djami, par la douceur de son attitude, à la description du « Guide», mais n'a aucun rapport avec les Pantocrateurs de Cefalù et Monreale, où la divinité est dominante.

L'architecture des remparts de la ville dans la scène du baptême des Apôtres répond à un  schématisme linéaire sobre, conforme aux intentions architecturales byzantines. Les types des apôtres, le drapé des robes souligné par de larges ombres, la couleur aux transitions délicates de teintes, fondues en un tout harmonieux, révèlent dans cette coupole des relations plus directes et spontanées avec des exemples orientaux.

Concernant la figuration des Pères de l'Église grecque, Paul Durand, compagnon de Didron lors de son voyage en Orient, fut surpris à tort de trouver dans les Métamorphoses d'Athènes l'Hécatompyle de Mystras, la Panagia de saint Luc, le saint Jean Chrysostome qu'il avait dessiné du Baptistère, car de telles représentations, qui adhèrent strictement à des schémas iconographiques précis, sont très courantes dans les églises grecques. Le fait même qu'on les ait retrouvées inchangées à la fin de l'époque, tant en Russie qu'au Mont Athos, prouve leur large diffusion. L'élément architectural des maisons des saints Pères,  correspond à la structure traditionnelle, mais tandis que dans les scènes du Baptême elle conserve partout sa structure schématique rigide, dans la maison dessinée derrière saint Basile, qui s'ouvre au sommet d'une loggia, elle révèle l'élément solidement constructif de notre style dans les grandes colonnes basses, semblables à celles de l'édicule de la scène du Banquet.

En passant à la troisième salle, dans les scènes de la Décollation de Jean-Baptiste et de sa mise au tombeau, les innovations qui coexistent avec les éléments traditionnels sont encore plus évidentes. Une tentative de perspective dans la représentation de la prison crée un contraste avec le fond doré, tandis que la silhouette élancée de la Précurseuse contraste avec celle de Salomé, comprise comme une masse corporelle sous la riche robe, qui épouse doucement la silhouette, dont le contour est marqué d'un trait sombre et marqué, qui la détache du fond, semble contredire la plasticité avec laquelle la forme est exprimée. L'environnement dans lequel travaillaient les artistes ne pouvait rester totalement étranger à leur art, qui prit des directions plus en phase avec l'époque. En effet, l'arc en dos d'âne, de forme orientale, de l'Annonciation de Jean, rappelle assurément les deux arcs orientaux du XIIIe siècle sur la façade de la basilique Saint-Marc tandis que le petit arc trilobé au sommet de l'architecture complexe du trône d' Hérodias s'inspire d'exemples gothiques.

 

 

 

Dans la lunette opposée, cependant, avec les scènes de Zacharie et d'Élisabeth,la figure humaine, la tonalité générale et lesrehaussements des vêtements correspondent davantage aux formes byzantines traditionnelles. La Crucifixion (fig. 10) au-dessus de l'autel, longuement décrite dans le « Guida », est ici réduite à une représentation schématique :  au centre, le crucifix ; de part et d'autre, la Vierge et saint Marc, saint Jean l'Évangéliste et saint Jean-Baptiste ; agenouillé au pied de la croix, le doge Andrea Dandolo, qui commandita la décoration en mosaïque ; de part et d'autre, le Grand Chancelier (20) et un autre personnage inconnu, certainement un magistrat. Ce schéma iconographique était très répandu à Venise au XIVe siècle, comme en témoignent plusieurs tableaux.  

Le saint Jean l'Évangéliste, le visage appuyé sur sa main dans le geste traditionnel que l'on retrouve également dans le saint Jean de Cimabue conservé au musée de Santa Croce, peut être rapproché, comme le remarque à juste titre Lasareff, de celui de la collection Stoclet à Bruxelles. Cependant, dans ce dernier,
qui appartient lui aussi manifestement à l'école artistique vénitienne du XIVe siècle, on perçoit une plus grande harmonie, une grâce et une élégance linéaire qui font défaut à celui du baptistère.

Le crucifix du baptistère rappelle l'exemple de l'église des Crociferi à Rome, publié par Lavagnino, qui a analysé ces relations.

Ceci témoigne clairement de l'épanouissement à Venise de toute une école de peinture qui, sans encore se conformer au nouveau mouvement artistique occidental, a donné naissance, tout en puisant son inspiration
n Orient, à des œuvres où les canons byzantins sont interprétés avec une grande créativité. De plus, ce qui nous intéresse le plus pour son dérivation artistique, la Crucifixion du Baptistère nous ramène à celle de Protaton au Mont Athos (début du XIVe siècle), où l'on note également une certaine simplification par rapport à la « Guida ».

Le même mur de fond, interprété dans la mosaïque, se déploie avec une plus grande robustesse structurelle ; les mêmes caractéristiques traditionnelles se retrouvent dans le traitement schématique de l'abdomen du Christ nu, dans la largeur même du pagne. L'expression de douleur sur le visage est rendue par des traits forcés dans une exécution artistique moins noble. Un élément très important de la scène est le portrait, non négligé dans la peinture du XIVe siècle et déjà traité auparavant en Italie par des artistes nobles.

La nature dévote et statique des figures vêtues selon la mode de l'époque n'a plus rien à voir avec les motifs orientaux. Le besoin de caractérisation, déjà recherché dans le tableau surplombant le monument au doge
Francesco Dandolo (1339) dans le palais des Frari, est manifeste dans la particularité des traits physionomiques, tandis que la manière de s'incliner est tirée de l'observation directe de la réalité. Bien que l'art oriental, comme en témoigne le tableau de Théodore Métochitès agenouillé en acte d'adoration profonde devant le Christ dans l'église Chora de Constantinople, remonte au début du XIVe siècle, elle atteignit une puissance d'expression exceptionnelle.

La conception est totalement différente en raison des différentes orientations des courants artistiques. Dans les pendentifs , les quatre Pères de l'Église latine d'Occident : Grégoire, Augustin, Ambroise et Jérôme  assis devant des édifices sacrés, sur de grands sièges circulaires d'origine orientale directe, tous imprégnés de suggestions angéliques, révèlent une inspiration byzantine immédiate et noble pour l'équilibre et l'harmonie de la composition, mais chez saint Augustin et saint Grégoire, ces qualités apparaissent supérieures. L'ange derrière saint Grégoire rappelle un autre du Jugement dernier au Worcester Art Museum, comme l'a justement noté Lasareff, s'éloignant du type angélique traditionnel du Baptême du Christ, pour exprimer une forme de beauté qui, tout en restant intimement byzantine, acquiert une solidité romane de forme. Les teintes chaudes et harmonieuses des vêtements liturgiques des Saints Pères, l'or des rehauts, la splendeur des étoles ornées de pierres précieuses, la richesse du mobilier sacré entre les longues frises végétales aux motifs robustes, s'accordent parfaitement avec le décor en mosaïque de la coupole, créant un ensemble harmonieux et somptueux.

Le Rédempteur parmi les armées angéliques

Le Christ, avec ses formes minuscules, en train de bénir, est une reproduction directe, au fil des siècles, de celui de Sainte-Sophie à Thessalonique. Il présente également des similitudes notables avec le petit Christ de Lesnovo, presque contemporain, avec celui d'un évangéliaire grec du XIe siècle
représentant le Rédempteur et les Évangélistes à la bibliothèque Marciana de Venise, avec un autre du XIIe siècle représentant le Jugement dernier à Torcello, et enfin avec celui plus récent de l'église de Pantanassa à Mystras. Tout comme le Christ dans la coupole de l'Ascension à Saint-Marc, il partage le même fond étoilé, conçu dans le baptistère avec une dimension décorative plus marquée. L'ensemble témoigne d'une élégance sobre et d'un sens raffiné des couleurs. La robe du Christ est bleu pâle, rehaussée de larges reflets blancs, et le précieux manteau, habilement drapé autour de la figure, est d'or. 

De part et d'autre du Christ sont représentés les neuf chœurs d'anges, correspondant au nombre mentionné par Denys l'Aréopagite, mais ils ne présentent pas son indication formelle, ni les attributs qu'il mentionne.

Les gestes des figures angéliques en général, et plus particulièrement ceux des Anges et des Archanges, qui lèvent les bras vers le Christ avec les âmes dignes, sont loin de l'abstraction byzantine de la représentation angélique et justifient le lien avec la « Légende dorée », relevée par Lasareff, puisque le mouvement dans les représentations angéliques byzantines ne dépasse pas les limites de l'exaltation mystique.

Ces considérations permettent une distinction approximative des mains, ce qui éclairera davantage la coexistence de diverses influences artistiques et la prédominance de l'une sur l'autre.

Les deux coupoles sont l'œuvre d'artistes différents, probablement grecs, qui, tout en étant inspirés par l'art byzantin, l'interprètent avec des esprits différents. L'artiste de la coupole au-dessus des fonts baptismaux privilégie une symétrie plus marquée, un style plus froid et une approche moins originale.

Il reste fidèle à l'Orient, notamment dans le choix des couleurs, généralement délicates et sans contrastes marqués.

L'autre coupole, au-dessus de l'autel, est plus indépendante et plus noble, particulièrement remarquable par sa somptuosité chromatique, qui s'exprime pleinement dans la riche frise en mosaïque, où les rouges, les verts et les bleus resplendissent dans leurs teintes les plus intenses et précieuses. Il est probablement dû à  l'artiste du Baptême, bien que dans cette œuvre, il adhère davantage Dans sa manière rapide de désigner les eaux du Jourdain et de projeter la lumière sur le rocher, on reconnaît sa touche nerveuse, qui deviendra tourment chez les Anges et les Archanges de la coupole. L'affinité évidente entre les Anges du Baptême et le Séraphin de la coupole semble confirmer l'attribution des deux mosaïques à un seul maître, d'une qualité artistique supérieure à celle des autres décorateurs du Baptiste.

Les artistes du Baptême des Apôtres et du Rédempteur parmi les armées angéliques ont puisé leur inspiration dans les formes les plus nobles de l'art byzantin. Le premier reste entièrement dans cette sphère, tandis que le second, plus brillant, tout en reprenant dans le Baptême du Baptiste des formes communes à l'art byzantin du XIe siècle, n'en manque pas de revigorer son art par des sources d'inspiration occidentales.

L'auteur du Festin d'Hérode puise également à ces sources. Il établit un compromis entre une approche novatrice et l'héritage des maniérismes dans lequel il est pris au piège, ce qui engendre une certaine incohérence dans la composition, mais il possède des qualités chromatiques et une élégance linéaire remarquables.

La Décollation de Jean-Baptiste, œuvre d'un artiste moins accompli, s'inscrit également dans ce courant, qui combine des éléments contradictoires dans un répertoire limité. Bien qu'il ne soit pas indifférent aux nouveaux idéaux de l'art, il fait preuve d'un manque de moyens.

La Crucifixion, dont le schéma iconographique s'inspire d'exemples du XIVe siècle, ne s'identifie pas aisément aux auteurs d'autres scènes, comme c'est le cas pour les Histoires de Zacharie et d'Élisabeth.

Dans la partie supérieure de l'antè-baptistère, on retrouve cependant la patte du même artiste, bien différente des autres. Nous avons déjà relevé sa grossièreté provinciale, mais aussi, outre ses innovations architecturales et plastiques, son intensité chromatique, élément essentiel de ses représentations, intimement liée au colorisme de la peinture vénitienne.

L'artiste des autres épisodes de la partie inférieure de l'antè-baptistère est plus sobre et délicat. Bien qu'il ne puisse être identifié aux mosaïstes des deux coupoles, il appartient néanmoins avec eux à un mouvement plus raffiné, manifestement soumis à une influence orientale plus directe.

Comme nous l'avons déjà mentionné, cette série de mosaïques a généralement été négligée par les chercheurs. Les opinions brièvement exprimées à leur sujet dans les ouvrages généraux ne sont que
synthétiques et fragmentaires. Ce n'est que récemment que Lasareff les a étudiées plus en profondeur pour parvenir à la datation de certaines icônes vénitiennes appartenant au même mouvement artistique. Les opinions de Diehl, de Muratoff,  de Van Marle sont intéressantes. L'opinion de Zanetti est négative. Il les juge selon des critères exclusivement formalistes, en raison de l'insuffisance de la critique de son époque.

Il constate que de telles mosaïques « témoignent clairement du mauvais état du dessin à cette époque » et ignore implicitement le facteur chromatique, pourtant essentiel. Muratoff se montre plus ouvertement hostile, sapant l'élément vital de ces mosaïques (qu'il considère comme les dernières expressions monumentales du style néo-byzantin, que l'on trouve, par une curieuse coïncidence, en Italie lorsqu'il les qualifie d'étranges réminiscences du passé dues à une pénurie de bons techniciens, le produit d'un art qui a perdu conscience de lui-même, un jugement que la splendeur du revêtement en mosaïque et la vitalité de nombreuses représentations contredisent.

L'opinion de Diehl est plus bienveillante, y voyant la volonté de s'émanciper des types traditionnels. L'art byzantin, un besoin d'indépendance vis-à-vis des formules conventionnelles, un renouveau pour créer une œuvre plus vivante, ce qui, quels que soient les effets obtenus, constitue en soi une affirmation positive.

Cependant, on ne peut être entièrement d'accord avec lui concernant la question de l'origine artistique, car s'il ne voit que l'expression exclusive des tendances de la nouvelle école byzantine du XIVe siècle, en réalité, outre des réminiscences d'époques antérieures et des influences orientales contemporaines, on peut noter des innovations en matière de couleurs et de portraits, de sorte qu'il n'est pas possible de nier, avec Van Marle, toute participation d'artistes locaux au Baptistère.

La différence de style que l'on trouve dans les mosaïques prouve la présence de toute une école de mosaïstes. On est donc amené à supposer qu’ils sont le fruit d’un atelier, dirigé très probablement par des Grecs, travaillant avec une aide locale sur le territoire vénitien, dans la première moitié du XIVe siècle. 

Ceci expliquerait la noblesse d'interprétation de certaines scènes et leur éclectisme, tant par leur inspiration puisée dans le passé que par leur relation avec l'art contemporain du Paléologue, et un élément étranger et nouveau à tout cela : les éléments plastiques, constructifs et chromatiques, engendrés par le nouvel art italien du XIVe siècle, qui s'est progressivement implanté dans le milieu vénitien de ce siècle, longtemps lié, pour des raisons historiques, plus que tout autre à la tradition byzantine.

Si les artistes avaient été des Grecs, fidèles à l'art byzantin, il serait impossible d'expliquer les caractéristiques de nombreuses mosaïques, car si les maîtres byzantins du XIVe siècle révèlent une plus grande liberté d'expression dans la plus grande animation et le plus grand dynamisme des représentations, ils sont toujours restés intimement liés à leurs précédents artistiques, et n'ont jamais manifesté d'aspirations plastiques et structurelles ou chromatiques comparables à celles clairement évidentes dans le Baptistère et plus encore dans la chapelle Saint-Isidore, où de tels éléments sont interprétés avec une bien plus grande liberté, à un intervalle de temps infime.

En revanche, les mosaïques du Baptistère ne peuvent être dissociées, hormis les éléments discordants, du reste du décor en mosaïque de la basilique Saint-Marc. D'une part, elles sont reliées, par la partie supérieure de l'antè-baptistère, aux éléments plus tardifs de la chapelle Saint-Isidore, dont on peut considérer qu'ils découlent stylistiquement, du fait de leurs nouvelles intentions formelles et chromatiques. D'autre part, elles trouvent leurs précédents dans certains exemples de l'atrium de la basilique Saint-Marc, où l'on observe une plus grande complexité dans les compositions, des essais de perspective, des types qui préfigurent un développement artistique ultérieur. L'œuvre des décorateurs du baptistère et de la chapelle Saint-Isidore illustre la transition progressive de l'art à la fin du XIVe siècle, de la vision orientale à la nouvelle conception artistique, déjà répandue dans le reste de l'Italie, démontrant clairement l'incompatibilité de l'art byzantin avec ce nouveau mouvement dont Venise, malgré sa tradition, ne pouvait plus rester étrangère.

 Les mosaïques du baptistère ont subi des rénovations entre 1867 et 1880 ; celle de la Nativité de saint Jean a été entièrement refaite dès 1628, celle de saint Théodore date également du XVIIe siècle, et celle du bienheureux Antonio da Brescia est relativement récente. La petite mosaïque de saint Jean-Baptiste porté au désert a aussi été restaurée. D'anciens fragments, remplacés par d'autres lors des travaux de restauration, sont conservés au musée Marciano, et il n'est pas impossible d'identifier l'emplacement d'origine de certains d'entre eux.

 

 

 

 

ANNEXE II. L'ETUDE DE MAGDALENA STOYANOVA ( 1988) extrait traduit de l'italien

 

"...La coupole centrale illustre la mission des apôtres. L'inscription sur le rouleau du Christ [38] — en pied, assis sur deux arches dans le disque central — est tirée de l'Évangile selon Marc (16, 15-16) — saint patron de la basilique et de Venise, et fait référence au baptême comme seul chemin vers le salut des âmes. Standardisation : « Allez dans le monde entier, prêchez l'Évangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, mais il Celui qui ne croit pas sera condamné. La composition est typique de la
décoration des coupoles au-dessus des fonts baptismaux. On peut également voir les douze apôtres dans la coupole du baptistère néonien de Ravenne, décoré au Ve siècle. Cependant, si le contexte politico-ecclésiastique est celui de la lutte des orthodoxes contre les ariens, c'est-à-dire, contre les
hérétiques, l'objectif de Saint Marc est de justifier et de sacraliser la politique expansionniste de la Sérénissime, suggérée par l'étrange étendard brandi par le Christ. Cet attribut singulier pourrait signifier, d'une part, l'adoration du Dieu-Conquérant des âmes des Gentils, dont la supériorité est reconnue et dont la dépendance à son égard est affirmée. Rappelons-nous que le but des conquêtes des Croisades (y compris la Quatrième (dont un autre Dandolo, Enrico, était le commandant), c'était précisément cette vénération. Par ailleurs, le drapeau vénitien que l'on peut voir dans les mosaïques quasi contemporaines de la chapelle Sant'Isidoro [39], est un élément historico-concret de l'iconographie traditionnelle et abstraite de l'Ascension du Christ (comme il convient de déterminer le type iconographique du Christ dans la coupole centrale du baptistère).

C'est pourquoi il est logique d'interpréter sa signification en relation avec la mentalité religieuse de l'époque, en l'occurrence l'espoir des Vénitiens que la possession de reliques du Christ et de divers saints leur assurerait la victoire sur les ennemis de la République. Cette croyance est très bien exprimée dans le choix du programme décoratif de la basilique.

Dans les pendentifs sous la coupole centrale figurent des figures en pied de quatre docteurs de l'Église orthodoxe : Jean Chrysostome, Athanase, Grégoire et Basile. Les textes inscrits sur leurs rouleaux sont typiques et liés au rite baptismal. Selon certaines sources, les reliques de Grégoire de Nazianze se trouvent dans l'église San Zaccaria à Venise, et son crâne dans celle de San Luca. Les reliques de saint Athanase sont également conservées à Venise depuis 1113 [40].

Sur le soffite entre les deux coupoles se trouve la colombe du Saint-Esprit, directement liée au rite baptismal. Plus bas se trouvent les figures de quatre saints liés à Venise : le doge Pietro Orseolo il Santo ; le bienheureux Antonio da Brescia, qui vécut au XVe siècle et qui ne fut introduit dans l'art sacré que vers la fin du XVIe siècle [41] (à gauche) ; et saint Isidore, dont le corps fut ramené à Venise par le doge Domenico Michiel en 1125 depuis l'île de Chios. La chapelle Saint-Marc de ce saint fut commencée par A. Dandolo et achevée par le doge Giovanni Gradenigo (1355-1356). Le dernier, saint Théodore, fut le premier saint patron de Venise, auquel fut dédiée l'église située sur la Piazzetta dei Leoncini. On sait qu'en 1347, un nouvel examen, peut-être propitiatoire, fut effectué sur les reliques de saint Nicolas et de saint Théodore, placées sous le confessionnal de l'église San Nicolò del Lido [42]. La figure de saint Nicolas devant l'église qui lui est dédiée sur le Lido est représentée dans l'antè-baptistère, près de la porte menant à la jetée.

L'arche entre le baptistère et l'anté-baptistère est occupée par les figures des évangélistes.

Dans la voûte de l'anté-baptistère se trouve l'image de Dieu le Père dans un médaillon, parmi les prophètes Jérémie, Élie, Abraham, Joël, David, Salomon, Sophonie, Élisée, Isaïe, Osée, Jonas et Abdias. Leurs images se retrouvent également dans d'autres parties de la basilique, mais elles se distinguent non seulement par leur style mais aussi par les textes de leurs cartouches, différents des textes traditionnels . Ils font étroitement référence aux scènes de l'enfance de Jésus et du Baptiste illustrées dans la partie inférieure. Une confirmation importante que le baptistère était destiné principalement aux enfants est le texte très atypique du prophète Élie, qui évoque le massacre de 42 enfants par deux ours (Rois 4, 2, 23-25).

 

Dans le registre inférieur des murs sud, ouest et nord du baptistère figurent des scènes de la vie de Jean-Baptiste : l’ange annonce à Zacharie la naissance de saint Jean-Baptiste ; Zacharie, surpris et incrédule, reste silencieux devant la foule qui l’interroge ; la rencontre de Zacharie et d’Élisabeth ou la conception du Baptiste (une fête encore célébrée chez les Grecs, mais plus chez les Latins depuis 1478) ; la naissance et le baptême de Jean (remaniée au XVIe siècle) ; l’ange conduit le petit Jean dans le désert ; Jean reçoit de l’ange une peau de chameau celle qu’utilisa le prophète Élie comme vêtement ; Jean prêche aux foules ; le baptême du Christ ; le Baptiste annonce aux Lévites qu’il baptise au nom du Christ ; la fuite d’Élisabeth avec le petit Jean, ainsi que le massacre des Innocents ; le banquet d’Hérode avec Salomé ; La Décapitation du Baptiste ; La Tête du Baptiste présentée par Salomé à sa mère ; Le Corps du Baptiste inhumé par les disciples.

Dans le registre antérieur au baptême, le cycle de l'enfance se déroule en parallèle des
scènes de l'enfance de Jésus illustrées dans le registre supérieur : Les Rois mages interrogés par Hérode sur le lieu de naissance du roi des Juifs ;Les Rois mages offrent leurs présents à Jésus ; L'ange avertit Joseph en songe de fuir en Égypte ; Le Massacre des Innocents. Le placement des cycles de l'enfance de Jésus et du Baptiste avait une finalité éducative, car dans le registre antérieur au baptême, les jeunes enfants, naturellement accompagnés de leurs parrains et marraines, etc., attendaient le baptême, c'est-à-dire l'entrée dans l'Église chrétienne, dont l'ancienneté est attestée par les figures des anciens prophètes. L'intersection des deux cycles symbolise le lien entre l'Ancien et le Nouveau Testament à travers les figures de Jésus et de saint Baptiste (le dernier prophète de l'Ancien Testament et le premier du Nouveau).

Toutes les scènes du baptistère sont réparties sur toute la surface de l'édifice, suivant le symbolisme et les principes fondamentaux de la décoration du temple chrétien : cosmohiérarchique, topographique et liturgique-chronologique. Au-delà du sens littéral, ils possèdent également une signification allégorique : typologique, morale, mystique, telle que seuls ceux éclairés par les sacrements divins pouvaient la comprendre. La composition originale de la coupole orientale en est une manifestation sa structure symbolique et religieuse complexe. Ceci soulève des doutes quant à savoir si, après 1345, le baptistère servait uniquement au rite baptismal, et non également comme chapelle privée de la famille Dandolo. En effet, le bâtiment, ne possède pas de plan centré comme c'est généralement le cas pour les baptistères. Est-ce dû uniquement à la nécessité de s'intégrer à l'architecture existante, ou était-ce également dû à un usage différent ? Comme nous l'avons vu, il y a un anté-baptistère et un baptistère, dont la fonction est claire et suffisante pour le rite baptismal. Quel était cependant le but de l' espace oriental où se trouve l'autel de granit ? La signification des scènes qui y sont placées renvoie à la souffrance, au martyre, également symbolisé par le plan carré du chœur, et correspond davantage au chœur d'une église qu'à un baptistère, même si symboliquement, la mort est considérée comme un baptême de sang. Les raisons sont les suivantes : 1. La Crucifixion est représentée sur le mur est, comme dans les églises ordinaires où la messe est célébrée ; 2. Agenouillés de part et d’autre de la croix, selon le schéma des compositions avec les donateurs (ktitores, du grec), se trouvent les doges Andrea Dandolo, Pietro Orseolo II et une autre personne dont la robe suggère qu’il appartient au clergé et pourrait donc être le doge Pietro Orseolo I (976-978), celui-là même qui contribua à la restauration de la basilique (après l’incendie de 976) et devint ensuite moine [46] ; 3. Dès le début du Moyen Âge, le prêtre commença à officier non plus derrière l’autel, mais devant, dos aux fidèles, et ce jusqu’à il y a quelques décennies. Ainsi, l’autel de granit, désormais hors d’usage liturgique, pouvait alors servir à la liturgie. Nous pouvons alors supposer que le baptistère avait également une fonction liturgique privée, comme cela commençait à se faire dans d'autres églises de l'époque, avec la construction de chapelles privées."

 

 

 

SOURCES ET LIENS

Seules ont été consultées les publications disponibles en ligne.

On peut simplifier en écrivant :Demus → iconographie, Lazzarini → matériaux, Dal Bianco → verre, et Vio → restauration.

— BERGMEIER (Armin)  The Production of ex novo Spolia and the Creation of History in Thirteenth-Century Venice

https://www.academia.edu/47146937/The_Production_of_ex_novo_Spolia_and_the_Creation_of_History_in_Thirteenth_Century_Venice

—BOITO (Camilio) 1889 La Basilique de St Marc à Venise étudiée au double point de vue de l'art et de l'histoire (Venise) : (impr. Emilienne) Fred. Ongania 1889 , 227 p. : fig. ; in-4°

https://books.google.fr/books/about/La_Basilique_de_St_Marc_%C3%A0_Venise_%C3%A9tudi.html?id=2fXSDNquWM4C&redir_esc=y

https://books.google.fr/books/about/La_basilique_La_Basilica_de_St_Marc_a_Ve.html?id=YXla0QEACAAJ&redir_esc=y

— BETTINI (Sergio) 1944, Mosaici Antichi di San Marco a Venezia

— BETTINI (Sergio), 1974, Saggio introduttivo, in Venezia e Bisanzio, catalogo della mostra (Venezia, palazzo Ducale, 1974) a cura di Italo Furlan, Giovanni Mariacher, Sotiro Messinis, Lino Moretti, Michelangelo Muraro, Antonella Nicoletti, Antonio Niero, Rodolfo Pallucchini e Fulvio Zuliani, Venezia, Electa, 1974, pp. 15-87, cit. dalle pp. 86-87.

—DAL BIANCO (Barbara), 2012, Elena Paz Rebollo San Miguel, "Basilica of San Marco (Venice, Italy/Byzantine period): Nondestructive investigation on the glass Mosaic Tesserae. ", J. Non-Cryst. Solids 358 (2012) 368–378. Pdf en ligne

Étude scientifique fondée sur des analyses non destructives des tesselles de verre. Très utile pour distinguer les tesselles de verre des tesselles en pierre naturelle et pour caractériser leur composition.

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0022309311006272

—DRAGHISI-VASILESCU (Elena Ene ),2020, The church of San Marco in the eleventh century communication for The Twenty Third International Congress of Byzantine Studies, Belgrade.

https://www.revistamirabilia.com/sites/default/files/pdfs/29._vasilescu_0.pdf

—DALE (Thomas) 2019, Epiphany at San Marco: The Sculptural Program of the Porta da Mar in the Dugento San Marco: La Basilica di Venezia. Arte. Storia. Conservazione

— DEMUS (Otto), 1988, The Mosaics of San Marco in Venice (4 volumes), The Mosaic Decoration of San Marco Venice (Chicago: University of Chicago Press, Ed. Herbert

C'est l'ouvrage de référence sur les mosaïques de Saint-Marc. Il traite de la chronologie, de l'iconographie, des techniques d'exécution et des matériaux employés.

https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1993_num_36_141_2558_t1_0084_0000_1

— DEMUS (Otto), 1960, The Church of San Marco in Venice: History, Architecture, Sculpture (Washington: Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 1960) OCLC 848981462

  Il donne le contexte architectural et artistique de la basilique et aborde les revêtements de marbre et les mosaïques.

https://books.google.fr/books/about/The_Church_of_San_Marco_in_Venice.html?id=5GiG9-KgdbYC&redir_esc=y

https://www.persee.fr/doc/rebyz_0766-5598_1960_num_18_1_1234_t1_0277_0000_1

https://www.academia.edu/8825559/Demus_O_1984_The_Mosaics_of_San_Marco_Venice_University_of_Chicago_Press_Chicago

— DEMUS (Otto), 1988, The Mosaic Decoration of San Marco, Venice.

Synthèse des recherches de Demus sur le décor de Saint-Marc.

https://archive.org/details/mosaicdecoration0000demu

https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1993_num_36_141_2558_t1_0084_0000_1

— DIDRON, 1845, Guide de la peinture des moines grecs du Mont-Athos, traduit du manuscrit byzantin de  Dionysos de Furna écrit entre 1701 et 1745 , in Manuel d'Iconographie chrétienne, etc., Paris, Imprimerie royale, 1845.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/91/Manuel_d%27iconographie_chr%C3%A9tienne%2C_grecque_et_latine_%28IA_manueldiconograp00dion_0%29.pdf?utm_source=commons.wikimedia.org&utm_campaign=index&utm_content=original

— LAZZARINI (Lorenzo), 1997 'Le pietre e i marmi colorati della basilica di San Marco a Venezia', in Renato Polacco, ed., Storia dell'arte marciana: l'architettura, Atti del Convegno internazionale di studi, Venezia 11–14 ottobre 1994 (Venezia: Marsilio, 1997), pp. 309–328 En ligne

https://www.academia.edu/6979376/I_marmi_e_le_pietre_del_pavimento_marciano_Lorenzo_Lazzarini

— LAZZARINI (Lorenzo), 2025,  Myriam Pilutti Namer, Luigi Sperti, Ancient Marbles and Stones in Venice. Architecture, Sculpture, Reuse from Antiquity to the Baroque (2025). pdf en ligne

C'est aujourd'hui la meilleure synthèse sur les pierres antiques de Venise, avec une large section consacrée à San Marco.

https://www.istitutoveneto.it/wp-content/uploads/2026/02/ancient-marbles-and-stones-in-venice-architecture-sculpture-reuse-from-antiquity-to-the-baroque-revised-edition.pdf

—SACCARDO (Pietro), 1896, Les mosaïques de Saint-Marc à Venise, Venise, Fred. Ongania

LES MOSAÏQUES DU BAPTISTÈRE ET DE SAINT-ISIDORE. Ces œuvres sont, au moins en grande partie, les plus récentes parmi les anciennes et en outre de date certaine,car elles furent exécutées par ordre du fameux Doge André Dandolo, qui occupa le siège ducal de 1342 à 1354. Elles sont de style grec, mais très probablement faites par des artistes vénitiens, qui s'étaient rendus maîtres des procédés de cette école. On y voit en effet, une certaine morbidesse de formes, une vivacité de coloris, une expression dans les mouvements et les visages des figures, qui accuse un progrès de l'art, que les grecs n'obtinrent ni alors, ni plus tard, et pas même aujourd'hui, où les moines du Mont-Athos peignent comme il y a six ou sept siècles. Ceci ne s'applique qu'à la chapelle de Saint-Isidore, dont les mosaïques sont évidemment postérieures à celle du Baptistère. Là, au contraire, la manière grecque est un peu plus apparente, et l'on y remarque même des figures identiques à celles que l'on rencontre dans plusieurs églises de Grèce. Même la distribution des sujets est conforme jusqu' à un certain point à la règle de l'iconographie grecque.

La chapelle a presque la même forme que l' Atrium, dont elle est pour ainsi dire le prolongement. Aussi a-t-elle pu sans peine être assimilée au narthèce et dédorée à la manière de celui-ci. Et, en effet, si le narthèce a deux coupoles, dit le Guide, représentez dans l'une la réunion des Esprits de la manière suivante: décrive un cercle et mette au centre le Christ, avec les ordres des Anges, etc. (Didron p.134). Or, c'est ce que nous voyons exactement dans la petite coupole au-dessus de l'autel. En ce qui concerne l'emplacement et le but qu'on avait en vue, l'application et distribution des sujets a été faite avec un merveilleux discernement et avec intention. Il est même probable qu' elle a été tracée par le Doge André Dandolo, celui qui fit décorer à ses frais le Baptistère et voulut y avoir son tombeau : le plus illustre par le talent, la science et l'amour des arts, de tous ceux qui eurent entre les mains les rênes de la République de Venise. Les compositions qui ont le caractère local commencent dans la coupole qui est au-dessus des fonts baptismaux et tournent en haut sur les murailles qui les entourent.

La première renferme au centre une magnifique figure du Christ envoyant les Apôtres prêcher l'Evangile et baptiser les nations; les Apôtres sont représentés tout autour, occupés à conférer le baptême dans les différentes villes ou régions qu'ils évangélisent, comme l'indiquent les inscriptions: Sanctus Petrus baptisât in Roma : Sanctus Bartolomaeus baptisât in India ; Sanctus Thadaeus baptisât in Mesopotamia et ainsi de suite. Dans les panaches se trouvent les quatre docteurs de l'Église, Grégoire de Nazianze, Basile, Athanase et Chrysostome, avec inscriptions relatives au sacrement de Baptême tirées de leurs écrits et traduites en vers léonins. Finalement autour des lunettes sont représentées en sept tableaux les scènes principales de l'histoire de saint Jean-Baptiste. Dans la huitième, qui est celle de front sur l'autel, on voit le Christ en croix; de son côté ouvert par la lance, sort, mêlée de sang, l'Eau de la Rédemption, grâce à laquelle se perpétue dans l'eau baptismale la vertu de purifier les âmes. Au pied de la croix se tiennent la Vierge avec saint Jean l'Evangéliste, saint Jean-Baptiste et saint Marc; et aux côtés, à genoux, le Doge Dandolo et son grand chancelier Raffaellino ou Rafaino Caresini, et un troisième personnage inconnu. La partie du lieu qui correspond à la porte extérieure et sert de vestibule à la chapelle, porte sur la voûte le Sauveur au milieu des prophètes et sur les murs les Mages à la cour d'Hérode, l'Adoration du Christ à Bethléem,la Fuite en Egypte et le Massacre des Innocents.

Ces mosaïques, on le voit, sont presque entièrement exécutées suivant les règles du Guide de la Peinture, comme le démontre, pour citer un exemple, l'Adoration des Mages. Voici la description qu'en donne le Guide : Une maison. La Sainte Vierge, assise sur une chaise, porte le Christ enfant qui bénit. Devant elle, les trois Mages offrent leurs présents dans des coffrets d' or. L' un des rois est vieux avec grande barbe, a la tête découverte, s' agenouille en regardant le Christ et lui offre d'une main son présent et de l'autre tient sa couronne. Le second roi a peu de barbe, le troisième n' en a pas du tout. Ils se regardent l'un l' autre et se montrent le Christ. Derrière la sainte Vierge se tient saint Joseph en admiration. Au dehors un jeune homme tient trois chevaux par les brides (Didron p.159). Or tout cela se voit dans la mosaïque du Baptistère, avec cette seule différence que le plus vieux des rois a la couronne sur la tête et non à la main et que saint Joseph n'y figure pas, sans doute faute de place. Il n'en est pas ainsi des mosaïques parlantes du Baptistère. Elles sont, comme nous l'avons dit en commençant, de style grec, et la preuve, c' est que le Saint Jean Chrysostome trouvé par Durand, est une reproduction exacte de la même figure existant dans plusieurs églises de la Grèce; toutefois les représentations des sujets s'écartent tout à fait des règles de l' iconographie grecque, qui, nous le savons, sont toutes rigoureusement fixées dans le Guide de la Peinture (de Dionysos de Furna)

 

https://archive.org/details/lesmosaiquesdesa00sacc

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a0/Les_mosa%C3%AFques_de_Saint-Marc_%C3%A0_Venise_%28IA_lesmosaiquesdesa00sacc%29.pdf

https://bibliotheque-numerique.inha.fr/viewer/20843/?offset=#page=255&viewer=picture&o=bookmark&n=0&q=

— STOYANOVA (Magdalena) , 1988, La preistoria ed i mosaici des battistero di San Marco Atti drll' Instituto Veneno dei science lettere ed arti I Tomo CXLVII (1988-89) - Classe di scienze morali, lettere ed arti.

https://www.researchgate.net/profile/Magdalena_Stoyanova/publication/260287331_La_preistoria_ed_i_mosaici_del_battistero_di_S_Marco/links/5af9ad9a0f7e9b3b0beeaaec/La-preistoria-ed-i-mosaici-del-battistero-di-S-Marco.pdf?__cf_chl_f_tk=fEWoWht32MaiyEuUqeu_Soncc2gfaz5cDJ9bFDnN_9M-1783433383-1.0.1.1-Q4nZMtoQDGr1XZboYp62f.1edXMv56mV7YsJF0JQ3cQ

 

—TOZZI (Rosanna) 1932-1933, I mosaici del battistero di S. Marco a Venezia e l'arte bizantina, «Bollettino d'arte», 26 , pp. 418-432

https://bollettinodarte.cultura.gov.it/wp-content/uploads/Importer/1437550663475_05_-_Tozzi_418.pdf

— VIO (Ettore), 2001, Lo splendore di san Marco (Rimini: Idea, 2001).

Pendant 35 ans, Ettore Vio fut proto de la basilique Saint-Marc , responsable de sa conservation.

—VIO (Ettore), 2001 La basilique Saint-Marc de Venise. Texte imprimé / sous la dir. de Vio Ettore,  Edité par Citadelles & Mazenod. Paris - 2001

—VIO (Ettore), 1999, Scienza e tecnica del restauro della Basilica di San Marco : atti del convegno internazionale di studi, Venezia, 16-19 maggio 1995 — 2 v. (1058 p.) : ill. (some col.), plans ; 24 cm.

—WIKIPEDIA, Photos du dome de l'Emmanuel

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Dome_of_Immanuel_in_St._Mark%27s_Basilica_(Venice)

— ZORZI (Alvise),, ‎Antonio Meneguolo 2019 San Marco a Venezia. La piazza e i mosaici della basilica-San Marco in Venice. The Square and the mosaics. Ediz. bilingue

https://www.scriptamaneant.com/sm/negozio/san-marco-a-venezia-la-piazza-e-i-mosaici-della-basilica/

—ZULIANI (Fulvio), 1969 I marmi di San Marco. Uno studio ed un catalogo della scultura ornamentale marciana fino all'XI secolo .

Toujours indispensable pour le corpus des sculptures et des remplois.

https://www.academia.edu/65045121/I_marmi_di_San_Marco_Uno_studio_ed_un_catalogo_della_scultura_ornamentale_marciana_fino_al_XI_secolo

—Site officiel de la basilique :

https://www.basilicasanmarco.it/basilica/mosaici-2/il-patrimonio-musivo/le-cappelle/il-battistero/

— Site Getty images "mosaics san marco"

https://www.gettyimages.fr/photos/san-marco-mosaic

— WIKIMEDIA COMMONS

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:St._Mark%27s_Basilica_(Venice)?uselang=it

https://ateneoveneto.org/wp-content/uploads/2023/06/Ateneo-Veneto-CC-III-serie-12_I-2013-estratto-Pace.pdf

 

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5 juillet 2026 7 05 /07 /juillet /2026 10:44

 

Voir :

 

PRÉSENTATION

Voir les présentations des articles précédents.

Plan : 

  • Cycle A –Chancel,  Déploration MSM-001

  • Cycle B –Tribune nord du chœur, à côté du presbytère. Vie de saint Marc MSM-002

  • Cycle C – Baptistère, Vie de saint Jean-Baptiste MSM-004

  • Cycle D – Porta da Mar : Vierge à l'Enfant MSM-004, Isaïe MSM-005, Christ Emmanuel MSM-006

  • Cycle E – voûte de l'anté-baptistère, portion sud. 4 Prophètes MSM-007 à MSM-010

  • Cycle F :  la paroi sud de l'anté-baptistère XIVe siècle. David et Salomon MSM-011 et MSM-012

  • Cycle G : paroi ouest de l'anté-baptistère : Les Mages rencontrant Hérode 

  • Cycle H : paroi est de l'anté-baptistère :  Massacre des Innocents 

  • Cycle I :  dôme central du baptistère, section sud-ouest, Le Christ invitent les Apôtres à baptiser le peuple 

 

Ce fragment MSM-006  provient, comme MSM-004 (Vierge et l'Enfant) et MSM-005 (Isaïe) du décor de la "Porta da Mar",  avant la création de la chapelle Zeno, décrit dans la notice précédente. Et plus précisément, comme nous l'apprend le cartel du musée, "de la voûte".

Peu à peu, grâce à ces fragments du musée, et par un apprentissage du regard, nous recomposons une basilique disparue.

MSM-006 —Cycle de la Porta da Mar : Christ Emmanuel

Nous avons vu que la réunion de la Vierge à l'Enfant, d'Isaïe et du Christ-Emmanuel sur cette Porta da mar ne se comprenait que par la prophétie d'Isaïe  Ecce Virgo concipiet in utero et pariet filium et vocabitur Emmanuel  “Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils, et on lui donnera le nom d’Emmanuel.” (IsaÏe, 7,  14), que, pour les chrétiens, le Christ vient accomplir en s'incarnant.

Emmanuel est un nom hébreu masculin qui signifie « Dieu avec nous ». Le nom d'Emmanuel apparaît trois fois dans la Bible, deux fois dans le livre d'Isaïe de l'Ancien Testament (7:14 et 8:8), et une fois dans l'Évangile de Matthieu (1:23).
 Dans le livre d'Isaïe 7:14, le nom d'Emmanuel indique que Dieu établira sa présence protectrice et directrice auprès de son peuple dans cette délivrance : il confirmera son alliance. 

L'évangile de Matthieu relève de l'attitude typologique, qui cherche à démontrer que le Christ, pas son avènement, accomplit les Écritures, et, en naissant de la Vierge Marie, accomplit de la prophétie d'Isaïe : «Tout cela arriva afin que s'accomplisse ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète: Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d'Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous » (Matthieu 1:22-23).

 

MSM-006. Fragment de mosaïque : Christ Emmanuel, Musée de la basilique Saint-Marc. Cliché lavieb-aile 2026.

MSM-006. Fragment de mosaïque : Christ Emmanuel, Musée de la basilique Saint-Marc. Cliché lavieb-aile 2026.

Cette pensée typologique est à l'origine aussi de la mosaïque de l'Arbre de Jessé, ou Généalogie de la Vierge du transept nord basée elle aussi sur le Livre d'Isaïe 11:1  : "Puis un rameau sortira du tronc d'Isaï, Et un rejeton naîtra de ses racines. L'Esprit de l'Éternel reposera sur lui: Esprit de sagesse et d'intelligence, Esprit de conseil et de force, Esprit de connaissance et de crainte de l'Éternel."

 

La figure de l'Emmanuel est si importante qu'elle occupe le centre de la coupole orientale qui date du premier quanrt du XIIe siècle et a été refaite entre 1770 et 1780 ; il est entouré dans la couronne inférieure par 14 saints personnages. Juste en dessous se trouve la Vierge, avec David et Salomon à sa droite, et Isaïe et Jérémie à sa gauche. D'un côté donc la généalogie royale de Marie "de la race de David", et de l'autre les Prophètes, et  Isaïe en premier. Il lève le doit selon le mode prophétique et son nom est inscrit : YSAIAH PROPHETA. Il tient un rouleau où on lit : ECCE VIRGO CONCEPIET ET PARIET FILIUM QUOD VOCABITUR EMANUEL (je résous les abréviations).

Wikimedia commons par Prof. Mortel modifié
wikimedia commons

 

 

Provenance

Comme MSM-004 (Vierge à l'Enfant) et MSM-005 (Isaïe), la mosaïque provient de la voûte de la Porta da mar, entrée principale et solennelle de la basilique avant d'être murée pour créer la chapelle Zeno fut déposée sur une cassina et conservée aujourd'hui au Museo di San Marco.

Datation

Le cartel du musée propose une datation de la fin du XIIIᵉ siècle ou du tout début du XIVᵉ siècle.

Description

Le Christ est représenté en buste, inscrit dans un médaillon circulaire. Il bénit de la main droite selon le geste byzantin traditionnel, tandis que la gauche tient un rouleau fermé.

Le fond est un ciel bleu profond semé d'étoiles d'or, contraste saisissant avec le nimbe crucifère entièrement doré.

La composition est remarquablement équilibrée : parfaite frontalité, regard fixé sur le spectateur, épaules symétriques, cercle englobant toute la figure.

Tout concourt à exprimer une présence stable, éternelle.

On le comparera à l'Emmanuel du centre de la coupole orientale : tous les éléments sont identiques, mais pourtant...

cliché pr Mortel Wikimedia commons

Mais pourtant ce panneau montre un Emmanuel plus jeune, plus souriant et plus humain, témoin d'une prise de distance avec le hieratisme byzantin

Analyse stylistique

Nous retrouvons ici exactement le langage artistique observé dans le panneau de la Vierge à 'Enfant.

Les mêmes caractéristiques reviennent : dessin extrêmement net, contours noirs très assurés, grands yeux largement ouverts, modelé discret obtenu par quelques nuances rosées, bouche petite et très légèrement souriante. Ce sont bien les caractéristiques de  la mosaïque byzantine.

Le visage n'est pas individualisé comme celui d' Isaïe MSM-005. Il appartient au registre iconique. Le Christ n'est pas représenté dans un instant de son histoire, il est montré comme l'Emmanuel, le Dieu présent.

Bien que le fond or, qui situe le personnage sacré dans un monde supraterrestre transcendant, laisse place à ce ciel bleu bleu ciel puis gris frappé d'étoiles d'or, et bien que le demi-sourire remplace la bouche impassible et silencieuse , l'Emmanuel beigne dans l'éternité, son geste est une action sans action, dans un monde divin qui repose en paix, paix que rien ne saurait troubler. L'Emmanuel, avec son cortège, se présente au fidèle comme un médiateur qui l'accueille avec bienveillance vers son propre salut : l'image, comme les Ecritures et comme la liturgie, conduit l'homme vers la transcendance. Tania Velmans cite le Pseudo-Denys l'Aéropagite, pour qui "à la divinité seule appartient de connaître infiniment son infinie perfection, qui surpasse tout discours, toute pensée, toute substance ; mais l'homme l'ignore." (Des Noms divins) l'image (l'icône, ou la mosaïque) est une fenêtre ouverte vers le ciel.

Les couleurs

Le bleu domine toute la composition. Le manteau gris violacé équilibre cette dominante froide tandis que les galons dorés répondent au nimbe. Les petites étoiles dorées animent le fond sans jamais distraire le regard. Elles créent un véritable espace céleste. Cette opposition entre l'or et le bleu est l'une des réussites les plus raffinées de cette mosaïque.

La technique

Cette mosaïque constitue une excellente leçon de métier. Le fond bleu est construit par de longues lignes concentriques de tesselles.

Le visage change complètement de logique : les tesselles suivent les volumes des joues, des paupières et du menton, créant une lumière intérieure extrêmement douce.

Il y a un effet de modelé, presque d'ombre, sur le côté gauche du visage Les plis du manteau sont obtenus par des lignes presque calligraphiques, mais  les couleurs s'assombrissent en périphérie.

Le trait de contour rouge est choisi pour la carnation du visage et de la main, donnat de l'éclat, de la vie à ces parties. La main est magnifiquement rendue.

On sent une équipe parfaitement maîtresse de son matériau.

Très maîtrisée est également la façon dont l'Emmanuel sort du médaillon et se détache ainsi du fond bleu.

On notera que les étoiles ont des "bras" formés par des pièces d'or en forme triangulaire, seule exception à l'utilisation des tesselles en cube.

MSM-006a. Fragment de mosaïque : Christ Emmanuel, Musée de la basilique Saint-Marc. Cliché lavieb-aile 2026.

MSM-006a. Fragment de mosaïque : Christ Emmanuel, Musée de la basilique Saint-Marc. Cliché lavieb-aile 2026.

MSM-006b. Fragment de mosaïque : Christ Emmanuel, Musée de la basilique Saint-Marc. Cliché lavieb-aile 2026.

MSM-006b. Fragment de mosaïque : Christ Emmanuel, Musée de la basilique Saint-Marc. Cliché lavieb-aile 2026.

MSM-006c. Fragment de mosaïque : Christ Emmanuel, Musée de la basilique Saint-Marc. Cliché lavieb-aile 2026.

MSM-006c. Fragment de mosaïque : Christ Emmanuel, Musée de la basilique Saint-Marc. Cliché lavieb-aile 2026.

Le nimbe

Ce nimbe est crucifère, car le Christ a triomphé de sa mort sur la croix. Il utilise des couronnes circulaires parfaitement régulières, et son contour est fait de deux rangs de cubes noirs et blancs soigneusement en opposition, exactement comme le nimbe de la Vierge MSM-04 mais en mieux conservé. Le plus interessant est l'utilisation de tesselles vertes destinées à augmenter l'éclat des smalts d'or.

Le regard

C'est probablement le plus beau détail de l'œuvre. Les yeux sont immenses. La pupille est minuscule.

Il ne s'agit pas d'un regard psychologique. C'est un regard liturgique. Il accueille le fidèle. Il le fixe sans le juger. Cette frontalité est héritée de l'iconographie byzantine, mais elle atteint ici une remarquable douceur.

Le rouleau

Contrairement au livre ouvert que l'on rencontre souvent dans les représentations plus tardives du Pantocrator, le Christ tient ici un volumen fermé.

Ce détail est important. Le rouleau évoque encore la continuité avec les prophètes. Isaïe (MSM-005) tient lui aussi un rouleau. La succession des deux œuvres établissait probablement un dialogue : le prophète annonce ;le Christ accomplit. On doit y voir la métonymie des Écritures, celles qui donnent accès au divin insondable. Toujours selon le Pseudo-Denys "Il faut puiser dans les Ecritures la science de Dieu; car les choses sensibles nous font mal connaître les choses spirituelles, et plus mal encore la divinité. II. On ne doit donc parler de Dieu que d'après les Écritures, où il s'est révélé autant que le comportait notre nature"

Une œuvre de transition

C'est peut-être ce qui rend cette mosaïque si intéressante.

Elle conserve la frontalité byzantine, la hiérarchie monumentale et la géométrie des visages des mosaïques du XIIe siècles.

Mais apparaissent déjà davantage de souplesse dans les draperies, un modelé plus sensible et une expression plus humaine.

Nous sommes exactement dans cette période où l'art vénitien forge sa personnalité, en restant fidèle à Byzance tout en assimilant des influences plus occidentales.

Ce que révèle ce fragment

Bien qu'il soit aujourd'hui isolé dans le Museo di San Marco, ce médaillon témoigne de l'existence d'un vaste décor monumental de la Porta da Mar. Il montre également le haut niveau atteint par les ateliers vénitiens à la charnière des XIIIᵉ et XIVᵉ siècles, capables d'associer la rigueur byzantine à une douceur de modelé qui annonce déjà la sensibilité gothique.

Biographie de l'œuvre

Fin XIIIᵉ – début XIVᵉ siècle
Réalisation pour le décor de la Porta da Mar et de l'espace qui deviendra la chapelle Zeno, à l'angle sud-ouest de la basilique.

Premières années du XVIᵉ siècle
La Porta da Mar est condamnée lors de l'aménagement définitif de la chapelle ; la mosaïque demeure intégrée à la maçonnerie.

1865–1875
Dépose lors de la reconstruction de la façade méridionale.

XIXᵉ siècle
Montage sur cassina afin d'assurer sa conservation.

Aujourd'hui
Présentée au Museo di San Marco parmi les plus anciens fragments monumentaux conservés de la basilique.

SOURCES ET LIENS

Seules ont été consultées les publications disponibles en ligne.

On peut simplifier en écrivant :Demus → iconographie, Lazzarini → matériaux, Dal Bianco → verre, et Vio → restauration.

— BERGMEIER (Armin)  The Production of ex novo Spolia and the Creation of History in Thirteenth-Century Venice

https://www.academia.edu/47146937/The_Production_of_ex_novo_Spolia_and_the_Creation_of_History_in_Thirteenth_Century_Venice

—BOITO (Camilio) 1889 La Basilique de St Marc à Venise étudiée au double point de vue de l'art et de l'histoire (Venise) : (impr. Emilienne) Fred. Ongania 1889 , 227 p. : fig. ; in-4°

https://books.google.fr/books/about/La_Basilique_de_St_Marc_%C3%A0_Venise_%C3%A9tudi.html?id=2fXSDNquWM4C&redir_esc=y

https://books.google.fr/books/about/La_basilique_La_Basilica_de_St_Marc_a_Ve.html?id=YXla0QEACAAJ&redir_esc=y

— BETTINI (Sergio) 1944, Mosaici Antichi di San Marco a Venezia

— BETTINI (Sergio), 1974, Saggio introduttivo, in Venezia e Bisanzio, catalogo della mostra (Venezia, palazzo Ducale, 1974) a cura di Italo Furlan, Giovanni Mariacher, Sotiro Messinis, Lino Moretti, Michelangelo Muraro, Antonella Nicoletti, Antonio Niero, Rodolfo Pallucchini e Fulvio Zuliani, Venezia, Electa, 1974, pp. 15-87, cit. dalle pp. 86-87.

—DAL BIANCO (Barbara), 2012, Elena Paz Rebollo San Miguel, "Basilica of San Marco (Venice, Italy/Byzantine period): Nondestructive investigation on the glass Mosaic Tesserae. ", J. Non-Cryst. Solids 358 (2012) 368–378. Pdf en ligne

Étude scientifique fondée sur des analyses non destructives des tesselles de verre. Très utile pour distinguer les tesselles de verre des tesselles en pierre naturelle et pour caractériser leur composition.

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0022309311006272

—DRAGHISI-VASILESCU (Elena Ene ),2020, The church of San Marco in the eleventh century communication for The Twenty Third International Congress of Byzantine Studies, Belgrade.

https://www.revistamirabilia.com/sites/default/files/pdfs/29._vasilescu_0.pdf

 

—DALE (Thomas) 2019, Epiphany at San Marco: The Sculptural Program of the Porta da Mar in the Dugento San Marco: La Basilica di Venezia. Arte. Storia. Conservazione

— DEMUS (Otto), 1988, The Mosaics of San Marco in Venice (4 volumes), The Mosaic Decoration of San Marco Venice (Chicago: University of Chicago Press, Ed. Herbert

C'est l'ouvrage de référence sur les mosaïques de Saint-Marc. Il traite de la chronologie, de l'iconographie, des techniques d'exécution et des matériaux employés.

https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1993_num_36_141_2558_t1_0084_0000_1

— DEMUS (Otto), 1960, The Church of San Marco in Venice: History, Architecture, Sculpture (Washington: Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 1960) OCLC 848981462

  Il donne le contexte architectural et artistique de la basilique et aborde les revêtements de marbre et les mosaïques.

https://books.google.fr/books/about/The_Church_of_San_Marco_in_Venice.html?id=5GiG9-KgdbYC&redir_esc=y

https://www.persee.fr/doc/rebyz_0766-5598_1960_num_18_1_1234_t1_0277_0000_1

https://www.academia.edu/8825559/Demus_O_1984_The_Mosaics_of_San_Marco_Venice_University_of_Chicago_Press_Chicago

— DEMUS (Otto), 1988, The Mosaic Decoration of San Marco, Venice.

Synthèse des recherches de Demus sur le décor de Saint-Marc.

https://archive.org/details/mosaicdecoration0000demu

https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1993_num_36_141_2558_t1_0084_0000_1

— LAZZARINI (Lorenzo), 1997 'Le pietre e i marmi colorati della basilica di San Marco a Venezia', in Renato Polacco, ed., Storia dell'arte marciana: l'architettura, Atti del Convegno internazionale di studi, Venezia 11–14 ottobre 1994 (Venezia: Marsilio, 1997), pp. 309–328 En ligne

https://www.academia.edu/6979376/I_marmi_e_le_pietre_del_pavimento_marciano_Lorenzo_Lazzarini

— LAZZARINI (Lorenzo), 2025,  Myriam Pilutti Namer, Luigi Sperti, Ancient Marbles and Stones in Venice. Architecture, Sculpture, Reuse from Antiquity to the Baroque (2025). pdf en ligne

C'est aujourd'hui la meilleure synthèse sur les pierres antiques de Venise, avec une large section consacrée à San Marco.

https://www.istitutoveneto.it/wp-content/uploads/2026/02/ancient-marbles-and-stones-in-venice-architecture-sculpture-reuse-from-antiquity-to-the-baroque-revised-edition.pdf

—SACCARDO (Pietro), 1896, Les mosaïques de Saint-Marc à Venise, Venise, Fred. Ongania

https://archive.org/details/lesmosaiquesdesa00sacc

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a0/Les_mosa%C3%AFques_de_Saint-Marc_%C3%A0_Venise_%28IA_lesmosaiquesdesa00sacc%29.pdf

https://bibliotheque-numerique.inha.fr/viewer/20843/?offset=#page=255&viewer=picture&o=bookmark&n=0&q=

— VIO (Ettore), 2001, Lo splendore di san Marco (Rimini: Idea, 2001).

Pendant 35 ans, Ettore Vio fut proto de la basilique Saint-Marc , responsable de sa conservation.

—VIO (Ettore), 2001 La basilique Saint-Marc de Venise. Texte imprimé / sous la dir. de Vio Ettore,  Edité par Citadelles & Mazenod. Paris - 2001

—VIO (Ettore), 1999, Scienza e tecnica del restauro della Basilica di San Marco : atti del convegno internazionale di studi, Venezia, 16-19 maggio 1995 — 2 v. (1058 p.) : ill. (some col.), plans ; 24 cm.

—WIKIPEDIA, Photos du dome de l'Emmanuel

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Dome_of_Immanuel_in_St._Mark%27s_Basilica_(Venice)

— ZORZI (Alvise),, ‎Antonio Meneguolo 2019 San Marco a Venezia. La piazza e i mosaici della basilica-San Marco in Venice. The Square and the mosaics. Ediz. bilingue

https://www.scriptamaneant.com/sm/negozio/san-marco-a-venezia-la-piazza-e-i-mosaici-della-basilica/

—ZULIANI (Fulvio), 1969 I marmi di San Marco. Uno studio ed un catalogo della scultura ornamentale marciana fino all'XI secolo .

Toujours indispensable pour le corpus des sculptures et des remplois.

https://www.academia.edu/65045121/I_marmi_di_San_Marco_Uno_studio_ed_un_catalogo_della_scultura_ornamentale_marciana_fino_al_XI_secolo

—Site officiel de la basilique :

https://www.basilicasanmarco.it/basilica/mosaici-2/il-patrimonio-musivo/le-cappelle/il-battistero/

— Site Getty images "mosaics san marco"

https://www.gettyimages.fr/photos/san-marco-mosaic

— XX, 1933, Les mosaïques du baptistère et l'art byzantin

https://bollettinodarte.cultura.gov.it/wp-content/uploads/Importer/1437550663475_05_-_Tozzi_418.pdf

— WIKIMEDIA COMMONS

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:St._Mark%27s_Basilica_(Venice)?uselang=it

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5 juillet 2026 7 05 /07 /juillet /2026 10:44

 

 

Voir :

 

PRÉSENTATION

Chaque notice est organisée autour de plusieurs regards complémentaires :

  • l'œuvre (identification, histoire, localisation) ;

  • la matière (pierres, verres, ors, mortiers) ;

  • la technique (andamenti, découpe des tesselles, mise en œuvre) ;

  • le style (comparaisons, atelier, datation) ;

  • la biographie (création, transformations, dépose, restauration, entrée au musée) ;

  • ce que l'œuvre nous apprend.

Plan : 

  • Cycle A –Chancel,  Déploration MSM-001

  • Cycle B –Tribune nord du chœur, à côté du presbytère. Vie de saint Marc MsM-002

  • Cycle C – Baptistère, Vie de saint Jean-Baptiste MSM-004

  • Cycle D – Porta da Mare : Vierge à l'Enfant MSM-004, Isaïe MSM-005, Christ Emmanuel MSM-006

  • Cycle E – voûte de l'anté-baptistère, portion sud.

 

MSM-005, Cycle de la Porta da Mar: Visage d'Isaïe. 

Datation (cartel du musée) : fin XIIIᵉ – début XIVᵉ siècle.

Ce fragment  appartient à un groupe de caisses ou "cassines" du XIIIe et XIVe siècle provenant de la chapelle Zen (ou Zeno) et du baptistère de la basilique. Elles ont été déposées lorque la maçonnerie de la façade sud fut reprise, entre 1865 et 1875.

Il provient, comme MSM-004 (Vierge et l'Enfant) et MSM -006 (Christ Emmanuel) du décor de la "porta da mar",  avant la création de la chapelle Zeno, décrit dans la notice précédente. Et plus précisément, comme nous l'apprend le cartel du musée, "du panneau au dessus de la porte" (dalla fascia sopra la porta).

Ce regroupement est significatif. Le lien iconographique entre la Vierge à l'Enfant, l'Emmanuel, et Isaïe est basé depuis les Pères de l'Église sur le verset du Livre d'Isaïe où le prophète annonce : Ecce Virgo concipiet in utero et pariet filium et vocabitur Emmanuel  “Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils, et on lui donnera le nom d’Emmanuel.” (IsaÏe, 7,  14). Ce verset est chanté en grégorien, récité dans les liturgies de la Vierge, inscrit sur les peintures de l'Annonciation (Sienne) et sur les représentations de l'Arbre de Jessé ou généalogie de Marie. Il accompagne Isaïe dans les Crédos apostoliques et prophétiques, et dans les groupes de prophètes, comme à San Marco  dans la petite nef à droite auprès du Baptistère, où sur la grande muraille de marbre, on trouve en cinq rectangles : La Vierge dans le milieu et aux côtés les prophètes David, Salomon, Isaïe et Ezéchiel.  Chacun des prophètes porte un cartouche avec lesinscriptions suivantes : David : De fructu ventris tut ponam super sedem tuam. Salomon: Quae est ista quae ascendit sicut aurora consurgens.  Isaïe : Ecce Virgo concipiet et pariet filiam et vocabitur Emanuel Ezéchiel: Porta haec, quam vides, clausa erit et non aperietur.

Sur le dôme central de l'Emmanuel, le Christ au centre est accompagné d'une couronne périphérique où se succèdent la Vierge , les rois David et Salomon à sa droite, et   Isaïe à sa guche, suivi des prophètes Jérémie, Daniel, Abdias, Abacuc, Josée, Sofonie, Aggée, "Zarapas" et Malachie, chacun tenant un phylactère. Isaïe, désigné par l'inscription SA ISAHHÃ porte le rouleau où on lit, précisément, ECCE VIRGO CONCEPIET ET PARIET FILI~U VOCATUR EMANUEL

On peut presque être sûr que ce verset était inscrit autour de ce fragment, dans un phylactère ou sous une autre forme.

Ce lien entre Isaïe, l'Emmanuel et Marie est si fort que l'identification de personnage s'impose bien qu'aucune inscription conservée  ne permette de l'affirmer objectivement

 

.

 

MSM-005, Cycle D: fragment de mosaïque, Visage d'Isaïe. Musée de Saint-Marc. Cliché lavieb-aile 2026.

Note importante : l'identification "Isaïe" est peut-être erronée, les bases de données disponibles en ligne à un amateur sur ces fragments sont inexistantes : j'ai pu confondre avec le cliché suivant :

Fragment de mosaïque : un prophète. Isaïe ?? Cliché lavieb-aile.

Mais l'exercice consistant à décrire ce fragment MS-006 reste valide, en restant prudent sur son identité.

 

Première impression

Nous tenons là l'un des plus beaux fragments du Museo di San Marco.

Dès le premier regard, une évidence apparaît. Nous ne sommes plus devant une simple tête conservée.

Nous sommes devant un portrait monumental. Toute l'image est organisée autour du visage. La barbe, la chevelure, le nimbe : tout converge vers les yeux. Le fond d'or n'est plus un décor. Il devient une lumière.

Le visage est figuré de trois-quart : le prophète regarde vers sa droite, vraisemblablement la Vierge et l'Enfant

Le regard

Je commencerais par lui.

Contrairement à la Vierge (MSM-004), dont le regard accueille le fidèle avec une relative douceur, Isaïe possède un regard d'une intensité presque inquiétante. Les yeux sont immenses. Les pupilles sont très largement ouvertes. L'espace sous les épais sourcils est assombri, du côté gauche, par quatre rangs de tesseles verdâtres, en éventail, et le bord palpébral supérieur est tracé par une ligne rouge.  Les paupières supérieures roses  sont soulignées d'un trait noir. Le prophète ne contemple pas. Il annonce. Il voit. Ou plutôt il assiste à la réalisation de sa prophétie.

Cette différence psychologique avec le visage bien moins chargé de Marie est remarquable. Le mosaïste adapte son langage à chaque personnage.

Le front

Il est extraordinairement développé. Nous sommes devant un homme âgé. 

Le vaste front est celui de la sagesse.  Il est marqué par une ligne en U beige qui souligne l'hypertrophie de la glabelle, renforçant la force d'expression du personnageet la puissance de sa concentration. On la retrouve sur tous les apôtres, prophètes et mages de ce Musée, comme une marque.

Le sourcil forme une longue courbe unique qui conduit naturellement vers l'arête du nez. Cette continuité est très byzantine. Le dessin ne fragmente jamais le visage. Il le construit.

MSM-005, Cycle D: fragment de mosaïque, Visage d'Isaïe. Musée de Saint-Marc. Cliché lavieb-aile 2026.
Le nez

À lui seul, il mérite une étude. Le modelé est obtenu sans véritable contour. Une alternance de tesselles ivoire, grises, rosées et même rouges suffit. On retrouve ici cette étonnante économie de moyens que l'on admire tant dans les mosaïques constantinopolitaines.

La barbe

À mon avis, c'est, avec la chevelure, le chef-d'œuvre de ce fragment.

Regardez comme les andamenti deviennent ici de véritables lignes en vagues, autour d'un cercle soulignant le menton. On pourrait suivre pendant plusieurs minutes la trajectoire des tesselles.

Le mosaïste pense comme un sculpteur. Il modèle le volume par la direction des cubes.

La chevelure

Même principe : les longues mèches latérales suivent des courbes très lentes, mais sans aucun effet de hasard. Chaque rang accompagne la naissance d'une boucle. On comprend ici pourquoi les Byzantins parlaient parfois de la mosaïque comme d'une écriture : les tesselles écrivent littéralement les cheveux. Lâge du prophète est suggéré par la proportion de cheveux blancs.

Les carnations

Les roses sont plus chauds que dans MSM-004, et le modelé paraît un peu plus pictural. Le visage présente davantage de nuances : ivoire ; beige ; rose ; ocre ; gris chaud ; et quelques verts très discrets.

Le nimbe

Les rangées d'or se dilatent autour des cheveux. Mais les défects sont nombreux, et les tesselles ont dûes être réorganisées par les restaurateurs.

Les pertes

Elles sont nombreuses, et pourtant elles deviennent presque secondaires. Pourquoi ? Parce que le visage est presque entièrement conservé. Et c'est précisément lui qui concentrait toute la force expressive.

Une observation technique

Le contour noir n'est jamais uniforme. Par endroits il est doublé. Ailleurs il disparaît complètement. Le dessin est donc obtenu autant par la couleur, que par l'orientation des tesselles, selon une technique très raffinée.

Comparaison avec MSM-004

Les ressemblances sautent aux yeux : même atelier, même palette, même fond d'or. Même traitement des carnations, même contour sombre même science des andamenti.

Mais deux  personnages aux tempéraments très différents. La Vierge incarne l'immobilité. Isaïe est traversé d'une tension intérieure. L'un accueille. L'autre annonce. Sa présence atteste, pour les chrétiens qui ont créé ce décor, de la pensée que le Christ était "préfiguré" tout au long de l'Ancien Testament et qu'il a accompli leurs prophéties et les évènements de l'Histoire Sainte : c'est la pensée "typologique" biblique.

L'atelier à l'œuvre

Le mosaïste ne commence pas par dessiner un visage puis le remplir de cubes. Il pense directement en tesselles. Les boucles de la barbe, les rides du front, les mèches de cheveux, les arcs du nimbe ne sont pas des détails ajoutés après coup : ils naissent de la direction même de la pose. C'est là, à mon sens, le véritable « coup de pinceau » du mosaïste. 

 

 Article réalisé à partir des cartels du Musée de la basilique Saint-Marc et avec l'IA Chatgpt

 

SOURCES ET LIENS

Seules ont été consultées les publications disponibles en ligne.

On peut simplifier en écrivant :Demus → iconographie, Lazzarini → matériaux, Dal Bianco → verre, et Vio → restauration.

— BERGMEIER (Armin)  The Production of ex novo Spolia and the Creation of History in Thirteenth-Century Venice

https://www.academia.edu/47146937/The_Production_of_ex_novo_Spolia_and_the_Creation_of_History_in_Thirteenth_Century_Venice

—BOITO (Camilio) 1889 La Basilique de St Marc à Venise étudiée au double point de vue de l'art et de l'histoire (Venise) : (impr. Emilienne) Fred. Ongania 1889 , 227 p. : fig. ; in-4°

https://books.google.fr/books/about/La_Basilique_de_St_Marc_%C3%A0_Venise_%C3%A9tudi.html?id=2fXSDNquWM4C&redir_esc=y

https://books.google.fr/books/about/La_basilique_La_Basilica_de_St_Marc_a_Ve.html?id=YXla0QEACAAJ&redir_esc=y

 

— BETTINI (Sergio) 1944, Mosaici Antichi di San Marco a Venezia

— BETTINI (Sergio), 1974, Saggio introduttivo, in Venezia e Bisanzio, catalogo della mostra (Venezia, palazzo Ducale, 1974) a cura di Italo Furlan, Giovanni Mariacher, Sotiro Messinis, Lino Moretti, Michelangelo Muraro, Antonella Nicoletti, Antonio Niero, Rodolfo Pallucchini e Fulvio Zuliani, Venezia, Electa, 1974, pp. 15-87, cit. dalle pp. 86-87.

—DAL BIANCO (Barbara), 2012, Elena Paz Rebollo San Miguel, "Basilica of San Marco (Venice, Italy/Byzantine period): Nondestructive investigation on the glass Mosaic Tesserae. ", J. Non-Cryst. Solids 358 (2012) 368–378. Pdf en ligne

Étude scientifique fondée sur des analyses non destructives des tesselles de verre. Très utile pour distinguer les tesselles de verre des tesselles en pierre naturelle et pour caractériser leur composition.

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0022309311006272

—DRAGHISI-VASILESCU (Elena Ene ),2020, The church of San Marco in the eleventh century communication for The Twenty Third International Congress of Byzantine Studies, Belgrade.

https://www.revistamirabilia.com/sites/default/files/pdfs/29._vasilescu_0.pdf

 

—DALE (Thomas) 2019, Epiphany at San Marco: The Sculptural Program of the Porta da Mar in the Dugento San Marco: La Basilica di Venezia. Arte. Storia. Conservazione

— DEMUS (Otto), 1988, The Mosaics of San Marco in Venice (4 volumes), The Mosaic Decoration of San Marco Venice (Chicago: University of Chicago Press, Ed. Herbert

C'est l'ouvrage de référence sur les mosaïques de Saint-Marc. Il traite de la chronologie, de l'iconographie, des techniques d'exécution et des matériaux employés.

https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1993_num_36_141_2558_t1_0084_0000_1

— DEMUS (Otto), 1960, The Church of San Marco in Venice: History, Architecture, Sculpture (Washington: Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 1960) OCLC 848981462

  Il donne le contexte architectural et artistique de la basilique et aborde les revêtements de marbre et les mosaïques.

https://books.google.fr/books/about/The_Church_of_San_Marco_in_Venice.html?id=5GiG9-KgdbYC&redir_esc=y

https://www.persee.fr/doc/rebyz_0766-5598_1960_num_18_1_1234_t1_0277_0000_1

— DEMUS (Otto), 1988, The Mosaic Decoration of San Marco, Venice.

Synthèse des recherches de Demus sur le décor de Saint-Marc.

https://archive.org/details/mosaicdecoration0000demu

https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1993_num_36_141_2558_t1_0084_0000_1

— LAZZARINI (Lorenzo), 1997 'Le pietre e i marmi colorati della basilica di San Marco a Venezia', in Renato Polacco, ed., Storia dell'arte marciana: l'architettura, Atti del Convegno internazionale di studi, Venezia 11–14 ottobre 1994 (Venezia: Marsilio, 1997), pp. 309–328 En ligne

https://www.academia.edu/6979376/I_marmi_e_le_pietre_del_pavimento_marciano_Lorenzo_Lazzarini

— LAZZARINI (Lorenzo), 2025,  Myriam Pilutti Namer, Luigi Sperti, Ancient Marbles and Stones in Venice. Architecture, Sculpture, Reuse from Antiquity to the Baroque (2025). pdf en ligne

C'est aujourd'hui la meilleure synthèse sur les pierres antiques de Venise, avec une large section consacrée à San Marco.

https://www.istitutoveneto.it/wp-content/uploads/2026/02/ancient-marbles-and-stones-in-venice-architecture-sculpture-reuse-from-antiquity-to-the-baroque-revised-edition.pdf

—SACCARDO (Pietro), 1896, Les mosaïques de Saint-Marc à Venise, Venise, Fred. Ongania

https://archive.org/details/lesmosaiquesdesa00sacc

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a0/Les_mosa%C3%AFques_de_Saint-Marc_%C3%A0_Venise_%28IA_lesmosaiquesdesa00sacc%29.pdf

https://bibliotheque-numerique.inha.fr/viewer/20843/?offset=#page=255&viewer=picture&o=bookmark&n=0&q=

— VIO (Ettore), 2001, Lo splendore di san Marco (Rimini: Idea, 2001).

Pendant 35 ans, Ettore Vio fut proto de la basilique Saint-Marc , responsable de sa conservation.

—VIO (Ettore), 2001 La basilique Saint-Marc de Venise. Texte imprimé / sous la dir. de Vio Ettore,  Edité par Citadelles & Mazenod. Paris - 2001

—VIO (Ettore), 1999, Scienza e tecnica del restauro della Basilica di San Marco : atti del convegno internazionale di studi, Venezia, 16-19 maggio 1995 — 2 v. (1058 p.) : ill. (some col.), plans ; 24 cm.

—WIKIPEDIA, Photos du dome de l'Emmanuel

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Dome_of_Immanuel_in_St._Mark%27s_Basilica_(Venice)

— ZORZI (Alvise),, ‎Antonio Meneguolo 2019 San Marco a Venezia. La piazza e i mosaici della basilica-San Marco in Venice. The Square and the mosaics. Ediz. bilingue

https://www.scriptamaneant.com/sm/negozio/san-marco-a-venezia-la-piazza-e-i-mosaici-della-basilica/

 

—ZULIANI (Fulvio), 1969 I marmi di San Marco. Uno studio ed un catalogo della scultura ornamentale marciana fino all'XI secolo .

Toujours indispensable pour le corpus des sculptures et des remplois.

https://www.academia.edu/65045121/I_marmi_di_San_Marco_Uno_studio_ed_un_catalogo_della_scultura_ornamentale_marciana_fino_al_XI_secolo

—Site officiel de la basilique :

https://www.basilicasanmarco.it/basilica/mosaici-2/il-patrimonio-musivo/le-cappelle/il-battistero/

— Site Getty images "mosaics san marco"

https://www.gettyimages.fr/photos/san-marco-mosaic

— XX, 1933, Les mosaïques du baptistère et l'art byzantin

https://bollettinodarte.cultura.gov.it/wp-content/uploads/Importer/1437550663475_05_-_Tozzi_418.pdf

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Published by jean-yves cordier - dans San-Marco, Venise XIVe siècle.
2 juillet 2026 4 02 /07 /juillet /2026 18:10

 

Voir :

 

PRÉSENTATION.

Ce Catalogue etc. etc. aurait pu porter un titre plus simple : "Un guide du Musée de San Marco".

La présentation générale se trouve dans les deux articles précédents et se complète dans le troisième.

 

À la différence d'un catalogue classique, nous procéderons à la lecture directe de l'œuvre : nous regardons la mosaïque comme un géologue regarde une falaise,  comme un restaurateur regarde une peinture, ou comme un musicien écoute un morceau.

Chaque notice est organisée autour de plusieurs regards complémentaires :

  • l'œuvre (identification, histoire, localisation) ;

  • la matière (pierres, verres, ors, mortiers) ;

  • la technique (andamenti, découpe des tesselles, mise en œuvre) ;

  • le style (comparaisons, atelier, datation) ;

  • la biographie (création, transformations, dépose, restauration, entrée au musée) ;

  • ce que l'œuvre nous apprend.

Mais chaque notice se construira, comme dans un apprentissage progressif, sur ce qui a été découvert et appris dans les notices précédentes : il s'agira d'un chemin d'initiation à un art extraordinaire.

Plan : 

  • Cycle A –Chancel,  Déploration MSM-001
  • Cycle B –Tribune nord du chœur, à côté du presbytère. Vie de saint Marc MsM-002
  • Cycle C – Baptistère, Vie de saint Jean-Baptiste MSM-004
  • Cycle D – Porta da Mare : Vierge à l'Enfant MSM-004, Isaïe MSM-005, Christ Emmanuel MSM 006
  • Cycle E – Chapelle Zeno
MSM-004, Cycle D: Vierge à l'Enfant.

Ce fragment  appartient à un groupe de caisses ou "cassines" du XIIIe et XIVe siècle provenant de la chapelle Zen (ou Zeno) et du baptistère de la basilique. Elles ont été déposées lorque la maçonnerie de la façade sud fut reprise, entre 1865 et 1875.

Il provient, comme MSM-005 (Isaïe) et MSM -006 (Christ Emmanuel) du décor de la chapelle Zen ou Zeno, et de ce qui se nommait alors la "porta da mar".

La façade sud de la basilique abritait autrefois en effet  la « porta da mar », un grand portail menant directement de la jetée à l’atrium ouest. Depuis le XVIe siècle, cette ouverture est murée par une clôture de marbre pour la construction de la chapelle Zeno intérieure. Le cartel précise que la Vierge provient du demi-dôme au dessus de la porte.

Le fragment est daté (cartel du Musée) de la fin du XIIIe ou du tout début du XIVe siècle.

MSM-004a, fragment de mosaïque, Vierge à l'Enfant. Musée de la basilique Saint-Marc. Cliché lavieb-aile 2026.

 

SOURCES ET LIENS

Seules ont été consultées les publications disponibles en ligne.

On peut simplifier en écrivant :Demus → iconographie, Lazzarini → matériaux, Dal Bianco → verre, et Vio → restauration.

— BERGMEIER (Armin)  The Production of ex novo Spolia and the Creation of History in Thirteenth-Century Venice

https://www.academia.edu/47146937/The_Production_of_ex_novo_Spolia_and_the_Creation_of_History_in_Thirteenth_Century_Venice

—BOITO (Camilio) 1889 La Basilique de St Marc à Venise étudiée au double point de vue de l'art et de l'histoire (Venise) : (impr. Emilienne) Fred. Ongania 1889 , 227 p. : fig. ; in-4°

https://books.google.fr/books/about/La_Basilique_de_St_Marc_%C3%A0_Venise_%C3%A9tudi.html?id=2fXSDNquWM4C&redir_esc=y

https://books.google.fr/books/about/La_basilique_La_Basilica_de_St_Marc_a_Ve.html?id=YXla0QEACAAJ&redir_esc=y

 

— BETTINI (Sergio) 1944, Mosaici Antichi di San Marco a Venezia

— BETTINI (Sergio), 1974, Saggio introduttivo, in Venezia e Bisanzio, catalogo della mostra (Venezia, palazzo Ducale, 1974) a cura di Italo Furlan, Giovanni Mariacher, Sotiro Messinis, Lino Moretti, Michelangelo Muraro, Antonella Nicoletti, Antonio Niero, Rodolfo Pallucchini e Fulvio Zuliani, Venezia, Electa, 1974, pp. 15-87, cit. dalle pp. 86-87.

—DAL BIANCO (Barbara), 2012, Elena Paz Rebollo San Miguel, "Basilica of San Marco (Venice, Italy/Byzantine period): Nondestructive investigation on the glass Mosaic Tesserae. ", J. Non-Cryst. Solids 358 (2012) 368–378. Pdf en ligne

Étude scientifique fondée sur des analyses non destructives des tesselles de verre. Très utile pour distinguer les tesselles de verre des tesselles en pierre naturelle et pour caractériser leur composition.

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0022309311006272

—DALE (Thomas) 2019, Epiphany at San Marco: The Sculptural Program of the Porta da Mar in the DugentoSan Marco: La Basilica di Venezia. Arte. Storia. Conservazione

— DEMUS (Otto), 1988, The Mosaics of San Marco in Venice (4 volumes), The Mosaic Decoration of San Marco Venice (Chicago: University of Chicago Press, Ed. Herbert

C'est l'ouvrage de référence sur les mosaïques de Saint-Marc. Il traite de la chronologie, de l'iconographie, des techniques d'exécution et des matériaux employés.

https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1993_num_36_141_2558_t1_0084_0000_1

— DEMUS (Otto), 1960, The Church of San Marco in Venice: History, Architecture, Sculpture (Washington: Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 1960) OCLC 848981462

  Il donne le contexte architectural et artistique de la basilique et aborde les revêtements de marbre et les mosaïques.

https://books.google.fr/books/about/The_Church_of_San_Marco_in_Venice.html?id=5GiG9-KgdbYC&redir_esc=y

— DEMUS (Otto), 1988, The Mosaic Decoration of San Marco, Venice.

Synthèse des recherches de Demus sur le décor de Saint-Marc.

https://archive.org/details/mosaicdecoration0000demu

https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1993_num_36_141_2558_t1_0084_0000_1

— LAZZARINI (Lorenzo), 1997 'Le pietre e i marmi colorati della basilica di San Marco a Venezia', in Renato Polacco, ed., Storia dell'arte marciana: l'architettura, Atti del Convegno internazionale di studi, Venezia 11–14 ottobre 1994 (Venezia: Marsilio, 1997), pp. 309–328 En ligne

https://www.academia.edu/6979376/I_marmi_e_le_pietre_del_pavimento_marciano_Lorenzo_Lazzarini

— LAZZARINI (Lorenzo), 2025,  Myriam Pilutti Namer, Luigi Sperti, Ancient Marbles and Stones in Venice. Architecture, Sculpture, Reuse from Antiquity to the Baroque (2025). pdf en ligne

C'est aujourd'hui la meilleure synthèse sur les pierres antiques de Venise, avec une large section consacrée à San Marco.

https://www.istitutoveneto.it/wp-content/uploads/2026/02/ancient-marbles-and-stones-in-venice-architecture-sculpture-reuse-from-antiquity-to-the-baroque-revised-edition.pdf

—SACCARDO (Pietro), 1896, Les mosaïques de Saint-Marc à Venise, Venise, Fred. Ongania

https://archive.org/details/lesmosaiquesdesa00sacc

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a0/Les_mosa%C3%AFques_de_Saint-Marc_%C3%A0_Venise_%28IA_lesmosaiquesdesa00sacc%29.pdf

https://bibliotheque-numerique.inha.fr/viewer/20843/?offset=#page=255&viewer=picture&o=bookmark&n=0&q=

— VIO (Ettore), 2001, Lo splendore di san Marco (Rimini: Idea, 2001).

Pendant 35 ans, Ettore Vio fut proto de la basilique Saint-Marc , responsable de sa conservation.

—VIO (Ettore), 2001 La basilique Saint-Marc de Venise. Texte imprimé / sous la dir. de Vio Ettore,  Edité par Citadelles & Mazenod. Paris - 2001

—VIO (Ettore), 1999, Scienza e tecnica del restauro della Basilica di San Marco : atti del convegno internazionale di studi, Venezia, 16-19 maggio 1995 — 2 v. (1058 p.) : ill. (some col.), plans ; 24 cm.

—ZULIANI (Fulvio), 1969 I marmi di San Marco. Uno studio ed un catalogo della scultura ornamentale marciana fino all'XI secolo .

Toujours indispensable pour le corpus des sculptures et des remplois.

https://www.academia.edu/65045121/I_marmi_di_San_Marco_Uno_studio_ed_un_catalogo_della_scultura_ornamentale_marciana_fino_al_XI_secolo

—Site officiel de la basilique :

https://www.basilicasanmarco.it/basilica/mosaici-2/il-patrimonio-musivo/le-cappelle/il-battistero/

 

 

 

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Published by jean-yves cordier - dans Venise, basilique Saint-Marc XIVe siècle.
1 juillet 2026 3 01 /07 /juillet /2026 22:35

Voir :

 

PRÉSENTATION.

L'idée de dresser, à partir d'une seule visite du Musée de la basilique Saint-Marc, un catalogue de ses matériaux et mosaïques alors qu'on réside à la pointe ouest de la France et qu'on est dépourvu de toute compétence en art, et notamment en art des mosaïques, est à l'évidence folle et présomptueuse. Mais c'est précisément cette folie qui anime ce projet, et la volonté de proposer au touriste amateur —son frère— ce que l'auteur ne parvient pas à trouver ailleurs, tout en lui partageant son album photo. Une synthèse des données historiques, géologiques, techniques et d'iconographie concernant des œuvres qui l'ont, immédiatement, enthousiasmé.

La présentation générale se trouve dans les deux articles précédents.

MSM-003 : Saint Jean-Baptiste

Ce fragment, un panneau rectangulaire complet, appartient à un groupe de caisses ou "cassines" du XIIIe et XIVe siècle provenant de la chapelle Zen (ou Zeno) et du baptistère de la basilique. Elles ont été déposées lorque la maçonnerie de la façade sud fut reprise, entre 1865 et 1875.

Celui-ci provient du dessus de la porte de la chapelle Zen et a été déposé vraisemblablement lorsque la compagnie Venezia Murano a refait à neuf "la plupart des têtes" et lorsque l'inspecteur des travaux Antonio Pellanda  ait pris le soin de conserver les fragments déposés (C. Boito p. 858).

MSM-003.Jean-Baptiste, fragment de mosaïque, Musée de Saint-Marc à Venise, XIVe siècle. Cliché lavieb-aile 2026

Étude descriptive.

Les cheveux et la barbe

L'artiste propose une représentation particulièrement excentrique de la chevelure du saint. Les tesselles suivent chacune une courbe. Il n'existe pratiquement aucune ligne droite.

Cette exubérance capillaire n'est pas gratuite, elle souligne que cet ascète, la "voix qui crie dans le désert" pour annoncer prophétiquement la venue d'un Messie, ce nouvel Elie, est un juif observant qui en rajoute sur l'exigence du Lévitique 19:27 "Vous ne couperez pas en rond les coins de votre chevelure; et tu ne raseras point les coins de ta barbe". Les cheveux et la barbe du Baptiste n'ont pas vu les ciseaux et le rasoir. Jean ne fréquente pas plus les coiffeurs que les tailleurs et les fourreurs, et il se vêt d'une peau de chameau ; il se nourrit de sauterelles.

MSM-003a. Jean-Baptiste, fragment de mosaïque (détail), Musée de Saint-Marc à Venise, XIVe siècle. Cliché lavieb-aile 2026
Les carnations

Elles sont extraordinaires. On retrouve déjà ce que nous avions observé sur MSM-002 : blanc ivoire ; rose très pâle ; beige ; et gris rosé.

Mais ici le modelé est beaucoup plus sophistiqué. Les muscles du bras sont obtenus uniquement par la variation des teintes. Il n'y aucun trait noir, seulement des passages de lumière.

La tunique de poils de chameau
MSM-003b. Fragment de Jean-Baptiste (détail). Cliché lavieb-aile 2026.

C'est probablement la partie la plus spectaculaire de la mosaïque. Les mèches de poils, qui soulignent la musculature du saint, sont tracées par des lignes successives bleues foncées, bleue claires et blanches, elles font  sentir la rusticité du vêtement de Jean, dont l'évangile de Marc 1:6 indique "Jean avait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins. Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage" (trad L. Segond).

Les pieds
MSM-003c. Fragment de Jean-Baptiste (détail). Cliché lavieb-aile 2026.

Observons les sandales, les doubles lacets noirs au dessus de la cheville, les petits points des courroies (des ferrures?), le dessin presque calligraphique des orteils.. Quelques tesselles noires tracent leur contour, avec la sangle qui passe entre le premier et le deuxième orteil. La ligne rouge suit le contour du pied. Le dessin est d'une économie admirable. 

 

Le rocher

Le rocher n'est pas gris, il est violet, puis gris, puis beige, puis brun. Cette richesse chromatique donne au désert une véritable profondeur. Après un contour brun-violet sombre puis brun clair, un dégradé de bruns de plus en plus clairs une zone claire mène, dans un creux , à une touffe végétale extrêmement raffinée aux feuilles cernées de noir, ombrée de trois verts, éclairée par une ligne jaune. 

 Plus qu'un rocher isolé, il pourrait s'agir, comme nous le verrons, de la rive du Jourdain, une cuvette que le Baptiste enjambe avec vigueur.

Le vêtement suspendu.

Jean regarde nettement vers sa gauche. Son bras se tend vers un vêtement, un manteau grossièrement plié. Nous allons comprendre que c'est un ange qui le tend au Baptiste

L'inscription du phylactère.
MSM-003d. Jean-Baptiste, fragment de mosaïque (détail), Musée de Saint-Marc à Venise, XIVe siècle. Cliché lavieb-aile 2026

Le rouleau est un autre attribut de Jean.  En Occident, il cite généralement Jean 1,29, « ecce agnus dei » (« voici l'Agneau de Dieu »), traduit en grec par « ιδε ο αμνος του θεου » . Cependant, l'inscription actuelle ne semble correspondre au grec, et si elle est en latin, elle n'est pas aisée à déchiffrer.  Elle est disposée sur quatre lignes et seules les lettres des lignes 2 et 4 sont claires : NO, et E. Les lignes 3 et 4 doivent-elles se lirent "DTE" ?

Il s'agit peut-être d'une succession d'abréviations.

 

Niveau

Lecture

Certain

NO

E

Probable

A/NO

Hypothétique

DT/E

 

David J. Critchley me signale que l'inscription est écrite en grec etr se lit METANOEITE, c'est à dire "Soyez pénitent" Les lettres ETA sont conjointes, liées les unes aux autres, ainsi que les lettres EI.

 

La comparaison avec le Baptême du Christ par Jean-Baptiste de la coupole du Baptistère de Saint-Marc.

 La date de construction du baptistère est inconnue, mais il est probable qu'elle remonte au doge Giovanni Soranzo ( en fonction de 1312 à 1328 ), dont le tombeau se trouve à l'intérieur, ce qui laisse supposer qu'il fut à l'origine des travaux d'adaptation architecturale. C'est le doge Andrea Dandolo,  qui administra la République de 1342 à 1354  qui fit réaliser le décor de mosaïques  à ses propres frais,  et qui y est également inhumé. Les mosaïques murales représentent des scènes de la vie de saint Jean-Baptiste et, dans l'antè-baptistère, l'enfance du Christ.  Juste au-dessus des fonts baptismaux en bronze, conçus par Sansovino, la coupole représente la dispersion des Apôtres, chacun figuré baptisant une personne d'une nationalité différente, en référence au commandement du Christ de prêcher l'Évangile à tous les peuples. La seconde coupole, au-dessus de l'autel, représente le Christ en gloire entouré des neuf chœurs angéliques . 

Selon Pietro Saccardo "Les mosaïques sont de style grec, mais très probablement faites par des artistes vénitiens, qui s'étaient rendus maîtres des procédés de cette école. On y voit en effet, une certaine morbidesse de formes, une vivacité de coloris, une expression dans les mouvements et les visages des figures, qui accuse un progrès de l'art, que les grecs n'obtinrent ni alors, ni plus tard, et pas même aujourd'hui, où les moines du Mont-Athos peignent comme il y a six ou sept siècles. Là, au Baptistère,  la manière grecque est un peu plus apparente, et l'on y remarque même des figures identiques à celles que l'on rencontre dans plusieurs églises de Grèce. Même la distribution des sujets est conforme jusqu' à un certain point à la règle de l'iconographie grecque. La chapelle a presque la même forme que l'Atrium, dont elle est pour ainsi dire le prolongement. [...] Il est même probable qu' elle a été tracée par le Doge André Dandolo, celui qui fit décorer à ses frais le Baptistère et voulut y avoir son tombeau : le plus illustre par le talent, la science et l'amour des arts, de tous ceux qui eurent entre les mains les rênes de la République de Venise. Les compositions qui ont le caractère local commencentdans la coupole qui est au-dessus des fonts baptismaux et tournent en haut sur les murailles qui les entourent. La première renferme au centre une magnifique figure du Christ"

Autour des lunettes sont représentées en sept tableaux les scènes principales de l'histoire de saint Jean-Baptiste. Et parmi celles-ci, nous trouvons celle qui explique probablement notre panneau : " Au-dessus de la porte de la Chapelle Zeno : L'Ange conduit Jean-Baptiste au désert. L'Ange présente au saint un vêtement ( avec l'inscription :) Angélus secum duxit sanctum Johann em in desertum.— Hic Angélus repraesentat vestem beato Johanni. — Hic praedicat

Dans l’anté-baptistère, dont la voûte en berceau représente les prophètes de l’Ancien Testament, le récit de la vie de Jean-Baptiste se déroule  donc en parallèle de celui de l’enfance du Christ, pour se rejoindre dans la magnifique scène du Baptême de Jésus dans les eaux du Jourdain.

Or, il est très interessant de comparer le Jean-Baptiste de ce Baptême de Jésus daté de 1343-1450 avec celui de notre panneau MSM-003 : c'est presque le même ! Même s'il a enfilé le manteau que lui a donné l'ange, c'est le même visage hirsute, le même nimbe rouge, la même tunique en poil de chameau traitée de la même façon, les mêmes sandales au détail près, et même la même posture des jambes sur les riochers de la rive, avec la même touffe d'herbe ! Il est certain que le panneau de notre catalogue a été fait par le même artiste, et à la même époque que ce Baptême.

Baptistère de la basilique Saint-Marc de Venise, décorée par des mosaïstes vénitiens. Le Baptême du Christ dans les eaux du Jourdain 1343-1354, datation 1343 Credit line Alfredo Dagli Orti/Photo12

Sur la lunette est du Baptistère,  sur le mur au-dessus de l’autel, Jésus et saint Jean sont réunis dans la scène de la Crucifixion , représentés avec la Vierge, saint Marc, saint Jean l’Évangéliste, le doge Andrea Dandolo et son conseiller. Nous reconnaissons immédiatement la signature de l'artiste avec son Baptiste à poils de chameau bleus et à ses sandales. Il tient un phylactère où on arrive à distonguer ECCE AGNU9 DEI  --- :

Ce que voit le mosaïste

Nous tenons ici un exemple magnifique de ce que l'on peut appeler le dessin par les andamenti.

Les Italiens utilisent ce mot issu du verbe andare "aller"pour désigner le sens de pose des tesselles.

Ici, les andamenti ne suivent jamais une grille géométrique. Ils épousent  les cheveux, les bras  et les doigts, les plis du manteau  et les rochers. La direction des tesselles construit déjà le dessin avant même que la couleur n'intervienne.

Il serait intéressant de comparer ce fragment avec, par exemple :

 

  • le Jean-Baptiste de la cathédrale de Torcello ;

Torcello, basilique Santa Maria Assunta, apothéose du Christ et le Jugement dernier (XIe – XIIe siècle). Cliché lavieb-aile
  • les figures de prophètes de Hosios Loukas ;

  • les mosaïques de Monastère de Daphni.

Ces mosaïques des artistes vénitiens sont elles aussi des « paysages géologiques ». Chaque visage est composé de centaines de fragments minéraux et verriers, chacun avec sa couleur, sa texture, son orientation. On peut  regarder ces œuvres comme un géologue regarde une falaise : strate après strate, tesselle après tesselle. 

Discussion :

Cette sophistication chromatique peut appeller  à certains les ateliers paléologues davantage que les premiers mosaïstes vénéto-byzantins. En effet, le dessin général de la figure est extraordinairement fluide. Regardez les boucles des cheveux. Puis les plis du manteau. Puis les contours du phylactère. Puis les courbes du rocher. Tout est construit avec une ligne souple et continue. Cette élégance linéaire est, à mes yeux, beaucoup plus proche de la peinture byzantine paléologue que du style plus hiératique du XIIᵉ siècle. Ce n'est pas une preuve absolue. Mais c'est un faisceau d'indices. C'est là où la discussion entre internautes, les échanges collaboratifs seraient passionnants. Voir E. de Francesci et V. Pace.

Ce que cette œuvre m'a appris.

Certainement le mot "andamenti". C'est l'oculiste de Crozon, Lïya, qui est vénitienne et qui  devenue mon amie après être venue regarder mes photos par dessus mon épaule, qui me l'a appris. 

Andamenti, je pense à l'andante, ce tempo musical qui a de l'allant. D'ailleurs, andamento, qu'on peut traduire par "tournure", désigne en musique "régulier et lent". Un tour de main fluide, un "unique coup de pinceau" réalisé paradoxalement avec des petits cailloux pour donner du mouvement à la mosaïque.

Lïya m'explique que la maîtrise de la couleur et des andamenti constitue les fondamentaux du mosaïste : "Apprends à regarder  les lignes de directions et le rythme des tesselles, et les mouvements et sensations qu'elles induisent : sont-ce des courbes? des ondes ? des calmes ? des chaos ? des reliefs? "

"Oublie le sujet et écoute la musique des lignes."

C'est, me dit l'opticienne, l'avantage (moins ici que sur d'autres pièces) du fragment de nous extraire de l'anectote de la scène religieuse pour apprendre à voir à travers de nouveaux verres.

Elle m'apprend aussi l'adjectif musival, "qui se rapporte à la mosaïque" : "art musival", qui rappelle que mosaïque vient du latin opus musivum, "qui se rapporte aux muses" parce que ce mode de décoration fut d'abord utilisé en Grèce dans les grottes dédiées aux muses. 

Un amateur, c'est quelqu'un qui aime apprendre auprès des autres.

Conclusion :

MSM-003. Fragment de mosaïque la scène de l'Ange remettant à Jean-Baptiste un vêtement. Troisième des sept scènes de la Vie de Jean-Baptiste.

Localisation primitive : chapelle du Baptistère au dessus de la porte de la chapelle Zeno.

Atelier : le même que celui qui a réalisé le Baptême du Christ, et sans doute les sept scènes de la Vie de Jean-Baptiste

Datation : 1343 

Localisation actuelle : Musée de la Basilique Saint-Marc, Venise

Article rédigné avec l'aide de Lïya, de ChatGPT.

SOURCES ET LIENS

Seules ont été consultées les publications disponibles en ligne.

— BERGMEIER (Armin)  The Production of ex novo Spolia and the Creation of History in Thirteenth-Century Venice

https://www.academia.edu/47146937/The_Production_of_ex_novo_Spolia_and_the_Creation_of_History_in_Thirteenth_Century_Venice

 

—BOITO (Camilio) 1889 La Basilique de St Marc à Venise étudiée au double point de vue de l'art et de l'histoire (Venise) : (impr. Emilienne) Fred. Ongania 1889 , 227 p. : fig. ; in-4°

https://books.google.fr/books/about/La_Basilique_de_St_Marc_%C3%A0_Venise_%C3%A9tudi.html?id=2fXSDNquWM4C&redir_esc=y

https://books.google.fr/books/about/La_basilique_La_Basilica_de_St_Marc_a_Ve.html?id=YXla0QEACAAJ&redir_esc=y

 

— BETTINI (Sergio) 1944, Mosaici Antichi di San Marco a Venezia

— BETTINI (Sergio), 1974, Saggio introduttivo, in Venezia e Bisanzio, catalogo della mostra (Venezia, palazzo Ducale, 1974) a cura di Italo Furlan, Giovanni Mariacher, Sotiro Messinis, Lino Moretti, Michelangelo Muraro, Antonella Nicoletti, Antonio Niero, Rodolfo Pallucchini e Fulvio Zuliani, Venezia, Electa, 1974, pp. 15-87, cit. dalle pp. 86-87.

—DAL BIANCO (Barbara), 2012, Elena Paz Rebollo San Miguel, "Basilica of San Marco (Venice, Italy/Byzantine period): Nondestructive investigation on the glass Mosaic Tesserae. ", J. Non-Cryst. Solids 358 (2012) 368–378. Pdf en ligne

Étude scientifique fondée sur des analyses non destructives des tesselles de verre. Très utile pour distinguer les tesselles de verre des tesselles en pierre naturelle et pour caractériser leur composition.

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0022309311006272

— DEMUS (Otto), 1988, The Mosaics of San Marco in Venice (4 volumes), The Mosaic Decoration of San Marco Venice (Chicago: University of Chicago Press, Ed. Herbert

C'est l'ouvrage de référence sur les mosaïques de Saint-Marc. Il traite de la chronologie, de l'iconographie, des techniques d'exécution et des matériaux employés.

https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1993_num_36_141_2558_t1_0084_0000_1

— DEMUS (Otto), 1960, The Church of San Marco in Venice: History, Architecture, Sculpture (Washington: Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 1960) OCLC 848981462

  Il donne le contexte architectural et artistique de la basilique et aborde les revêtements de marbre et les mosaïques.

https://books.google.fr/books/about/The_Church_of_San_Marco_in_Venice.html?id=5GiG9-KgdbYC&redir_esc=y

— DEMUS (Otto), 1988, The Mosaic Decoration of San Marco, Venice.

Synthèse des recherches de Demus sur le décor de Saint-Marc.

https://archive.org/details/mosaicdecoration0000demu

https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1993_num_36_141_2558_t1_0084_0000_1

— FRANCESCI (E. de), 2019, « Les mosaïques du baptistère, entre le renouveau byzantino-paléologue et la peinture vénitienne des premières décennies du XIVe siècle » , dans  San Marco. La basilique de Venise. Art, histoire, conservation , édité par E. Vio, Venise 2019, vol. I, p. 309-317.

https://www.academia.edu/39094950/I_mosaici_del_battistero_fra_il_rinnovamento_bizantino_paleologo_e_la_produzione_pittorica_veneta_dei_primi_decenni_del_Trecento

— LAZZARINI (Lorenzo), 1997 'Le pietre e i marmi colorati della basilica di San Marco a Venezia', in Renato Polacco, ed., Storia dell'arte marciana: l'architettura, Atti del Convegno internazionale di studi, Venezia 11–14 ottobre 1994 (Venezia: Marsilio, 1997), pp. 309–328 En ligne

https://www.academia.edu/6979376/I_marmi_e_le_pietre_del_pavimento_marciano_Lorenzo_Lazzarini

— LAZZARINI (Lorenzo), 2025,  Myriam Pilutti Namer, Luigi Sperti, Ancient Marbles and Stones in Venice. Architecture, Sculpture, Reuse from Antiquity to the Baroque (2025). pdf en ligne

C'est aujourd'hui la meilleure synthèse sur les pierres antiques de Venise, avec une large section consacrée à San Marco.

https://www.istitutoveneto.it/wp-content/uploads/2026/02/ancient-marbles-and-stones-in-venice-architecture-sculpture-reuse-from-antiquity-to-the-baroque-revised-edition.pdf

— PACE (Valentino), 2013,  Il ruolo di Bisanzio nella Venezia del XIV secolo. Nota introduttiva a uno studio sui mosaici del battistero marciano, Ateneo Veneto, Rivista di Scienze, Lettere ed Arti, anno CC, terza serie, 12/I (2013), pp. 243-251.

https://www.academia.edu/5467640/Il_ruolo_di_Bisanzio_nella_Venezia_del_XIV_secolo_Nota_introduttiva_a_uno_studio_sui_mosaici_del_battistero_marciano_2013_

—SACCARDO (Pietro), 1896, Les mosaïques de Saint-Marc à Venise, Venise, Fred. Ongania

 

https://archive.org/details/lesmosaiquesdesa00sacc

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a0/Les_mosa%C3%AFques_de_Saint-Marc_%C3%A0_Venise_%28IA_lesmosaiquesdesa00sacc%29.pdf

https://bibliotheque-numerique.inha.fr/viewer/20843/?offset=#page=255&viewer=picture&o=bookmark&n=0&q=

—TOZZI (Rozanna), I MOSAICI DEL BATTISTERO DI S. MARCO A VENEZIA E L'ARTE BIZANTINA ©Ministero dei beni e delle attività culturali e del turismo -Bollettino d'Arte

https://bollettinodarte.cultura.gov.it/wp-content/uploads/Importer/1437550663475_05_-_Tozzi_418.pdf

— VIO (Ettore), 2001, Lo splendore di san Marco (Rimini: Idea, 2001).

Pendant 35 ans, Ettore Vio fut proto de la basilique Saint-Marc , responsable de sa conservation.

—VIO (Ettore), 2001 La basilique Saint-Marc de Venise. Texte imprimé / sous la dir. de Vio Ettore,  Edité par Citadelles & Mazenod. Paris - 2001

—VIO (Ettore), 1999, Scienza e tecnica del restauro della Basilica di San Marco : atti del convegno internazionale di studi, Venezia, 16-19 maggio 1995 — 2 v. (1058 p.) : ill. (some col.), plans ; 24 cm.

—ZULIANI (Fulvio), 1969 I marmi di San Marco. Uno studio ed un catalogo della scultura ornamentale marciana fino all'XI secolo .

Toujours indispensable pour le corpus des sculptures et des remplois.

https://www.academia.edu/65045121/I_marmi_di_San_Marco_Uno_studio_ed_un_catalogo_della_scultura_ornamentale_marciana_fino_al_XI_secolo

—Site de la basilique :

https://www.basilicasanmarco.it/basilica/mosaici-2/il-patrimonio-musivo/le-cappelle/il-battistero/

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Published by jean-yves cordier - dans San Marco, Venise XIVe siècle.
1 juillet 2026 3 01 /07 /juillet /2026 11:18

Voir:

Catalogue raisonné des matériaux des mosaïques du Museo di San Marco (Venise) I. Marie et les Saintes Femmes

PRÉSENTATION

Le Musée de Saint-Marc de Venise ( Musée Marciano), inauguré en 1927 par le proto Luigi Marangoni, était situé dans la Basilique de Saint-Marc, près des espaces de l'étage situé au-dessus de l'atrium-narthex.

En 1986, à l'occasion du nouveau système avec agrandissement des espaces d'exposition, le Musée fut  conçu comme un instrument pour comprendre l'héritage spirituel, culturel et matériel constitutif de la Basilique. Les espaces du musée comprennent aujourd'hui la zone historique au-dessus de l'atrium-narthex de la basilique Saint-Marc et l'ancienne salle de banquet du Doge. La zone d'exposition s'articule autour des trois grands thèmes du patrimoine du Musée de San Marco : les mosaïques, les textiles (une très belle tenture de la Passion faite à Arras), et les chevaux du Quadrige. 

On y accède par un petit escalier, à droite du portail central. La tribune du côté nord offre une vue d'ensemble sur l'intérieur de la basilique et place le visiteur au pied de la grande mosaaïque de l'Arbre de Jessé. On se dirige ensuite vers l'ouest et après avoir admiré de très près les quatre chevaux de Saint-Marc sur la Loggia dei Cavalli,  on accède aux  galeries extérieures avec une vue sur la Place Saint-Marc, mais aussi sur la façade ouest.


L'itinéraire muséal est composé de cinq sections positives. La première est consacré aux mosaïques

Plus de vingt fragments de mosaïques— dégagés lors de la restauration des murs mais non réinstallés — ont été insérés dans une couche de mortier et placés dans des caissons à bordure en bois ou "cassine". Bon nombre de ces vestiges ont été sauvés durant la restauration des murs de la façade sud de la basilique (1865-1875). Le décor en mosaïque est une reconstitution quasi complète de plusieurs tableaux, dont la quasi-totalité provient de la chapelle Zen et du baptistère. Ils sont principalement datés du XIIe et du XIVe siècle. Ils sont regroupés selon la provenance et les thèmes iconographiques.

MSM-002 : Saint Marc guérissant un lépreux.
Fragment d'un ancien panneau de la Vie de saint Marc (Museo di San Marco, deux fragments conservés : buste de saint Marc ; Vêtement et pieds de saint Marc).
MSM-002. Fragment de saint Marc bénissant un lépreux, XIIe siècle. Cliché lavieb-aile 2026

Le fragment  photographié (le buste du saint) est particulièrement intéressant parce qu'il montre une étape de maturité de l'art des mosaïstes de Saint-Marc. Nous quittons peu à peu l'émotion contenue de la Déposition pour entrer dans le domaine du récit hagiographique.

Identification

Le panneau appartenait à une vaste série consacrée à la Vie de saint Marc, provenant de la tribune nord du chœur, à côté du presbytère.

Le sujet est identifié depuis longtemps comme : Saint Marc guérissant un lépreux. Deux fragments sont aujourd'hui conservés. La photographie représente celui où apparaît le saint en buste.

On trouve cet épisode dans le cycle du décor d'un devant d'autel gothique du XIVe siècle qui présente  quatorze scènes : 1) l'ange lui dicte l'Évangile ; 2) saint Marc guérit un lépreux ; 3) il baptise ; 4) son Évangile est approuvé par saint Pierre. On sait en effet que l'apôtre Saint Marc servit, selon la tradition,  de secrétaire et d'interprète à saint Pierre, et que son Évangile est considéré comme la prédication de saint Pierre mise par écrit : Il aurait accompagné Pierre dans ses voyages à Rome. Il rédigea son Évangile en grec, la langue la plus répandue à l'époque. L'Évangile selon saint Marc a pour but de démontrer la puissance de Jésus-Christ, Fils de Dieu, telle qu'elle se manifeste à travers l'accomplissement de nombreux grands miracles, dont celui de Jésus guérissant un lépreux.

On trouve aussi cette scène sur les mosaïques de la Vie de saint Marc  de la chapelle Saint-Pierre, avec l'inscription LEPRAM SANAT (il guérit un lépreux). Un relevé très intéressant (par O. Demus?) est disponible :

Public Image - Evangelist Mark: consecrated by Peter; Miracle of healing Leper; baptizing (drawing) Download https://theindex.princeton.edu/images/050147.gif

Pietro Saccardo les décrivait en 1896 en les localisant dans la galerie gauche des chantres, sur la chapelle de S. Pierre.  "Dans la grande voûte, en allant de gauche à droite, en quatre rangées : 1. S. Pierre qui sacre évêque S. Marc. — S. Marc qui guérit un lépreux. — S. Pierre qui bénit S. Hermagoras. 2. S. Pierre qui sacre évêque S. Hermagoras. — S. Marc avec l'évangile en main. — S. Hermagoras qui baptise les Aquiléiens. 18 — 274 — 3. S. Marc qui, averti par un ange, part pour Alexandrie.— Le Saint qui guérit le cordonnier Aniane. 4. S. Marc qui prêche l'Évangile. — S. Marc qui baptise les infidèles. On y lit ces vers : Marcus sacratur, lepram sanat, atra lavantur. I consecratus iam fungere Pontificatus, Nunciat, hic pergit, sutoris vulnera tergit. Mentibus ut surgant, docet hos baptismate purgans."

Localisation de la chapelle Saint-Pierre

Il apporte cet élément très précieux :" Ces mosaïques, des plus anciennes de l'église, ont été refaites en grande partie par la Compagnie Venezia-Murano vers l'année 1879."

 

Le 31  janvier 828 , les reliques de saint Marc furent transférées d'Alexandrie, en Égypte, à Venise et accueillies par le doge Giustiniano Particiaco. Saint Marc deviendra le saint patron de la ville, son symbole étant un  lion ailé armé d'un livre, ouvert en temps de paix à la phrase Pax Tibi Marce Evangelista Meus, et brandissant une épée de manière menaçante en temps de guerre. 

Sur la vie de saint Marc et son importance à Venise, voir :

https://www.basilicasanmarco.it/storia/san-marco-evangelista/

 

Datation

Il est l'œuvre d'un des premiers ateliers du XIIe siècle. Mais par rapport à la Déposition (ou Déploration ?) MSM-001, les formes gagnent en souplesse, les volumes sont plus amples, les draperies moins strictement géométriques .

Première impression

Avant même d'identifier le sujet, quelque chose frappe immédiatement. Le personnage semble surgir de la lumière. Il n'est pas enfermé dans un contour. Il émerge du fond d'or.

Cette impression provient de la manière dont les mosaïstes ont organisé les orientations des tesselles. Le fond n'est pas un simple décor. Il devient une véritable lumière.

Analyse iconographique

Le fragment montre saint Marc  en buste. Son visage est celui d'un apôtre inspiré. La barbe, ample et soigneusement modelée, est déjà un véritable chef-d'œuvre de construction graphique.

Les yeux ont une remarquable intensité, accentuée par le cerne sombre de la paupière inférieure.

La main droite, conservée, exécute le geste traditionnel de bénédiction, deux doigts étendus tandis que les autres sont repliés. Ce geste liturgique identifie immédiatement l'action miraculeuse de saint Marc. La perte du reste de la scène empêche de voir le lépreux, mais le geste suffit à évoquer sa présence, et d'évoquer sa guérison.

Il porte un  grand manteau blanc et beige jeté sur l'épaule sur une tunique bleue barrée par une bande d'or sous l'épaule.

 

Analyse des matériaux

Le fond d'or

 On y observe plusieurs nuances. Certaines tesselles sont franchement dorées. D'autres prennent des reflets verts. D'autres encore deviennent brun miel.

Ce phénomène ne traduit pas seulement le vieillissement. Il résulte surtout de l'orientation volontaire des cubes. Chaque tesselle constitue un minuscule miroir.

Autour de la tête, les tesselles ne sont pas disposées au hasard : elles rayonnent, elles accompagnent le contour du visage.

Même si la majorité de l'auréole au cercle délimité par le trait rouge est perdu,  la lumière forme une aura lumineuse autour du visage, par  une technique très raffinée. Le mosaïste compose littéralement avec la lumière. 

Les carnations

Les chairs sont d'une subtilité remarquable.

On distingue  un blanc ivoire, un rose très pâle, un beige rosé, un brun clair, le rouge brun pour les paupières. Le contour du nez et les lèvres sont tracées par des tesselles rouges.

Le visage est construit par juxtaposition de minuscules transitions. Il ne s'agit jamais d'aplats. La chair est un véritable dégradé minéral.

MSM-002a. Saint Marc guérissant un lépreux (détail). Cliché lavieb-aile 2026.
La barbe

C'est probablement la partie la plus admirable.

Elle utilise le blanc ; le gris clair ; le gris bleuté ; le bleu très pâle ; et quelques noirs. Le résultat produit une vibration extraordinaire.  Les tesselles ne sont pas posées horizontalement, elles tournent, elles s'enroulent, elles décrivent des ondes concentriques soulignées par les coutours noirs.

On retrouve ici une technique héritée directement des grands ateliers constantinopolitains. Le mosaïste ne dessine pas la barbe : il la fait naître de la direction des tesselles. Chaque rang suit le mouvement naturel des mèches. La barbe est moins représentée que "construite" par l'orientation même de la matière. Cette maîtrise du sens de pose constiturait l'un des critères qui distinguent les grands ateliers byzantins.

La tunique bleue

La gamme des couleurs est là-encore très belle, avec un bleu gris, un bleu ardoise, un bleu légèrement violacé, et un bleu presque noir.

Les mosaïstes évitent soigneusement toute uniformité. Chaque nuance participe au modelé, et le vêtement semble respirer.

Si j'observe mon cliché, je remarque que les tesselles de la tunique présentent une gamme de bleus plus étendue que ne le suggèrent les reproductions publiées ; plusieurs cubes semblent légèrement inclinés vers la gauche afin d'accroître les effets de réflexion.

Les traits de contours

Ils constituent l'ossature du dessin. Ils sont réalisés avec un verre très sombre, probablement coloré par le manganèse. Mais lorsque ce trait traverse le fond d'or, il est fait de tesseles rouges. Nous retrouverons cette caractéristique dans les autres fragments  de notre Catalogue.

On peut penser que ces lignes n'enferment pas les formes, mais qu'ellles les rythment.

Les tesselles

On remarque immédiatement plusieurs catégories. Le fond utilise des cubes relativement réguliers. Le visage emploie des cubes beaucoup plus petits. La barbe devient presque une micro-mosaïque. Le mosaïste adapte donc constamment la taille des tesselles à la difficulté du motif. C'est l'une des marques des grands ateliers.

 

Les pierres naturelles

Comme dans MSM-001, la mosaïque n'est pas exclusivement composée de verre. Quelques tesselles calcaires apparaissent dans les carnations, et leur matité équilibre les surfaces vitrées.

Cette alternance donne au visage une présence étonnamment vivante.

Ce que voit le géologue

Le géologue distingue immédiatement deux mondes. Les cubes dorés proviennent d'une matière entièrement artificielle. Les tesselles calcaires sont extraites de carrières bien réelles. La mosaïque est donc une rencontre entre la géologie et la chimie.

Chaque visage associe une roche vieille de dizaines de millions d'années et un verre fabriqué quelques semaines avant la pose.

Ce que voit le mosaïste

Le mosaïste admire surtout la pose. Regardez la barbe : les rangées de tesselles suivent exactement le mouvement des boucles. Les cheveux ne sont pas dessinés. Ils sont construits par l'orientation même des cubes, et la matière devient le dessin. C'est probablement l'une des plus belles leçons techniques que donne ce fragment.

Ce que voit l'historien de l'art

Il reconnaît immédiatement l'évolution du style. Le visage n'est plus entièrement hiératique. Les joues prennent du volume. Le cou tourne légèrement. La barbe se déploie avec naturel. Nous approchons progressivement de ce que l'on appellera bientôt le « style vénitien », sans rompre encore avec la tradition byzantine.

Ce que voit le restaurateur

Le restaurateur s'intéresse d'abord aux limites du fragment. Le pourtour n'est pas un contour ancien : c'est une fracture. Les tesselles s'arrêtent brutalement là où la dépose a séparé le fragment du reste du décor. Le support moderne, uniforme et neutre, met volontairement cette irrégularité en évidence afin que le visiteur distingue sans ambiguïté l'œuvre médiévale des compléments contemporains.

Une réflexion esthétique

Ne pouvons-nous pas penser qu'il ne s'agit pas d'un portrait ni même  non plus d'une illustration? Ne pouvons-nous pas voir ici une surface qui produit de la lumière ?

Un tableau absorbe une partie de la lumière qui l'éclaire. Une mosaïque d'or, au contraire, la renvoie, la diffracte, la fragmente. Ainsi, l'image change lorsque le spectateur se déplace. Il n'existe donc pas une seule vision de saint Marc, mais une infinité de visions successives, dépendantes de l'heure, de la saison, de la flamme des cierges ou du soleil entrant dans la basilique. La mosaïque est un art du temps autant que de l'espace.

Le geste du mosaïste

 

Le maître a commencé par le regard. Les yeux sont les tesselles les plus précises du visage. Puis il a construit les pommettes, la barbe, enfin les draperies. Le fond d'or n'est venu qu'en dernier, comme un ciel que l'on ferme autour de la figure. Ainsi, en suivant les joints et l'orientation des cubes, le visiteur peut presque reconstituer l'ordre du travail exécuté il y a huit siècles.

 

Biographie de l'œuvre (proposition)

—Datation : premier atelier du XIIᵉ siècle (selon le Museo di San Marco).  Quelle proportion de tesselles est encore d'origine ?

—XIIIᵉ–XIVᵉ siècle : restauration locale.

—après l'incendie : reprises ponctuelles.

—XIXe siècle: dépose et remplacement par la Compagnie Venezia-Murano vers l'année 1879.

—1955 : découverte du fragment.

    Conservation actuelle : Museo di San Marco. 

Discussion sur la datation

a) Les arguments en faveur d'une datation au début du XIIᵉ siècle sont  letraitement encore très byzantin du visage ; la barbe construite en spirales régulières ;les tesselles fines dans les carnations ; le hiératisme de la figure ;les analogies avec les premières campagnes décoratives de Saint-Marc.

b) Leséléments pouvant évoquer une date plus tardive sont la souplesse plus grande des draperies ; la recherche plus sensible du volume ; la palette bleu-gris plus riche.

En l'absence d'étude archéométrique spécifique et conformément à la datation retenue par le Museo di San Marco, il est préférable de conserver l'attribution au premier atelier du XIIᵉ siècle. Tout avis complémentaire sera le bienvenu.

Article réalisé à partir des cartels du Musée de la basilique Saint-Marc et en collaboration avec l'IA chatgpt.

 

SOURCES ET LIENS.

La littérature spécialisée montre que les mosaïques de Saint-Marc sont constituées majoritairement de tesselles de verre coloré et de verre à feuille d'or, auxquelles s'ajoutent des tesselles en pierres naturelles utilisées pour certaines carnations, les architectures, les sols ou des effets chromatiques. Les pierres mentionnées comprennent notamment le marbre blanc, le marbre noir, les calcaires, parfois le  porphyre, la serpentine et d'autres roches décoratives selon les campagnes de mosaïque.

Il est toutefois difficile d'attribuer une provenance géologique précise à chaque pierre sans s'appuyer sur des études pétrographiques ou archéométriques spécifiques ; les ouvrages de Demus décrivent surtout les techniques et l'histoire artistique, tandis que les analyses de Dal Bianco et Russo concernent principalement les tesselles de verre.

Seules ont été consultées les publications disponibles en ligne.

— BERGMEIER (Armin)  The Production of ex novo Spolia and the Creation of History in Thirteenth-Century Venice

https://www.academia.edu/47146937/The_Production_of_ex_novo_Spolia_and_the_Creation_of_History_in_Thirteenth_Century_Venice

— BETTINI (Sergio) 1944, Mosaici Antichi di San Marco a Venezia

—DAL BIANCO (Barbara), 2012, Elena Paz Rebollo San Miguel, "Basilica of San Marco (Venice, Italy/Byzantine period): Nondestructive investigation on the glass Mosaic Tesserae. ", J. Non-Cryst. Solids 358 (2012) 368–378. Pdf en ligne

Étude scientifique fondée sur des analyses non destructives des tesselles de verre. Très utile pour distinguer les tesselles de verre des tesselles en pierre naturelle et pour caractériser leur composition.

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0022309311006272

— DEMUS (Otto), 1988, The Mosaics of San Marco in Venice (4 volumes), The Mosaic Decoration of San Marco Venice (Chicago: University of Chicago Press, Ed. Herbert

C'est l'ouvrage de référence sur les mosaïques de Saint-Marc. Il traite de la chronologie, de l'iconographie, des techniques d'exécution et des matériaux employés.

https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1993_num_36_141_2558_t1_0084_0000_1

— DEMUS (Otto), 1960, The Church of San Marco in Venice: History, Architecture, Sculpture (Washington: Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 1960) OCLC 848981462

  Il donne le contexte architectural et artistique de la basilique et aborde les revêtements de marbre et les mosaïques.

https://books.google.fr/books/about/The_Church_of_San_Marco_in_Venice.html?id=5GiG9-KgdbYC&redir_esc=y

— DEMUS (Otto), 1988, The Mosaic Decoration of San Marco, Venice.

Synthèse des recherches de Demus sur le décor de Saint-Marc.

https://archive.org/details/mosaicdecoration0000demu

https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1993_num_36_141_2558_t1_0084_0000_1

— LAZZARINI (Lorenzo), 1997 'Le pietre e i marmi colorati della basilica di San Marco a Venezia', in Renato Polacco, ed., Storia dell'arte marciana: l'architettura, Atti del Convegno internazionale di studi, Venezia 11–14 ottobre 1994 (Venezia: Marsilio, 1997), pp. 309–328 En ligne

https://www.academia.edu/6979376/I_marmi_e_le_pietre_del_pavimento_marciano_Lorenzo_Lazzarini

— LAZZARINI (Lorenzo), 2025,  Myriam Pilutti Namer, Luigi Sperti, Ancient Marbles and Stones in Venice. Architecture, Sculpture, Reuse from Antiquity to the Baroque (2025). pdf en ligne

C'est aujourd'hui la meilleure synthèse sur les pierres antiques de Venise, avec une large section consacrée à San Marco.

https://www.istitutoveneto.it/wp-content/uploads/2026/02/ancient-marbles-and-stones-in-venice-architecture-sculpture-reuse-from-antiquity-to-the-baroque-revised-edition.pdf

—SACCARDO (Pietro), 1896, Les mosaïques de Saint-Marc à Venise, Venise, Fred. Ongania

https://archive.org/details/lesmosaiquesdesa00sacc

— VIO (Ettore), 2001, Lo splendore di san Marco (Rimini: Idea, 2001).

Pendant 35 ans, Ettore Vio fut proto de la basilique Saint-Marc , responsable de sa conservation.

—VIO (Ettore), 2001 La basilique Saint-Marc de Venise. Texte imprimé / sous la dir. de Vio Ettore,  Edité par Citadelles & Mazenod. Paris - 2001

—VIO (Ettore), 1999, Scienza e tecnica del restauro della Basilica di San Marco : atti del convegno internazionale di studi, Venezia, 16-19 maggio 1995 — 2 v. (1058 p.) : ill. (some col.), plans ; 24 cm.

—ZULIANI (Fulvio), 1969 I marmi di San Marco. Uno studio ed un catalogo della scultura ornamentale marciana fino all'XI secolo .

Toujours indispensable pour le corpus des sculptures et des remplois.

https://www.academia.edu/65045121/I_marmi_di_San_Marco_Uno_studio_ed_un_catalogo_della_scultura_ornamentale_marciana_fino_al_XI_secolo

 

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Published by jean-yves cordier - dans San Marco, Venise
29 juin 2026 1 29 /06 /juin /2026 19:52
SOURCES ET LIENS.
 

La littérature spécialisée montre que les mosaïques de Saint-Marc sont constituées majoritairement de tesselles de verre coloré et de verre à feuille d'or, auxquelles s'ajoutent des tesselles en pierres naturelles utilisées pour certaines carnations, les architectures, les sols ou des effets chromatiques. Les pierres mentionnées comprennent notamment le marbre blanc, le marbre noir, les calcaires, parfois le  porphyre, la serpentine et d'autres roches décoratives selon les campagnes de mosaïque.

Il est toutefois difficile d'attribuer une provenance géologique précise à chaque pierre sans s'appuyer sur des études pétrographiques ou archéométriques spécifiques ; les ouvrages de Demus décrivent surtout les techniques et l'histoire artistique, tandis que les analyses de Dal Bianco et Russo concernent principalement les tesselles de verre.

— BERGMEIER (Armin)  The Production of ex novo Spolia and the Creation of History in Thirteenth-Century Venice

https://www.academia.edu/47146937/The_Production_of_ex_novo_Spolia_and_the_Creation_of_History_in_Thirteenth_Century_Venice

— BETTINI (Sergio) 1944, Mosaici Antichi di San Marco a Venezia

—DAL BIANCO (Barbara), 2012, Elena Paz Rebollo San Miguel, "Basilica of San Marco (Venice, Italy/Byzantine period): Nondestructive investigation on the glass Mosaic Tesserae. ", J. Non-Cryst. Solids 358 (2012) 368–378. Pdf en ligne

Étude scientifique fondée sur des analyses non destructives des tesselles de verre. Très utile pour distinguer les tesselles de verre des tesselles en pierre naturelle et pour caractériser leur composition.

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0022309311006272

 

— DEMUS (Otto), 1988, The Mosaics of San Marco in Venice (4 volumes), The Mosaic Decoration of San Marco Venice (Chicago: University of Chicago Press, Ed. Herbert

C'est l'ouvrage de référence sur les mosaïques de Saint-Marc. Il traite de la chronologie, de l'iconographie, des techniques d'exécution et des matériaux employés.

https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1993_num_36_141_2558_t1_0084_0000_1

— DEMUS (Otto), 1960, The Church of San Marco in Venice: History, Architecture, Sculpture (Washington: Dumbarton Oaks Research Library and Collection, 1960) OCLC 848981462

  Il donne le contexte architectural et artistique de la basilique et aborde les revêtements de marbre et les mosaïques.

https://books.google.fr/books/about/The_Church_of_San_Marco_in_Venice.html?id=5GiG9-KgdbYC&redir_esc=y

— DEMUS (Otto), 1988, The Mosaic Decoration of San Marco, Venice.

Synthèse des recherches de Demus sur le décor de Saint-Marc.

https://archive.org/details/mosaicdecoration0000demu

https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1993_num_36_141_2558_t1_0084_0000_1

— LAZZARINI (Lorenzo), 1997 'Le pietre e i marmi colorati della basilica di San Marco a Venezia', in Renato Polacco, ed., Storia dell'arte marciana: l'architettura, Atti del Convegno internazionale di studi, Venezia 11–14 ottobre 1994 (Venezia: Marsilio, 1997), pp. 309–328 En ligne

https://www.academia.edu/6979376/I_marmi_e_le_pietre_del_pavimento_marciano_Lorenzo_Lazzarini

— LAZZARINI (Lorenzo), 2025,  Myriam Pilutti Namer, Luigi Sperti, Ancient Marbles and Stones in Venice. Architecture, Sculpture, Reuse from Antiquity to the Baroque (2025). pdf en ligne

C'est aujourd'hui la meilleure synthèse sur les pierres antiques de Venise, avec une large section consacrée à San Marco.

https://www.istitutoveneto.it/wp-content/uploads/2026/02/ancient-marbles-and-stones-in-venice-architecture-sculpture-reuse-from-antiquity-to-the-baroque-revised-edition.pdf

— POLACCO (Renato) 1991, San Marco, la basilica d'oro, ed. Berenice

— VIO (Ettore), 2001, Lo splendore di san Marco (Rimini: Idea, 2001).

Pendant 35 ans, Ettore Vio fut proto de la basilique Saint-Marc , responsable de sa conservation.

—VIO (Ettore), 2001 La basilique Saint-Marc de Venise. Texte imprimé / sous la dir. de Vio Ettore,  Edité par Citadelles & Mazenod. Paris - 2001

—VIO (Ettore), 1999, Scienza e tecnica del restauro della Basilica di San Marco : atti del convegno internazionale di studi, Venezia, 16-19 maggio 1995 — 2 v. (1058 p.) : ill. (some col.), plans ; 24 cm.

—ZULIANI (Fulvio), 1969 I marmi di San Marco. Uno studio ed un catalogo della scultura ornamentale marciana fino all'XI secolo .

Toujours indispensable pour le corpus des sculptures et des remplois.

https://www.academia.edu/65045121/I_marmi_di_San_Marco_Uno_studio_ed_un_catalogo_della_scultura_ornamentale_marciana_fino_al_XI_secolo

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Published by jean-yves cordier - dans Venise, basilique Saint-Marc
11 juin 2026 4 11 /06 /juin /2026 08:12

Les vitraux civils (XVI et XVIIe siècles) du Musée de l'Œuvre de Strasbourg.

Voir :

 

 

1. Vitrail suisse armorié de Jacob SCHILLING, membre du Conseil des Quinze en  1588 et décédé en 1597.

https://pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM67008530

Le vitrail en verres blancs et colorés est peint à l'émail. Certains verres colorés (rouges et bleus) sont gravés avec rehaut au jaune d'argent. Le vitrail a été retaillé pour être monté sur les cadres et la serrurerie du musée, amputant toute la partie droite, dont une allégorie, et  le médaillon inférieur gauche. Il mesure aujourd'hui 37 cm de haut et 24 cm de large. Les plombs de casse ont été remplacés par un collage bord à bord.

Les armes de gueules au monogramme IS (Iacob Schilling)  et à la marque d'or sont entourées des allégories de la Foi et de la Charité sur fond de palais à colonnes de marbre, en perspective. Dans le coin supérieur gauche est peinte l'allégorie de la Justice, avec son glaive et sa balance, voisinant avec le Jugement de Salomon.

Jacob Schilling était né en 1530, de Heinrich et de Sophie Meyer. Il avait épousé Esther Grasek (1535-1586).

https://gw.geneanet.org/elch2006?lang=fr&p=esther&n=graseck

Le Conseil des XV de Strasbourg était, avec le Conseil des XIII et le Conseil des XXI, l'un des trois conseils qui gouvernaient l'ancienne République de Strasbourg. Créé en 1433, était composé de cinq nobles et de dix bourgeois et  était responsable des affaires intérieures, notamment des finances publiques.

 

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

2. Verrière héraldique "suisse" aux armes de H. SPYLMAN (Spielmann ?), 1570.

Le vitrail en verres blancs et colorés est peint à l'émail.

Inscription H. EARLE SPYLMAN ZU EINEM SCHÖFFEL ERNZELLT ANNO 1570

On connaît à Strasbourg Carl Spielmann (1564-1631) qui fut Ammeister, et représentait les guildes. Il était le fils de Carl Spielmann (1564-1590). On connaît aussi un Hans Spielmann, constructeur de navires, décédé avant 1584.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Ammeister_Carl_Spielmann-f3646081.jpg

Le blason, sans doute fantaisiste à partition horizontale bleu et jaune porte deux dés présentant les chiffres 5 et 4, et un trèfle à 3 feuilles. Il est sommé d'un heaume orné de lambrequins et sommé d'un cimier représentant en buste sans bras un Fou ou personnage de carnaval à tunique bleue et ceinture bleue et jaune, coiffé d'un bonnet à plumets, cornes et pompons jaune, blanc et bleu.

À sa gauche, une femme aux habits raffinés tend un hanap à un soldat en casque et cuirasse, portant son arme sur l'épaule. On remarque le récipient précieux au poignet de la femme, son aumônière, ses chaussures à guêtres boutonnées, son bustier bleu damassé, sa chemise à dentelles  et sa curieuse coiffure

"On a relevé plus haut le rôle des hanaps comme objets de convivialité lors des repas et dans le cadre d’une société. Ce choix d’honorer son hôte se retrouve plus nettement encore dans la pratique du Willkomm, souvent représenté sur les vitraux de cabinet de la fin du XVIe siècle et du XVIIe siècle : l’épouse accueille son mari en lui ofrant une coupe à boire en signe de bienvenue. Le geste du Willkomm met en valeur le rôle de la femme qui tend l’objet de prix à l’époux actif dans le commerce ou à l'armée" (Benoît Jordan 2011)

Le mari barbu porte sous sa cuirasse un vêtement de fourrure ; sous ses hauts de chausse bouffantes sont des bas rouges : les chaussures à bouts ronds sont à crevés : c'est la tenue d'un lansquenet. Son épée, qui est tronquée, est comparable à un espadon.

Tout le reste du vitrail  illustre le thème du jeu  (comme déjà les meubles du blason) : jeu de cartes, jeu de dés, et une partie de bowling à 9 quilles, le nine-pin-bowling, encore pratiqué dans l'Est de la France.

Les coins supérieurs montrent deux putti jouant de la flûte et du tambour ; les angles inférieurs accueillent deux angelots tenant les trompettes de la renommée.

 

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

3. Vitrail de 1581 portant sous les armes de Strasbourg quatre ensembles héraldiques.

Les armes de Strasbourg, « d’argent à la bande de gueules l’écu soutenu par deux lions et timbré d’un heaume ou casque taré de front ouvert et sans grilles orné de ses lambrequins comblé d’une couronne d’or d’où sortent deux ailes de cygne d’argent chargées chacune d’une bande de gueules le tout sommé d’une fleur de lys épanouie d’argent », correspondent à celles représentées en 1626 pour la ville libre.

 

 

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Le premier blason à gauche, avec sa licorne d'or sur fond de sable, son casque couronné et son cimier à l'agressive licorne, est accompagné d'un phylactère où est inscrit DAVID JOHAM VON MUNDOLTZHEIM PFLEGER  .

Les Joham étaient apparentés par alliances aux plus illustres familles nobles telles que les Wurmser von Vendenheim, les Mullenheim, Fleckenstein, Rathsamhausen etc. Occupant des postes importants à Strasbourg : conseillers nobles du Sénat, membres de la Chambre des Vingt et Un, de la Chambre des Quinze, Stettmeister, etc., ils abandonnèrent bientôt le commerce qui les avait enrichis pour vivre, en vrais nobles, des revenus de leurs terres.

Johann de Mundolsheim mort en 1371, a été membre du Conseil de Strasbourg ( 1360 - ), Ammeister de Strasbourg ( 1363 - ), Échevin de Strasbourg ( 1364 - ), Ancien Ammeister de Strasbourg ( 1366 - ), Administrateur [Pfleger] de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg ( 1371 - )

Leur hôtel particulier Rue des Juifs à Strasbourg le Johamischer Hof  provient du nom de l'un de ses propriétaires du début du XVIe siècle (1515), Conrad Joham, banquier et riche négociant en soierie. 

L'hôtel du Chapitre de la Cathédrale appartenait à  Juncker Theobald Joham von Mundolsheim en 1572. " L'autre cour, située au-dessus du Gurtlerhof, en face de l'ancienne cour du seigneur von Hanau, était celle où David Joham von Mundolsheim, maire, vécut et mourut. Sa cour appartenait cependant au Bruderhof et relevait de la juridiction du Chapitre de la Cathédrale.» (Chronique de Büheler). Maison du Chapitre avec bow-window où résidait David Joham, maire, en 1587." (Das alte Strassburg)

 

La  pierre tombale de 1585  de  David Joham est conservée dans l'église protestante de Mundolsheim, mais les armoiries et le cimier à la licorne ont été bûchées.

Ces armoiries se blasonnait ainsi : coupé de sable et d'or, le sable chargé d'une licorne naissante d'or mouvant du coupé (Rietstap).

L'Alsace noble suivie de Le Livre du patriciat de Strasbourg, par Ernest Lehr, Paris : Berger-Levrault, 1870.

 

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Le deuxième blason, de gueules à la bande d'argent, surmonté d'un heaume au cimier à deux cornes blanches et rouges, et aux lambrequins de plumes de paon, est accompagné de l'inscription MICHEL ENSTEIGER PFLEGER. On commence à comprendre que les quatre blasons sont ceux des administrateurs, "pfleger", peut-être de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg, et de leur "schaffner".

À partir du XIVe siècle, on trouve  à la tête de l’institution trois administrateurs, dit pfleger, qui sont choisis parmi la haute bourgeoisie et ne touchent pas de salaire, bien qu’ils reçoivent de nombreux cadeaux en nature de la part de l’Œuvre lors des fêtes. Le rôle des administrateurs est de représenter la ville au sein de l’Œuvre Notre-Dame et de contrôler l’action du receveur (schaffner). Celui-ci se charge de la gestion quotidienne de l’institution et du chantier de la cathédrale, et a, de fait, la main sur toutes les entrées et sorties d’argent. Du fait de ces responsabilités, sa fonction devint de plus en plus encadrée pour éviter les malversations : il lui est notamment interdit d’être marié, et à fortiori d’avoir des enfants, et il doit obligatoirement léguer tous ses biens à l’Œuvre à sa mort. (Wikipedia)

 

Dans le musée de l'œuvre de Notre-Dame,  la salle des administrateurs, une pièce, située au 1° étage de l’aile Renaissance, était le lieu solennel où le Receveur (Schaffner), comptable, trésorier et gérant de biens rendait compte, une fois l’an, de sa gestion devant les délégués du Magistrat de la ville. Il avait la haute main sur toutes les dépenses, de l’achat de matériel au paiement des salaires. Il était entouré d’administrateurs (Pfleger) chargé de vérifier les comptes. C’est dans cette pièce qu’étaient conservées, à l’abri du vol et du feu, les archives de valeur (titres de propriété, registres de comptes, actes, plans, dessins,…). Les placards et tiroirs sont en partie contemporains de l’édifice (1582) et en partie rajoutés en 1629.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Le troisième ensemble réunit, en désordre, une inscription non lisible, les mots PFLEGER, le buste d'un personnage tenant au cou trois rangs de chaîne d'or et en main une chaînette, et des armoiries de sable au serpent d'argent à trois étoiles d'or.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Le dernier est celui du SCHAFFNER (inscription) :  l'inscription indique ARISTARCHUS MORN HINWEG

S'agit-il d'Aristarchus Morgenheimer, "économe" parrain en 1593? Mais Morgenheimer, non attesté à Strasbourg, est-il une mauvaise lecture pour Morghinweg, bien attesté ? Oui, car cela me donne accès à la notice geneanet d'Aristachus Morghinweg, né vers 1540 à Strasbourg, décédé vers 1571 (aïe), horloger, administrateur". Il épousa le 26 octobre 1556  à Strasbourg Felicitas Michelsdr. Rantz dontil eut une fille,  Martha Mornhinweg, vers 1565. Une note ajoute qu'il a travaillé à la cathédrale "Gewerkt aan kathedraal Notre Dame in Straasburg".

Son blason coupé d'azur et d'or, l'azur chargé d'une  étoile d'or est accompagné de lambrequins et d'un heaume sommé d'un cimier qui reprend son blason sous une tête de vieillard couronné de fleurs bleues et jaunes.

Nous avons donc l'identité en 1581 des trois administrateurs de l'Œuvre Notre-Dame et de leur receveur : un document précieux.

 

 

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

4. Vitrail de 1628 portant  les armes de Heinrich Ropp.

Inscription : H[err]. Heinrich ROPP ward zu einem IV Erwalt und disez zunfft zum oberherze geben den 28 julius 1628 (?)

"Mr Heinrich ROPP fut nommé à la 4ème guilde et à la tête de cette guilde le 28 juillet 1628 (?)."

Ses armes (ou celles de sa corporation) portent un échassier d'or sur fond de sable, à lambrequins d'or et heaume sommé d'un cimier à l'échasse noire. S'agit-il de la corporation de l'Echasse, qui réunit les métiers d'art?

Comparez avec ce vitrail de 1604 de la corporation de la Lanterne. La composition à 4 allégories et une scène en bandeau supérieur est la même. Voir aussi le vitrail de la corporation des Cordiers, et d'autres encore ici ou ici par Pierre Dubois.

Vitrail de 1604 montrant les armoiries de la corporation de la Lanterne. Cliché Ji-Elle pour Wikipédia

Le cimier est encadré des allégories de la Justice (glaive et balance) et de la Prudence (miroir). Les allégories de la Foi (calice et croix) et de l'Espérance (ancre) encadrent l'inscription.

Enfin, la scène supérieure montre un vieillard dans un lit, les bras écartés, entouré d'hommes tenant des flèches, correspondant à la légende de la mort du roi Scilurus, Roi des Scythes. Se voyant près de mourir, il fait assembler ses enfans, (l’Histoire lui donne 80 enfans mâles) ; ordonne au plus jeune de prendre une flèche, et de la rompre ; ce qu’il fit sans peine. Il commande ensuite aux aînés d’en rassembler plusieurs, d’en former un faisceau, et d’essayer de le rompre. Tous leurs efforts furent vains. Telle est la force de l’union, dit ce Père à ses fils : Vivez amis, vous serez invincibles.

 

 

 

 

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

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5 et 6. Vitraux montés en médaillons datés de 1559.

Inscription BERNHARDT VON DURCKELSTEIN PFEGER

Armoiries : un faucon vert (sinople) colleté d'or. Heaume grillagé sommé d'un cimier au faucon colleté d'or les ailes écartées.

 

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

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Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

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7. Vitrail monté en médaillon de Gabriel zum Pfeywell, pfeger, daté de 1586.

Armoirie : de sable  à la fasce vivrée d'argent . Heaume, lambrequins noirs et jaune, cimier en buste de fou ou bouffon reprenant les armoiries, barbu, au bonnet à grelot.

 

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

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8. Vitrail monté en médaillon de Wolff Dietterich, daté de 1606.

Inscription : Wolff Dietterich von Rippenheim 1606

Qualifié ici en 1582 de Camerjunckherm

armoiries de gueules aux trois poissons d'or ; heaume, lambrequins, cimier à deux plumes de cygne blanche barrées de noir

 

 

Musée de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg. Cliché lavieb-aile.

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Published by jean-yves cordier - dans Vitraux civils Strasbourg Licorne Héraldique
8 juin 2026 1 08 /06 /juin /2026 10:29

La statue de saint Christophe portant le Christ (bois polychrome, vers 1520-1530) du musée des Beaux-Arts et de l'archéologie de Chalons-en-Champagne.

 

 

Sur l'iconographie de saint Christophe, voir dans ce blog par ordre  chronologique:

 

PRÉSENTATION

Cette statue en bois polychrome et doré de saint  Christophe portant l'Enfant Jésus provient de l'église St Loup de Châlons et a été datée vers 1520-1530. Classée Monument Historique le 02.05.1907, elle est désormais exposée au Musée des Beaux-Arts et Archéologie de Châlons en Champagne (Aube). Elle est admirable et  a figurée dans l'exposition Le Beau XVIe siècle qui s'est tenue dans l'église Saint-Jean au marché de Troyes en 2009.

Dans mon mini-inventaire des représentations de grande taille du saint christophore, elle est loin d'être la plus haute, avec sa taille de 2,23 m, mais elle souligne néanmoins une notion que nous oublions parfois : dans la légende, Reprobus est "un Cananéen d'énorme stature, qui avait douze coudées de haut et un visage effrayant" (Légende dorée de Jacques de Voragine).

 

 

 

 

Saint Christophe portant le Christ, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

Saint Christophe portant le Christ, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

 Haute de 225 cm, large de 108 cm et profonde de 40 cm, cette statue en ronde bosse à revers plat en trois blocs fait l'objet des notices Palissy PM 51000193 et IM51000804, rédigée par Claire Bonnet et Sandra Miguel Sandra, du service chargé de l'inventaire du Conseil régional de Champagne-Ardenne.

" Cette statue, réalisée au cours du 1er quart du 16e siècle, provient d'une église de Châlons. Elle fut achetée par la fabrique en 1808, à un serrurier, M. Vauthier, qui avait formé pendant la Révolution un magasin d''épaves' provenant de toutes les églises et de tous les couvents supprimés. Selon le Congrès archéologique de 1856, cette statue est semblable à la gravure en bois de 1423 conservée au cabinet des estampes de la bibliothèque nationale. Conformément à la légende et à cette gravure, saint Christophe a des proportions colossales."

"Saint Christophe est vêtu d'un costume de garde suisse de François Ier : mode militaire des années 1520-1530. Il est jambes nues, portant un pourpoint ou tunique dorée à manches tailladées, larges et courtes. Le décolleté rectangulaire laisse apparaître sa chemise. La ceinture basse retient la fronce. Les avant-bras sont recouverts d'un vêtement rouge. Une aumônière et un chapelet sont suspendus à une cordelette. De la main droite, il s'appuie sur un long bâton. La main gauche est posée sur sa hanche. Il a les pieds engagés dans le torrent et tourne la tête vers Jésus enfant. Celui-ci est placé sur son épaule et tient le globe du monde dans la main gauche. Le cadre évoque les montagnes de Lycie et l'ermite qui le guide dans sa traversé du cours d'eau."

Je crois pouvoir rapprocher la gravure sur bois de 1423 citée par ce texte de celle conservée à la bibliothèque John Rylands de Manchester, provenant de Buxheim sur le Haut-Rhin et  généralement considérée comme la plus ancienne gravure sur bois datable d'Europe. Son inscription Christofori faciem die quacumque tueris, Ma nempe die morte mala non morieris peut se traduire par : « Quel que soit le jour où tu regardes l’image de saint Christophe Ce même jour tu ne mourras pas de mauvaise mort », ce qui souligne la vertu apotropaïque de cette gravure, et, a fortiori, de toutes ces statues de grand format du saint placées au seuil des églises pour protéger pèlerins et voyageurs. La mauvaise mort, c'est la mort subite sans secours des sacrements de l'Eglise, sans pouvoir se confesser. Les chemins, les voyages, la navigation, et toute traversée d'un gué et  d'un seuil exposent le croyant à ce risque. La puissance de protection du saint est liée à la vue de son image, qui est nécessaire. Et la grande taille de ces images (peintures ou sculptures) favorise cette impression visuelle.

 

J'inverse la gravure pour mieux la comparer à la statue.

Gravure sur bois retournée horizontalement, 1423, John Rylands Library in Manchester.

 

Saint Christophe portant le Christ, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

Saint Christophe portant le Christ, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

Le bâton a été remplacé par une branche écotée, et nous ne pouvons savoir si, comme sur la gravure, et comme dans la Légende de Jacques de Voragine, il fleurissait miraculeusement tel un palmier-dattier "chargé de fleurs et de fruits". Mais nous retrouvons de précieux détails (ces délicieux détails qui font tout l'intérêt d'une œuvre) comme la présence de l'ermite qui guide le saint de sa lanterne, et, bien plus rare (c'est mon seul exemple), celle du meunier chargeant ses sacs de farine dans une barque. Par contre, la tunique dont un pan est emporté par le vent est remplacé par le pourpoint à crevés ou taillades fermées par des aiguillettes, propre aux contemporains de François Ier.

Le saint, barbu, tourne sa tête et son regard vers l'Enfant, qui le regarde également alors qu'il prononce ces mots :" Ne t’en étonne pas, Christophe ; car non seulement tu as porté sur tes épaules le monde entier, mais aussi Celui qui a créé le monde. Je suis en effet le Christ, ton maître, celui que tu sers en faisant ce que tu fais. Et, en signe de la vérité de mes paroles, quand tu auras franchi le fleuve, plante dans la terre ton bâton, près de ta cabane : tu le verras, demain matin, chargé de fleurs et de fruits." : cette posture témoigne de l'instant de conversion du passeur, et le fleurissement de son bâton en attestait également.

Saint Christophe portant le Christ, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

Saint Christophe portant le Christ, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

Christophe tient sa main gauche contre un chapelet à gros grains noirs et bruns.

Alors que sa tunique était serrée à la taille par une cordelette, c'est un linge noué qui entoure ses hanches. Une aumônière y est suspendue, elle contient un objet dont seul le manche est visible : ce doit être un couteau.

On note l'absence des trois ou quatre pèlerins parfois accrochés à la ceinture, visibles à San Benito de Calatrava, à la cathédrale de Burgos 

Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

Revenons à l'ermite.

Dans la Légende dorée (1260), le seul ermite est celui qui incite Reprobus/Christophe à s'établir comme passeur d'un fleuve dont la traversée expose à un péril mortel pour les voyageurs qui n'ont ni sa taille ni sa force. S'il est représenté, c'est sur la rive de départ (et encore sur l'enluminure de Willem Vrelant en 1420 ou celle du BnF fr 245 vers 1480-1490 et sur une gravure au criblé de la Bnf vers 1460).

Mais à partir du XIVe siècle (enluminures des Frères Limbourg, 1409 puis du Maître de Spitz en 1420), c'est sur la rive à atteindre qu'un ermite apparaît, comme guide cette fois, éclairant la rive avec un fanal. Cette lumière, cette fonction de phare devient, dans les dévotions, propre à saint Christophe puisqu'on trouve les distiques suivants : Christofore  sancte  virtutes  sunt  tibi  tantae  Qui te de  mare videt nocturno tempore ridet, "Christophe, tes vertus sont si grandes que celui te voit (en navigant ) sur la mer se rit de la nuit" (Acta sanctorum). 

On le retrouve sur les enluminures du BnF latin 1175, BnF latin 9473 entre 1445 et 1460, BnF latin 10538 au 1er quart du XVe, 

On le voit chez le Maître E.S avant 1468 Martin Schongauer (1440-1491), Lucas Cranach l'ancien en 1509, Alaert du Hamel avant 1509,  Albrecht Altdorfer en 1519, Albrecht Dürer en 1521, etc.

 

Ici, il a perdu sa lanterne, mais on peut être sûr qu'il l'a tenait en main droite. Il porte l'habit (une robe de bure brune et longue recouverte par une capuche couvrant les épaules) et la barbe des Antonins. Il est assis devant son ermitage au sommet de roches escarpées. Par rapport à la gravure, il manque la cloche au sommet de l'ermitage, pourtant bien utile pour guider le passeur, et qu'on voit à Solignac et à Silegny.

 

Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

Ces rochers où s'accrochent quelques arbustes forment une falaise abrupte que contourne le fleuve ; autour des pieds nus du saint, les flots bouillonnent, et deux poissons y sautent.

Une barque est amarrée à un débarcadère, et elle contient un tonneau et un sac de farine.

Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

Du côté de la rive de départ, toute aussi escarpée que l'autre, et dominée par une chapelle, un pont à trois arches conduit par une volée de marches au bord du fleuve.

Un homme descend vers cette jetée, portant un sac sur l'épaule. Il a les jambes et les pieds nus. À la ceinture de sa courte tunique est suspendu une besace. Il est coiffé d'un bonnet rouge.

C'est la gravure qui nous permet de l'identifier comme un meunier portant un sac de farine. Les arches sont-elles liées à son moulin, absent de la sculpture?

J'ai tenté, mais en vain, de retrouver sur d'autres peintures, gravures et sculptures cette présence d'un meunier ou d'un moulin. Pourtant la gravure de 1423 a été très reproduite (Rigaux), pour être collée par exemple sur la page de garde d'un livre. 

C'est finalement ce meunier, et sa barque, qui font toute l'originalité de cette statue.

 

Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

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Saint Christophe, Musée des Beaux-Arts de Chalons-sur-Marne, cliché lavieb-aile.

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SOURCES ET LIENS

 

— DENIS (Hortense), 2020, Les représentations artistiques de saint Christophe dans le diocèse de Chartres, du Moyen âge au XVIe siècle. Mémoire de recherche (2de année de 2e cycle) en histoire de l’art appliquée aux collections.Art et histoire de l’art. 2020. ⟨dumas-04570638⟩

https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-04570638v1/document

— FAVREAU Robert,   1976 "L'inscription de Saint Christophe à Pernes-les-Fontaines. Un apport à l'histoire du sentiment religieux" Bulletin Archéologique du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques Paris 1976, no12-13, pp. 33-39

Résumé : Historique du culte de saint Christophe du Haut Moyen Age au XIIIs. Ce n'est qu'au milieu du XIIs. qu'apparaît l'image d'un saint géant, portant l'Enfant Jésus. Quelques vers latins accompagnant les statues ou les images du saint (France, Italie, Suisse, Allemagne). L'inscription latine accompagnant la gigantesque figure de saint Christophe à la tour Ferrande de Pernes-les-Fontaines (peinture murale, fin XIIIs.). Origine de la "spécialité" de ce saint (guérison, protection contre les maladies): son culte se propage en même temps que l'élévation de l'hostie lors de la messe | voir l'hostie, c'est être en sécurité pour la journée| de même, voir saint Christophe. Culte favorisé par les grandes épidémies de peste. L'inscription elle-même se retrouve textuellement dans la liturgie (bréviaire de Tolède).

https://shs.hal.science/halshs-03235089/document

— GRAU LOBO, Luis (1994-1995): “San Cristóbal, Homo Viator en los caminos bajomedievales: avance hacia el catálogo de una iconografía particular”, a Brigecio, 4-5, p. 167-184. 

http://dialnet.unirioja.es/servlet/articulo?codigo=1402347

— GRUMEL (V.) 1938, "Rosenfeld (Hans-Friedrich). Der hl. Christophorus, Seine Verehrung uns seine Legende. Eine Untersuchung zur Kultgeographie und Legendenbildung des Mittelalters"  Échos d'Orient Volume 37 Numéro   191-192pp. 464-470

  http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rebyz_1146-9447_1938_num_37_191_3006_t1_0464_0000_2#

— GUENEBAULT Louis Jean 1850,  Dictionnaire iconographique des figures, légendes et actes des saints ... 

https://books.google.fr/books?id=tRAGAAAAQAAJ&pg=RA2-PT42&dq=%22saint+christophe%22+meule&hl=fr&sa=X&ei=EAh2VdPfC8yvU_2RgqgK&ved=0CCgQ6AEwAg#v=onepage&q=%22saint%20christophe%22%20meule&f=false

— HERNANDO GARRIDO (José Luis), 2013,  "San Cristóbal y la sirenita: aviso para peregrinos y navegantes", Fundación Santa María la Real-TEMPLA,  Codex Aquilarensis 29/2013.

https://www.romanicodigital.com/sites/default/files/2019-09/C29-14_Jos%C3%A9%20Luis%20Hernando%20Garrido.pdf

— INCUNABLES représentant saint Christophe

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65393588/f249.item

— MANZARBEITIA VALLE (Santiago), Universidad Complutense de Madrid, 2010,  "El mural de San Cristobalón en la iglesia de San Cebrián de Muda. Pintura medieval y devoción popular: del mítico Cinocéfalo al Polifemo cristiano"  Anales de Historia del Arte 293 2010, Volumen Extraordinario 293-309.   

http://revistas.ucm.es/index.php/ANHA/article/viewFile/ANHA1010010293A/30823

—RIGAUX (Dominique), 1996, "Une image pour la route. L'iconographie de saint Christophe dans les régions alpines (XIIe-XVe siècle)", Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public  Année 1996  26  pp. 235-266

https://www.persee.fr/doc/shmes_1261-9078_1996_act_26_1_1681

—Site CONSULTADO

https://www.consultatodo.com/sanCristobal/sanCristobal2.htm

— SERVIERES  Georges), 1921, , « La légende de saint Christophe dans l’art », Gazette des beaux-arts, 63e année, t. 3, Paris, janvier 1921, p. 23-40

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6111296m/f36

— VORAGINE (Jacques de) 1261, ou IACOPO DA VARAZZE, Legenda aurea, traduite en français par JEAN DE VIGNAY sous le titre de Légende des Sains au plus tard en 1348.

Bnf Fr. 242 folio 149r

Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8426005j/f313.image

Bnf fr. 244-245

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8442920n/f1.image

 — DUMAINE (abbé V.L), 1900, saint Christophe,sa vie et son culte, Alençon

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1186127g.texteImage

—MAINGUET (abbé F.) 1891 saint Christophe,sa vie et son culte, avec des appendices sur le culte de saint Gille·s et des quatorze saints auxilialeurs, Saint-Christophe (Indre-et-Loire), 1891, p. 129 : Laon (fin IVe s.), Lyon, Auxerre (Ve s.), Reims (VIe s.) ;

—ROSENFELD ( Hans-Friedrich) , 1937, Der hl. Christophorus. Seine l’erehrung und seine Legende. Eine Untersuchung zur Kultgeographie und Legendenbildung des Mittelalters, dans « Acta Academiae Aboensis, Humaniora X : 3, Äbo, 1937, p. 20 : Saint-Anastase à Rome (VIIe s.).

https://www.persee.fr/doc/rebyz_1146-9447_1938_num_37_191_3006_t1_0464_0000_2

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Saint_Christophe.JPG

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mus%C3%A9e_des_Beaux-Arts_et_d%27Arch%C3%A9ologie_de_Ch%C3%A2lons-en-Champagne

https://pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM51000193

https://pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/IM51000804

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k35624f/f214.item

Iconographie

—gravure au criblé, vers 1460

https://www.gravures-et-estampes.com/pages/histoire-de-la-gravure/les-origines-de-la-gravure/la-gravure-au-crible-xve-siecle-.html

 

Mandragore :

https://mandragore.bnf.fr/recherche/avancee?searchData=%7B%22formField%22%3A%5B%7B%22critere%22%3A%22UD_SUJET%22%2C%22value%22%3A%22Saint%20Christophe%20portant%20le%20Christ%22%2C%22exactValue%22%3Atrue%7D%5D%2C%22formType%22%3A%22UD%22%7D

— BnF latin 364 f 13r, Nicolaus de Lyra, Postilla, entre 1395 et 1402

https://mandragore.bnf.fr/mirador/ark:/12148/btv1b53196532c/f35

— BnF Fr 184

https://mandragore.bnf.fr/ark:/12148/cgfbt25636g

 

— BnF Latin 9473 - Artiste non identifié - Savoie (France) - Entre 1445-1450 et 1460 f 178v

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105326055/f368.item.zoom

—BnF Latin 924 - Maître des Heures de Troyes - Troyes (France) - 1415-1420 Horae ad usum Trecensem f. 309v

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8496557x/f618.item.zoom

—BnF Français 245 Légende dorée , Jacques de Voragine , trad. par Jean de Vignay. vers 1480-1490 par Le Barbier. f 5v

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8425999d/f18.item.zoom

—BnF Latin 1175 - Artiste non identifié - France - XVe siècle (3e quart) Horae ad usum parisiensem f. 143v

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10527644s/f294.item

— BnF Latin 10538 Heures dites de Joseph Bonaparte. 1401-1500  f.209v

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55013718p/f514.item.zoom

—BnF Latin 923 - Groupe de Jean Pichore - Paris (France) - XVe siècle Horae ad usum romanum f 91v

https://mandragore.bnf.fr/mirador/ark:/12148/btv1b10537589m/f185

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Published by jean-yves cordier - dans XVIe siècle. Saint Christophe.
3 juin 2026 3 03 /06 /juin /2026 10:26

La Salle de Galatée de la Villa Farnesina de Rome : "Zéphir et Flore" peints par Sebastiano del Piombo vers 1513.

Voir : 

 

 

PRÉSENTATION : la Salle de Galatée 

Cette salle comportait autrefois des arcades ouvrant sur le jardin, fermées en 1650. Sur les autres côtés, des arcades en trompe-l'œil créent l'illusion d'une ouverture sur la campagne environnante. Les arrondis des arcades sont occupés par neuf "lunettes" aux motifs mythologiques sur fond de ciel bleu accentuant cette illusion.

Elle tire son nom de la fresque de Raphaël le Triomphe de Galatée (1513) , accompagnée à droite par le Polyphème de Sebastiano del Piombo à gauche. Dans l'hiver 1511-1512, ce dernier avait peint les scènes mythologiques des lunettes.

Auparavant, Baldassarre Peruzzi avait peint  en 1511 la voûte, avec divers thèmes mythologiques dans des cadres géométriques. Le plafond de cette salle représente le Zodiaque et l'alignement des astres au jour de la naissance d'Agostino Chigi, son horoscope.

Les peintures de la salle ont été retouchées en 1863 et restaurées en 1969-1973.

Salle de Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Salle de Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Salle de Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Salle de Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Sebastian da Piombo est l'auteur en 1513 du grand Polyphème.

Le géant cyclope et anthropophage est représenté de façon monumentale, assis au bord de la mer, le visage tourné vers la mer  et tenant un bâton de berger et une flûte de Pan, comme une figure de la nature sauvage d'avant la civilisation. Il regarde sans doute avec mélancolie la nymphe Galatée, qui lui échappe pour rejoindre, non pas son amant le berger Acis, car il l'a écrasé sous un rocher, mais son Apothèose figurée sur la fresque de Raphaël en 1512.

Le bleu cobalt éclatant de la tunique de Polyphème,  s’est révélé être, par les recherches récentes menées par l'équipe du professeur Bruno Brunetti et de Costanza Miliani de l'Université de Pérouse, du lapis-lazuli afghan, très précieux, mélangé à de la chaux en quantités que seul un riche mécène comme Agostino pouvait se permettre, car le plus souvent, pour limiter les coûts élevés,il était appliqué en fine couche sur la surface et rarement mélangé à de la chaux. 

« Dans le Polyphème, Sebastiano utilisa un enduit différent de celui des lunettes : un enduit auquel on ajouta de la brique concassée, appelé à Venise « pastellone », déjà mentionné par Pline et Vitruve à propos de la technique de la mosaïque [...] Il peignit la fresque du Polyphème très rapidement, en seulement cinq jours ouvrables, avec ce plâtre pastellone, capable de rendre une couleur particulière, rougeâtre, qui convient parfaitement aux carnations et au climat humide. En y regardant de plus près, on constate que la préparation de ces mortiers colorés peut influencer la polychromie des carnations. » Le choix du « pastellone » gris-violet – un plâtre à base de faïence concassée utilisé à Venise – a permis à Sebastiano, selon Angelini, de retarder la carbonatation grâce à une humidité plus élevée et, par conséquent, en prolongeant le temps de séchage, de travailler avec des couleurs beaucoup plus diluées et transparentes, appliquées très rapidement sur une surface plus lisse que celle des lunettes, en quelques jours seulement. Cependant, cela s'est avéré insuffisant, à tel point que Sebastiano a dû recourir à des finitions à la tempera.  "(Barbieri)

"La partie inférieure de la fresque de Polyphème,– correspondant au dernier jour de travail – a disparu, mais grâce à la restauration, une partie de la figure du chien a été retrouvée : un colley à poil court, c’est-à-dire un berger écossais déjà connu à l’époque romaine comme l’un des chiens de berger les plus adaptés et donc le compagnon idéal du Cyclope. Le problème de la repeinture de la fresque, qui avait complètement masqué les parties les plus originales de Polyphème dans une tentative de réparer les dégâts, est reconstitué par Tantillo grâce à l’analyse des interventions de restauration ultérieures et à la conclusion que la repeinture doit être datée du XIXe siècle, contemporaine des travaux commandités par le duc de Ripalta. 
La restauration du Polyphème s'explique en partie par la disparition de certaines parties de la palette originale appliquée à sec. Il est intéressant de noter ici l'esprit d'expérimentation de Sebastiano dans sa recherche d'effets de glacis et de tonalités plus profondes, qu'il ne pourra perfectionner qu'avec la toute nouvelle technique de la peinture à l'huile sur toile, créant quelques années plus tard la célèbre Flagellation du Christ dans la chapelle Borgherini de San Pietro in Montorio. Mais seul un changement radical de support pictural et un usage inédit de l'huile sur plâtre lui permettront d'atteindre la profondeur du clair-obscur et la transparence des couleurs, par superposition de glacis, qu'il recherchait, rapprochant ainsi la peinture murale de la peinture de chevalet. " (Barbieri)

 

 

Polyphème, 1513, Sebastiano da Piombo, Salle de la Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Polyphème, 1513, Sebastiano da Piombo, Salle de la Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Sebastiano del Piombo est également responsable de huit des dix lunettes avec des images mythologiques, peintes en des tons particulièrement aérés, typiques du colorisme vénitien. Elles étaient achevées  certainement le 27 janvier 1512. Elles sont  tirées des Métamorphoses d'Ovide.  À chaque épisode correspond un vice : Térée poursuivant Philomèle et Procné, correspond à la Luxure , Aglaure et Hersé correspond à la Délation, Dédale et Icare à la Désobéissance, la Sybile de Cumes et Apollon à l’Avidité, Scylla coupant les cheveux de Nisus à l’Impiété, La chute de Perdix, neveu de Dédale, à l’Envie, l’Enlèvement d’Orithye par Borée à la Colère…(C. Barbieri)

Elles représentent  :

1. Térée chasse Filomela et Progne : Progne, sœur de Philomèle et fille de Pandion, roi d'Attique, a épousé Térée, roi de Thrace, qui a séduit sa belle-sœur. Pour punir le roi infidèle, les deux sœurs, unies par leur amour, décident de commettre un infanticide, puis d'offrir la chair du roi en sacrifice et de s'enfuir. Poursuivis par Térée avec sa hache, ils prièrent les dieux de les transformer en oiseaux. Avant qu’un massacre n’éclate, les trois se transforment respectivement en huppe, hirondelle et rossignol.  

Le roi Térée, vêtu d'une robe rouge vin, est représenté de profil droit, brandissant un sceptre avec lequel il s'apprête à frapper son épouse Progne et sa belle-sœur Philomèle, qui lui font face. L'une des deux femmes, en robe verte et grand manteau jaune, dont les manches blanches de sa chemise sont bouffantes, se protège la tête du bras, offrant ainsi son profil au spectateur. De l'autre figure, seule la tête est esquissée, au-dessus de laquelle vole un petit oiseau. La beauté des deux femmes, toutes deux blondes, évoque le style des courtisanes vénitiennes.

 

 

2. Aglaure et Hersé : Les deux filles du roi Cécrops, roi d'Athènes,  ont reçu la garde du panier où dort l'enfant  que leur a confié Athena,  Érichthonios. Aglaure l'entrouvre et regarde à l'intérieur. Elle voit l'enfant à côté d'un grand serpent. Coroné , la corneille, en informe Athéna, qui, pour sa peine, change son plumage de blanc en noir.   

Au centre de la composition, sur fond de ciel bleu à peine strié de quelques nuages ​​épars, l'une des sœurs est assise de profil à droite, vêtue d'une robe jaune et d'un grand manteau vert. À côté d'elle, légèrement en retrait, se trouve l'autre sœur, portant un corset jaune et un grand manteau rouge. Toutes deux ont de larges manches blanches et des cheveux blonds. Elles sont absorbées par le geste de soulever furtivement le couvercle du panier en osier. Deux oiseaux volent au dessus, un blanc et un brun.

cliché rmn wikimedia commons détail

 

3.  Dédale et Icare : Icare chute, ses plumes se décollant sous l'effet du soleil, sous le regard impuissant de Dédale qui assiste à sa chute tragique.

Dans le huitième livre des Métamorphoses , Ovide raconte l'histoire de Dédale qui, impatient de retourner en Crète, fabriqua des ailes pour lui et son fils Icare, malgré l'avertissement de ne pas s'approcher trop près du soleil. Le fils, resté impuni, désobéit à cet ordre et il tombe, appelle son père, et la mer le cache .

Dédale est représenté le visage tourné vers le bas, les ailes déployées, face à son fils stupéfait qui chute du ciel, ses ailes en lambeaux dispersées par le vent. Tous les personnages sont nus, à l'exception d'Icare, terrifié, qui porte un voile blanc léger à rayures bleues sur le ventre.

 

cliché Rmn-fr, wikimedia commons

4. Junon : Junon traverse le ciel dans un char tiré par des paons .

 Iris, qui décrit la descente de l'arc-en-ciel, est mentionnée dans les livres I et XIV des Métamorphoses , tandis que dans le livre II, le paon attend de servir la Déesse sur un char resplendissant.

Sebastiano a représenté Junon, blonde et coiffée d'une guirlande de fleurs, assise de profil à droite sur un char tiré par deux paons, sur fond d'arc-en-ciel dessiné dans le ciel. La déesse porte un manteau blanc épinglé sur son épaule gauche, tandis que sa main droite, nue, dévoile son sein. Elle tient une fine baguette.

 

cliché Rmn-fr, wikimedia commons

5 . Scylla coupant les cheveux de Nisus endormi : Scylla coupe les cheveux de son père Nisus, le condamnant ainsi à mort et son pays à la défaite. 

 Dans le huitième livre des Métamorphoses , on raconte l'histoire de Nisus, roi de Mégare, dont la chevelure pourpre, fatale, le protégeait des attaques du roi de Crète, dont sa fille, Scylla, était follement amoureuse. Elle coupa les cheveux de son père endormi afin de livrer la terre de ses ancêtres au roi ennemi et bien-aimé.

Nisus, le visage encadré par une longue barbe blanche, dort profondément, enveloppé dans un grand manteau vert et une tunique bleue, la tête posée sur son bras replié sur l'oreiller. Scylla est saisie en train de couper les cheveux de son père à l'aide de deux grands ciseaux. Deux rapaces dominent la scène sur fond de ciel bleu.

 

clichéMiguel hermoso Cuesta wikimedia commons

6.  la chute de Perdix :  Perdix chute du haut de l’Acropole, poussé par Dédale, mais sera transformé en perdrix par Minerve .

Sebastiano se concentra sur la chute, imaginant le corps à demi nu du jeune homme, couvert à l'entrejambe d'un tissu blanc à rayures bleues, agrippé d'une main à une cape verte flottante et portant l'autre à sa tête dans un geste désespéré. Deux perdrix semblaient veiller sur sa chute vertigineuse.

cliché Rmn-fr, wikimedia commons

7. Borée enlevant Orythye. Borée, le froid vent du nord, en proie à la rage et à la passion, enlève Orithyie, fille d'Érechthée (roi d'Athènes), alors qu'elle dansait sur les bords du fleuve Ilissós.

 Borée, roi de Thrace, tomba amoureux d'Orithyie, fille d'Érythée, roi d'Athènes. En refusant de l'épouser, il provoqua l'enlèvement de son amant, qui devint bientôt mère de plusieurs enfants.

Orithyie, enveloppée dans un ample manteau vert, s'accroche à Borée, qui déploie ses ailes puissantes.

 

https://www.photo.rmn.fr wikimedia commons

8. Zéphyr et Flore, cf infra

9.  Tête monochrome d'un jeune homme, par  Baldassarre Peruzzi .

Cliché lavieb-aile.

 

"Pour donner vivacité et intensité expressive à ces scènes passionnées, notamment celles de crimes brutaux, Sebastiano a adopté un langage formel sans précédent dans le panorama romain et peut-être un peu déconcertant au regard des idéaux classiques : une particularité qui mérite d'être explorée plus avant, car la dramatisation violente des événements dépeints est sans pareille dans la Rome de l'époque. Toutes les histoires sont filmées en contre-plongée, ce qui souligne théâtralement l'action et semble placer les personnages à des fenêtres ou sur des terrasses, sur fond de ciel ; Les expressions accentuées, mais parfaitement naturelles, les mouvements agités, voire agressifs, et le flottement des vêtements créent un dynamisme saisissant qui captive le spectateur. L'impact visuel est très fort grâce au gros plan qui met en valeur les premiers plans, et certains groupes, comme Térée, Philomèle et Procné jouant une scène tragique, ou l'étreinte passionnée de Borée enlevant sa bien-aimée, préfigurent certaines solutions formelles de Pordenone. La fluidité narrative et le naturel de la composition, comme dans la scène des sœurs scrutant le panier contenant le secret de Minerve, sont sans précédent. Même les raccourcis audacieux de Perdix  et d'Icare étaient destinés à étonner le spectateur : le premier comme suspendu avant la chute, le second saisi en plein vol. Les couleurs éclatantes, les teintes rougeâtres de la chair, le bleu du ciel, les tissus irisés, le plumage multicolore rehaussent l'ensemble dans un jeu de forts contrastes, suscitant des émotions tout aussi intenses." (Barbieri 2015)

Ces peintures sont marquées par la vivacité des couleurs de la peinture vénitienne (Sebastiano est né à Venise en 1584 et est venu à Rome en 1511 entraîné par Agostono Chigi), par leur liberté d'expression, d'une violence presque anti-classique, leur colorisme éclatant, inédit à Rome avant Sebastiano, et leur grammaire de composition et de raccourci nouvelle et anti-florentine. Elles tranchent aussi  avec les peintures de Peruzzi et de la tradition toscane par le naturel des postures des femmes, par leurs robes vénitiennes et non à l'antique, et par la simplification du décor (elles se détachent sur le ciel par l'effet de la contre-plongée).  Le bleu éclatant du ciel traversé de nuages ​​et d'oiseaux, élément constant des lunettes devait unifier et relier l'espace peint à l'espace réel du jardin, puisque les arcades s'ouvraient sur celui-ci.

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"La confirmation scientifique de la nouvelle technique picturale introduite à Rome par Sebastiano provient des recherches scientifiques menées lors des restaurations exemplaires des fresques de la Loggia della Galatea, dirigées dans les années 1970 par Alma Maria Mignosi Tantillo et supervisées par Aldo et Nerina Angelini, restaurateurs de l'Institut central de restauration.
Après le nettoyage, la comparaison directe entre la voûte ornée de fresques de Peruzzi, la Galatée de Raphaël et  les peintures de Sebastiano mettent en évidence la nouveauté absolue de la palette vibrante de ce dernier. 

Aldo Angelini écrit : « La rapidité d'exécution de Sebastiano dans les lunettes est étonnante. J'ai pu analyser sa technique lors du détachement de la fresque de la Chute de Phaéton (sic).
Très peu de jours de travail : trois tout au plus, compte tenu des sujets à figures imposantes, de l'exécution rapide et d'une liberté maximale sans poudrage, de la simple gravure des contours des figures, et dans des espaces réduits. Les oiseaux qui y sont représentés suggèrent une exécution improvisée : la polychromie est riche en tons irisés, avec des couleurs très vives jamais utilisées auparavant dans les fresques de l'école romaine [...].
Par conséquent, l'utilisation de telles couleurs, sans préparation, a dû susciter une grande surprise,
à tel point qu'on pense davantage à une peinture de chevalet qu'à une fresque [...]. De plus, la polychromie vénitienne offrait un remarquable jeu de contrastes. Aujourd'hui, les fresques sont un peu passées, mais alors, cette polychromie devait être vraiment remarquable. » " (d'après C. Barbieri, traduction personnelle)

 

Salle de la Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Salle de la Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Salle de Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Salle de Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Malgré ce prélude, je veux consacrer cet article à l'étude du Zéphyr et Flore.

Le titre Zephyr and Flora  est établi au XIXe siècle et début XXe ( Flora che recive il soffio di Zefiro, 1907), et mentionné sur le Baedecker de 1893 (mais est peut-être beaucoup plus ancien).

On  trouve néanmoins  l'œuvre désignée sous les titres "Zephyr and Gaia" (ou "Cephalus and Aura") par David Rijser

Donc, ce titre, et donc l'interprétation de la scène, peut faire débat, si bien que C. Barbieri peut y voir plutôt la rencontre  d’Apollon et de la Sibylle de Cumes

Elle souhaite ainsi "rétablir la cohérence de la structure narrative qui, comme dans les autres lunettes, renvoie à la même source", car elle fait remarquer que les amours de Zéphyr et Flore ne sont pas décrits adns les Métamorphoses d'Ovide.

"Le livre XIV des Métamorphoses (vv. 130-153) narre l'histoire de la Sibylle de Cumes et d'Apollon : amoureux de la jeune fille, le dieu lui offre tous les dons qu'elle désire, et elle lui demande de lui accorder autant d'années à vivre qu'il y a de grains de sable qu'elle peut tenir dans son poing. Le dieu accède à sa requête, mais celle-ci comporte une erreur tragique : il a demandé une longue vie de décrépitude plutôt que la jeunesse éternelle. Sebastiano a représenté le dialogue entre le dieu et la Sibylle, saisi au moment où cette dernière pointe vers le bas de sa main serrée, peut-être vers une étendue de sable.

La scène préfigure déjà l'épilogue par l'union de deux nuages ​​éthérés : la transformation de la Sibylle en une voix, qui se confond de manière significative avec la voix du dieu. Dès lors, le Cuméen devint la voix d'Apollon, et la grotte des Parques de Cumes fut l'un des lieux de divination les plus fréquentés de l'Antiquité.

La transformation en voix est un thème qu'Ovide aborde à peine, mais sur lequel insistent les commentaires de la Renaissance. Ceci constitue une base importante pour l'invention originale de Sebastiano, représentant les voix de la Sibylle et d'Apollon sous forme de deux nuages ​​blancs – peut-être les premiers personnages comiques à être représentés dans l'histoire de l'image – visualisant l'union des voix, l'une étant l'oracle de l'autre. Une transformation qui s'opère, comme pour toutes les autres scènes, dans le domaine de l'air, l'arène des passions et le royaume des métamorphoses." (Barbieri)

Cette hypothèse ne semble pas avoir été adoptée, mais elle montre qu'une discussion est possible sur l'interprétation de ce qu'on voit sur cette lunette.

Notamment, je remarque à quel point cette fresque est différente de l'ensemble de l'iconographie réunie sous le titre de "Zéphyr et Flore" sur wikipedia. Certes la majorité des peintures et sculptures sont plus tardives, mais on voit le plus souvent le jeune Zéphyr, ailé, se rapprocher tendrement de Flore (Chloris en grec) pour la couronner de fleurs.

Sur cette huitième lunette  peinte par Sebastiano, nulle fleur n'est visible. Aucun indice ne permet d'identifier la femme allongée sur le côté, et rien ne permet d'identifier non plus le soi-disant Zéphyr, réduit à un profil blanchâtre sur le ciel bleu et dépourvu de corps  et d'ailes. Flore  porte une robe jaune et un grand manteau pourpre foncé., mais ne fait aucun geste , et ses bras  sont rassemblés près de sa poitrine.

Les deux visages sont tendus l'un vers l'autre, et chacun émet vers l'autre, comme une bulle phylactère de BD, un nuage blanc. Une vapeur ? Un souffle ? Le muet désir d'un baiser? L'anima, la vie conférée par une déité ? Les deux bulles sont proches, mais distinctes. 

 

 

 

Zéphyr et Flore, Sebastiano da Piombo, Salle de la Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

Zéphyr et Flore, Sebastiano da Piombo, Salle de la Galatée, villa Farnesina. Cliché lavieb-aile.

1.Rappel : Zéphyr et Flore.

Dans la mythologie grecque, Zéphyr est le dieu du vent d'ouest. Il  épouse la nymphe Chloris (Flora en latin), déesse des fleurs, dont il a un fils, Carpos.

2.  Zéphyr apparait sur la fresque de Raphaël de la Loggia de Psyché de la villa Farnesina : c'est lui qui porte la jeune fille du rocher escarpé où elle attend la venue de son mari au palais du dieu de l'amour.

Il y a donc là une entrée dans le mythe de Zéphyr et Flore.

3. Zéphyr et Flore sont-ils absents des Métamorphoses ?

Oui, mais un passage (Ovide Métamorphoses I, 107-018) fait allusion aux doux zéphyrs qui caressent les fleurs :

Ver erat aeternum, placidique tepentibus auris /mulcebant zephyri natos sine semine flores ;

"Le printemps était éternel et, de leurs souffles tièdes, /les doux zéphyrs caressaient des fleurs nées sans semences."

4. Zéphyr et Flore sont-ils absents de l'œuvre d'Ovide ?

Non: Ovide raconte ce mythe dans le livre V des Fastes, "Flora et sa Fête".  La nymphe terrestre  est métamorphosée en déesse du Printemps par le vent Zéphyr,  qui s'en est éprit, la poursuit, la rattrape et la possède contre son gré, décidant finalement d'en faire son épouse. En guise de présent, il lui accorde le pouvoir de faire fleurir tout ce qu'elle touche, la transformant ainsi en « Mère des Fleurs » et donc en allégorie du Printemps.  Liée à la ville de Rome, la déesse se voit offrir tous les ans, entre la fin avril et le début mai, des fêtes somptueuses qui se terminent par des jeux : les Floralia.

Chloris eram, quae Flora vocor: corrupta Latino/ nominis est nostri littera Graeca sono./Chloris eram, nymphe campi felicis, ubi audis/rem fortunatis ante fuisse viris./Quae fuerit mihi forma, grave est narrare modestae;/sed generum matri repperit illa Deum./Ver erat, errabam; Zephyros conspexit, abibam;/insequitur, fugio: fortior ille fuit./Et dederant fratri Boreas ius omne rapinae,/ausus Erecthea praemia ferre domo/Vim tamen emendat dando mihi nomina nuptae,/inque meo non est ulla querella toro/Vere fruor semper: semper nitidissimus annus,/arbor habet frondes, pabula semper humus./Est mihi fecundus dotalibus hortus in agris;/aura fovet, liquidae fonte rigatur aquae:/hunc meus implevit generoso flore maritus,/atque ait "arbitrium tu, dea, floris habe. Ovide, Fastes V, 195-212

"Ainsi parlai-je; la déesse accueille ma demande, et la douce odeur des roses du printemps s'exhale de sa bouche, tandis qu'elle prononce ces mots: [5, 195] "Celle que vous appelez Flore était autrefois Chloris; une lettre de mon nom a été altérée en passant des Grecs chez les Latins. J'étais Chloris, nymphe de ces régions fortunées où tu sais qu'autrefois les hommes voyaient s'écouler leur vie au sein de la félicité. Dire combien j'étais belle coûterait à ma modestie; [5, 200] si ma mère eut un dieu pour gendre, elle le dut à cette beauté. C'était au printemps; j'errais au hasard; Zéphire m'aperçoit; je m'éloigne, il me suit; j'essaie en vain de fuir, je ne puis lutter contre lui. Borée, son frère, l'autorisait, par son exemple, à commettre ce crime, Borée, qui avait osé ravir la fille d'Érechthée dans le palais même de son père. [5, 205] Cependant Zéphire répare sa faute en me donnant le nom d'épouse, et nulle plainte ne s'élève plus de mon lit d'hyménée.

Je jouis toujours du printemps; l'année, pour moi, conserve toujours ses richesses, l'arbre son feuillage, la terre sa verdure. Les champs que j'ai reçus en dot renferment un jardin fertile; [5, 210] l'haleine des vents le caresse, une fontaine l'arrose de ses eaux limpides. Mon époux l'a rempli des fleurs les plus magnifiques, et m'a dit: "Déesse, sois la souveraine de ces fleurs." Souvent j'ai voulu classer et compter leurs couleurs; mais je n'ai pu: leur multitude était si grande qu'aucun nombre n'y pouvait suffire. [5, 215] Aussitôt que les feuilles ont secoué les froides gouttes de la rosée, et que les tiges variées se sont réchauffées aux rayons du soleil, je vois accourir ensemble les Heures aux robes diaprées; elles recueillent mes présents dans de légères corbeilles; les Grâces s'en emparent à l'instant pour tresser des guirlandes et des couronnes [5, 220] qui se mêleront à la chevelure des dieux. La première j'ai répandu des semences inconnues sur l'immense surface de l'univers; la terre, auparavant, ne présentait qu'une seule couleur. "

 

4. Flore et Zéphyr sont représentés dans Le Printemps de Boticelli.

Le passage d'Ovide – selon l'interprétation d'Aby Warburg – est la source littéraire de la scène représentée à l'extrême droite du célèbre Printemps de Botticelli, peint entre 1478 et 1482. Le tableau était accroché dans la villa du Castello de Laurent de Médicis à Florence, où Giorgio Vasari le vit en 1500. Son commanditaire pourrait être  Laurent Pierfrancesco (pour son mariage avec Semiramide Appiani), Julien Médicis (pour la naissance de son fils Giulio qu'il a eu avec Fioretta Gorini) ou Laurent Médicis (pour célébrer la mort de son frère Julien). Il aurait alors été peint pour honorassassiné le 26 avril 1478 dans la cathédrale Santa Maria del Fiore à Florence lors de la conjuration des Pazzi, complot fomenté par la famille Pazzi contre les Médicis et auquel Laurent a réchappé.

Zéphyr, en gris-plomb,  surgit de derrière un arbre, les joues gonflées, et saisit la nymphe qui, sous l'effet du souffle du  vent d'ouest, se métamorphose : des fleurs s'échappent de sa bouche, tandis que ses mains, tendues dans une vaine tentative de fuite, recouvrent les œillets qui ornent la robe de la nouvelle Flore, le Printemps qui s'apprête à semer des roses dans une prairie fleurie. La tunique transparente et impalpable de la nymphe, « emportée par le doux vent », cède la place à une robe élégante matelassée de fleurs, tandis que « la maladresse de la créature primitive et timide, saisie malgré elle par le "souffle de la passion", se transforme en la démarche rapide et assurée de la Beauté victorieuse » .

 

 

Dans La Naissance de Vénus de Botticelli, on peut hésiter à reconnaître Flore, à côté de Zéphyr,: le couple  enlacé et entouré de roses soufflent en même temprs vers Vénus. Mais on y voit plutôt deux vents, Zéphyr, et Aura, la Brise. Comme dans Le Printemps, les souffles sont indiqués par des traits.

 

 

5. A. M. Warburg a montré l'influence des Stances de Politien (1475-1478) sur  Le Printemps de Botticelli (entre 1478 et 1482).

 

 

Les Stances d'Ange Politien ou Angelo Poliziano, ami érudit et collègue poète de Laurent de Médicis et membre de son Académie platonicienne , sont  une des sources d'inspiration de « La Naissance de Vénus » et du « Printemps » de Botticelli.

 L'œuvre, Stanze per la Giostra  ou Stanze de messer Angelo Politiano cominciate per la giostra del magnifico Giuliano di Pietro de Medici est  un poème en octaves ,  qui fut composée pour célébrer la victoire de Julien de Médicis lors d'un tournoi organisé le 29 janvier 1475 à Florence. Ce tournoi avait été organisé par Laurent le Magnifique , seigneur de Florence et frère de Julien, pour commémorer le traité de paix conclu entre les puissances italiennes en 1474 grâce à l'intervention du Magnifique. Le poème, dont la composition débuta la même année, 1475, se compose de deux livres : le premier de cent vingt - cinq octaves, le second de quarante-six seulement. Sa composition fut interrompue, selon toute vraisemblance, par la mort de Julien et la blessure de Laurent lors du soulèvement qui suivit la conjuration des Pazzi , le 26 avril 1478.

Cette œuvre est consacrée à l'amour impossible professé par le noble Julien de Médicis pour la belle et vertueuse Simonetta Vespucci, qui a servi de modèle à la figure de Vénus. Il se peut que le tableau ait été commandé par Lorenzo di Pierfrancesco de Médicis, cousin de Laurent le Magnifique, selon un commentaire de l'historien de la Renaissance Giorgio Vasari, mais aucune preuve documentaire ne l'atteste, de sorte que le commanditaire et la date exacte demeurent inconnus.

 Selon la plupart des sources, le modèle de Vénus était Simonetta Cattaneo, plus connue sous son nom d'épouse Simonetta Vespucci (vers 1453-1476), une jeune femme d'une grande beauté qui mourut à l'âge de vingt-trois ans des suites de la tuberculose. Introduite dans le cercle de la noblesse florentine, où elle était très admirée, elle fut le modèle de nombreux artistes, dont Botticelli, Piero di Cosimo et Domenico Ghirlandaio, au point de devenir le prototype de beauté de la Renaissance florentine.

 Outre l'éloge de Julien, l'œuvre relate donc également son amour platonique pour  Simonetta Cattaneo. Le projet initial dut cependant être modifié en 1476 suite au décès soudain de Simonetta, survenu le 26 avril. (d'après Wikipedia)

Le culte de l'Antiquité est alors si puissant qu'il incite les écrivains et les poètes à projeter les événements contemporains sur ces toiles de fond antiques en puisant dans le bagage mythologique de la civilisation classique : Giuliano est Iulus, Simonetta une nymphe, Cupidon et Vénus les dieux ex machina de l'histoire. Un procédé similaire était mis en œuvre dans les arts figuratifs par un peintre comme Sandro Botticelli, presque contemporain de Politien.

Dans le premier livre, Julius, transfiguration classicisante de Julien, est présenté comme un jeune homme beau et courageux, qui méprise l'Amour et se consacre aux exercices physiques, à la chasse et à l'écriture poétique. Cependant , Cupidon , dans un esprit de vengeance, fait apparaître devant Julius, alors parti à la chasse, une magnifique biche que le jeune homme tente, en vain, d'atteindre. Lorsqu'ils parviennent à une clairière, la biche se métamorphose en une belle nymphe, Simonetta. Touché par la flèche de Cupidon, Julius tombe amoureux de la jeune fille. Le dieu, satisfait du succès de son plan, peut ainsi retourner joyeusement à Chypre , auprès de sa mère Vénus . Politien s'étend longuement sur la description des beautés du jardin et du palais de la déesse à Chypre, et c'est dans ces descriptions que sont évoqués  Vénus née de l'écume et maîtresse du réveil de la nature, ainsi que les Grâces,  Zéphyr et Flore.

 

Ainsi, Livre I, 18 :

Zefiro già di be’ fioretti adorno Avea de’ monti tolta ogni pruina : 

"Zéphyr avait déjà paré les montagnes de ravissantes petites fleurs."

Ou Livre I, 68

Ove beltà di fiori al crin fa brolo,

Ove tutto lascivo drieto a Flora

Zefiro vola, e la verd’erba infiora.

"Où la beauté des fleurs fait un bosquet pour ses cheveux, Où, tout lascif, derrière Flore, Zéphyr vole et fait fleurir l'herbe verte."

Livre I, 77

Con tal milizia i tuoi figli accompagna,

Venere bella madre degli Amori:

Zefiro il prato di rugiada bagna

Spargendolo di mille vaghi odori,

Ovunque vola veste la campagna

Di rose, gigli, violette, e fiori:

L’erba di sua bellezza ha maraviglia

Bianca, cilestre, pallida, e vermiglia.

"Avec une telle constance, accompagne tes enfants, Vénus, belle mère de l'Amour : Zéphyr baigne la prairie de rosée, y répandant de mille parfums délicieux, Partout où il vole, il habille la campagne De roses, de lys, de violettes et de fleurs : L'herbe s'émerveille de sa beauté, Blanche, bleue, pâle et vermillon."

La Naissance de Vénus est décrite ainsi :

Nel tempestoso Egeo in grembo a Teti

Si vede il fusto genitale accolto,

Sotto diverso volger di pianeti,

Errar per l’onde in bianca schiuma avvolto,

E dentro nata in atti vaghi e lieti

Una donzella non con uman volto,

Da zefiri lascivi spinta a proda

Gir sovra un nicchio, e par che ’l ciel ne goda.

"Errant à travers les vagues, enveloppé d'écume blanche, Et naissant en des gestes charmants et joyeux, Une demoiselle, au visage non humain, Poussée sur le rivage par des zéphyrs lascifs, Tournoyant dans une coquille, et il semble que le ciel se réjouisse."

Pour Warburg, "La Naissance de Vénus représentait la genèse de Vénus surgissant de la mer et portée par les zéphyrs jusqu'aux rivages chypriotes ; le « Printemps » de Botticelli symbolisait l'instant suivant : Vénus, apparaissant dans toute sa splendeur royale dans son royaume, au-dessus de sa tête, dans la cime des arbres et sur le sol à ses pieds, le nouveau vêtement de la terre se déploie dans une splendeur florale incommensurable ; et autour d'elle, fidèles serviteurs de sa maîtresse, qui commande à tout ce qui appartient à la saison des fleurs, se rassemblent Hermès, qui chasse les nuages, les Grâces, symboles de la beauté juvénile, Cupidon, déesse du printemps, et le vent d'ouest, par l'amour duquel Flore devient dispensatrice de fleurs."

 

6. Dans la Villa Farnesina d'Agostino Chigi, le Triomphe de Galatée de Raphaël (1513) témoigne aussi de l'influence des Stances de Politien.

Dolce, dès 1557 dans son Aretino, puis Kinkead 1970 ont montré que le détail du char en coquille tiré par deux dauphins y trouvait sa source : Stanze I, 118 : Due formosi delfini un carro tirano. sovr'esso è Galatea che 'l fren corregge ! "un char tiré par deux dauphins aux formes harmonieuses,  dont Galatéé, debout, tient les rènes".

Publiée en 494, l'œuvre de Politien avait déjà été plusieurs fois réédité. Le chef-d'œuvre de l'ancien précepteur du pape régnant Léon X (1513-1521) et poète préféré de Laurent de Médicis,  était certainement connue du banquier du pape Agostino Chigi, ou du moins de Raphaël ou de Baldassare Peruzzi. Ce dernier en effet, "pour la représentation de la nymphe dans la fresque, s'inspira non pas de l'iconographie des textes antiques, mais des scènes de son triomphe, puisant son inspiration directement dans les vers des « Stanze per la Giostra », composés par Angelo Poliziano vers 1475-1478 dans le but manifeste de célébrer la famille Médicis" (Offices de Florence).

 

7. Le Polyphème de Sebastiano da Piombo est également inspiré du poème de Politien I,115.

On peut s'en convaincre en comparant l'œuvre avec le poème :

Gli omer setosi a Polifemo ingombrano
L’orribil chiome, e nel gran petto cascano,

E fresche ghiande l’aspre tempie adombrano:

Presso a se par sue pecore che pascano:
Nè dal cuore di lui giammai disgombrano
Li dolci acerbi lai, che d’amor nascano;
Anzi tutto di pianto e dolor macero
Seggia in un freddo sasso a piè d’un’Acero.

     Dall’una all’altra orecchia un arco face
Il ciglio irsuto lungo ben sei spanne,
Largo sotto la fronte il naso giace,
Paion di schiuma biancheggiar le zanne;
Tra’ piedi ha il cane, e sotto il braccio tace
Una zampogna ben di cento canne,
E guarda il mar ch’ondeggia, e alpestri note
Par canti, e muova le lanose gote.

  E dica, ch’ella è bianca più che il latte,
Ma più superba assai ch’una vitella,
E che molte ghirlande gli ha già fatte,
E serbale una Cerva molto bella;
Un Orsacchin, che già col can combatte,
E che per lei si macera, e flagella,
E che ha gran voglia di saper notare
Per andare a trovarla insin nel mare.

 

"Les épaules soyeuses de Polyphème retombent accablées. Ses cheveux hideux tombent sur sa large poitrine, Et des glands frais ombragent ses tempes sarcastiques. Autour de lui paissent ses moutons. Et jamais ils n'effacent de son cœur Les douces et amères lamentations qui naissent de l'amour : Avant tout, je suis consumé par les larmes et le chagrin. Il est assis sur un rocher froid au pied d'un érable. Un front hirsute de six empan forme un arc d'une oreille à l'autre.  Son nez est large sous son front : Ses crocs semblent blanchir comme de l'écume. Entre ses pieds, il tient un chien, et sous son bras, sa  une flûte aux cent roseaux reste muette;  et il regarde la mer ondulante, et des notes alpines semblent chanter et faire vibrer ses joues laineuses.Et il se dit qu'elle est plus blanche que le lait, Mais bien plus fière qu'une génisse, Et qu'elle lui a déjà fait de nombreuses guirlandes, Et qu'elle lui réserve une très belle biche ; Un petit ours, qui déjà se bat avec le chien, Et qui se flagelle et se fouette pour elle, Et qui a un grand désir d'apprendre à la reconnaître, Afin de pouvoir aller la retrouver même en mer." (traduction hasardeuse)

Et la contemplation de l'œuvre de Sebastiano da Piombo devient plus émouvante lorsqu'on connait ce poème, comme le propriétaire devait le connaitre.

James Grantham Turner défend le point de vue que l'influence du poème de Politien était majeure non seulement sur le Polyphème et sur le Triomphe de Galatée, mais aussi sur le décor de la villa, et que l'ensemble des peintures de fausses sculptures de l'extérieur, illustrant toutes la puissance de l'amour, donc de Vénus, et les différentes aventures amoureuses des dieux, tout comme le Ganymède du plafond de Peruzzi, aux cheveux blonds, en témoignent (Stanze I,107). Cette influence du poème eut-elle lieu avant que Ghigi ne revienne de Venise avec Sebastiano da Piombo?

8. Ce faisceau d'argument incite bien à reconnaître dans la huitième lunette de Sébastiano del Piombo Zéphyr et Flore.

Malgré l'absence d'indices d'identification des deux protagonistes  qui envoie chacun son souffle vers l'autre, malgré l'absence de fleurs, malgré la posture assez passive de la femme allongée, malgré le fait qu'il y ait ici confrontation de deux souffles, et non insufflation d'une déité vers la femme, tout ce contexte de la Salle de Galatée qui indique l'influence majeure des Stances de Politien (et de la Naissance de Vénus et du Printemps de Botticelli) incite bien à voir ici Zéphyr, en position haute, venant du ciel et descendant vers Flore.

Quoiqu'il en soit, j'admire le dépouillement de la peinture de Sebastiano, et la force de la confrontation des deux souffles, remplis de mystères.

 

SOURCES ET LIENS

—BARBIERI (Costanza), 2015, Venezia a Roma: “la maniera disforme” di Sebastiano nella Loggia della Galatea, Studiolo : revue d'histoire de l'art de l'Académie de France à Rome  Année 2015  12  pp. 184-213

https://www.persee.fr/doc/studi_1635-0871_2015_num_12_1_1004

—BARBIERI (Costanza), 2020, Ovid and the Aerial Metamorphoses Painted by Sebastiano del Piombo in the Loggia di Galatea, Brépols

— POLITIEN, Stances du Tournoi

https://it.wikisource.org/wiki/Stanze_de_messer_Angelo_Politiano_cominciate_per_la_giostra_del_magnifico_Giuliano_di_Pietro_de_Medici/Libro_I

—KINKEAD (Duncan T.), 1970, An Iconographic Note on Raphael's Galatea, Journal of the Warburg and Courtauld Institutes Vol. 33 (1970), pp. 313-315 (4 pages)

—WARBURG (Aby M.), 1893, La Naissance de Vénus & Le Printemps de Sandro Botticelli étude des représentations de l’antiquité dans la première renaissance italienne Traduit de l’allemand par Laure Cahen-Maurel

https://www.editions-allia.com/files/pdf_214_file.pdf

—WARBURG (Aby M.), 1893, Sandro Botticellis "Geburt der Venus" und "Frühling". Eine Untersuchung über die Vorstellungen von der Antike in der Italienischen Frührenaissance, Hamburg-Leipzig 1893

https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/warburg1892

https://archive.org/details/sandrobotticelli00warb

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k922852.r=warburg.langEN.textePage

 

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Villa_Farnesina_(Rome)_-_Galatea%27s_Room?uselang=fr

https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Paintings_of_Flora_and_Zephyrus

https://letteritaliana.weebly.com/il-regno-di-venere.html

https://alessandrodiadamo.wordpress.com/2020/11/30/gli-affreschi-della-farnesina-in-roma-di-sebastiano-del-piombo/

https://tapisseries-damelicorne-huntunicorn.com/CHASSE/27a-%20printemps%201.htm

https://it.wikisource.org/wiki/Stanze_de_messer_Angelo_Politiano_cominciate_per_la_giostra_del_magnifico_Giuliano_di_Pietro_de_Medici/Libro_I

https://tapisseries-damelicorne-huntunicorn.com/CHASSE/27a-%20printemps%201.htm

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  • "Il faudrait voir sur chaque objet que tout détail est aventure" ( Guillevic, Terrraqué).  "Les vraies richesses, plus elles sont  grandes, plus on a de joie à les donner." (Giono ) "Délaisse les grandes routes, prends les sentiers !" (Pythagore)
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